{"id":3214,"date":"2026-01-13T10:25:07","date_gmt":"2026-01-13T09:25:07","guid":{"rendered":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/?p=3214"},"modified":"2026-01-13T01:50:29","modified_gmt":"2026-01-13T00:50:29","slug":"des-nouvelles-du-soulevement-en-iran","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/?p=3214","title":{"rendered":"Des nouvelles du soul\u00e8vement en Iran"},"content":{"rendered":"<p><em>Initialement publi\u00e9 sur <a href=\"https:\/\/www.anarshism.com\/fa\/\">Anarshism<\/a>, le 08\/01\/2026.<\/em><\/p>\n<h3><strong>Jour 11 (8 janvier 2026)<\/strong><\/h3>\n<p>Le soul\u00e8vement entre dans son onzi\u00e8me jour et ne faiblit pas. Non seulement la population se d\u00e9fend, mais dans de nombreux endroits, elle a pris l&rsquo;initiative et repouss\u00e9 les forces de r\u00e9pression. Cette pers\u00e9v\u00e9rance a mis le r\u00e9gime sur la d\u00e9fensive, et des signes de fatigue et d&rsquo;inefficacit\u00e9 sont devenus apparents dans la structure de la r\u00e9pression.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Situations cl\u00e9s aujourd&rsquo;hui :<\/p>\n<p>Contr\u00f4le temporaire des rues et retraite des forces de r\u00e9pression dans les grandes villes<\/p>\n<p><strong>T\u00e9h\u00e9ran, Rasht, Shiraz, Mashhad et Kerman ont \u00e9t\u00e9 les principaux foyers de conflit<\/strong>. \u00c0 Rasht, la population a occup\u00e9 des parties du bazar central et des rues pendant des heures, a d\u00e9fil\u00e9 et a affront\u00e9 directement les forces en civil.<\/p>\n<p>Des vid\u00e9os montrent certains officiers en fuite. \u00c0 Shiraz, des barrages routiers ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s \u00e0 plus de 25 endroits \u00e0 l&rsquo;aide de pneus enflamm\u00e9s et de barricades, et les forces de r\u00e9pression ont battu en retraite \u00e0 plusieurs reprises. \u00c0 Mashhad (dans des quartiers comme Koy Amir et Tabarsi), des combats au corps \u00e0 corps ont eu lieu. <strong>Des motos et du mat\u00e9riel des Bassidj ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits, et certaines zones ont \u00e9chapp\u00e9 au contr\u00f4le du r\u00e9gime.<\/strong> \u00c0 Kerman, des barricades ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9es place Azadi et rue Abnos, et le manque d&rsquo;\u00e9quipement (utilisation de motos priv\u00e9es et gilets pare-balles inad\u00e9quats) a contraint les forces de r\u00e9pression \u00e0 battre en retraite. \u00c0 T\u00e9h\u00e9ran, le bazar et les autres march\u00e9s publics \u00e9taient en gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, et des affrontements avec les forces de r\u00e9pression ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s \u00e0 certains endroits. <strong>Ces situations montrent que la population est pass\u00e9e de la d\u00e9fense \u00e0 l&rsquo;offensive et que le r\u00e9gime n&rsquo;est plus en mesure de maintenir un contr\u00f4le total dans les centres urbains.<\/strong><\/p>\n<p>La mobilisation s&rsquo;est \u00e9tendue aux petites villes et aux zones p\u00e9riph\u00e9riques sous contr\u00f4le strict :<\/p>\n<p>Mehran (Ilam), Lordegan, Aligudarz, Gilangharb, Sarabeleh, Khorramdareh (Zanjan) sont des localit\u00e9s qui n&rsquo;avaient jusqu&rsquo;alors que peu ou pas d&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;activit\u00e9 politique. \u00c0 Mehran, petite ville sans pass\u00e9 politique, les habitants sont descendus dans la rue et ont scand\u00e9 des slogans hostiles au r\u00e9gime. <strong>\u00c0 Lordegan, les affrontements ont d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en fusillades, mais la population n&rsquo;a pas c\u00e9d\u00e9 et a temporairement repris le contr\u00f4le de certains quartiers.<\/strong> Ce ralliement de petites villes, habituellement sous contr\u00f4le strict, t\u00e9moigne de la gravit\u00e9 de la crise : le r\u00e9gime n&rsquo;a plus de refuge \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du pays et la col\u00e8re s&rsquo;est propag\u00e9e jusqu&rsquo;aux r\u00e9gions les plus recul\u00e9es.<\/p>\n<p>Des tirs d&rsquo;armes militaires ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s \u00e0 Lordegan et Aligudarz, d<strong>es gaz lacrymog\u00e8nes et des fusils de chasse ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s \u00e0 Kermanshah<\/strong>, et l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 Internet a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9 \u00e0 Abdanan pour dissimuler le mouvement. Les attaques contre les h\u00f4pitaux, visant \u00e0 retenir les bless\u00e9s et \u00e0 menacer les familles, se sont poursuivies. Cependant, les replis r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, le manque d&rsquo;\u00e9quipement et les signalements sporadiques de non-intervention de certaines forces de police r\u00e9guli\u00e8res indiquent une fatigue et la possibilit\u00e9 de divisions internes.<\/p>\n<p><strong>Analyse plus approfondie des manifestations :<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le fait que le soul\u00e8vement dure depuis plus de onze jours est en soi le signe d&rsquo;un changement fondamental.<\/strong> Lors des soul\u00e8vements pr\u00e9c\u00e9dents, le r\u00e9gime \u00e9tait parvenu \u00e0 endiguer la vague par une r\u00e9pression rapide et cibl\u00e9e, mais cette fois-ci, la dispersion g\u00e9ographique et la diversit\u00e9 des tactiques (des gr\u00e8ves aux affrontements directs) n&rsquo;ont pas permis un contr\u00f4le total. Chaque jour qui passe alourdit le co\u00fbt de la r\u00e9pression pour le r\u00e9gime. Non seulement sur le plan humain, mais aussi en termes de l\u00e9gitimit\u00e9 et de coh\u00e9sion interne, nous assistons \u00e0 une r\u00e9sistance spontan\u00e9e et horizontale : les d\u00e9cisions sont prises localement, sans ordres centraux. Des jeunes bloquent les rues, des citoyens ordinaires \u00e9rigent des barricades de fortune et, <strong>dans de petites villes, des noyaux de r\u00e9sistance se forment, une situation in\u00e9dite<\/strong>. <strong>Cette structure dispers\u00e9e a d\u00e9stabilis\u00e9 le r\u00e9gime : lorsque des forces sont envoy\u00e9es dans une ville, d\u2019autres s\u2019embrasent<\/strong>. Le peuple a tir\u00e9 les le\u00e7ons du pass\u00e9 : d\u00e9fense collective, attaques contre les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s et maintien de l\u2019initiative. L\u2019approche du r\u00e9gime est ambivalente et chaotique. Au d\u00e9but, les tentatives de distinguer les manifestant-es des \u00e9meutier-es et la promesse d\u2019une enqu\u00eate ont rapidement c\u00e9d\u00e9 la place aux tirs directs et \u00e0 la coupure des communications. Ce revirement brutal ne d\u00e9coule pas d\u2019une volont\u00e9 de force, mais de la peur : peur d\u2019\u00e9tendre le contr\u00f4le populaire, peur de rejoindre de nouvelles strates et peur qu\u2019une r\u00e9pression moins s\u00e9v\u00e8re ne signifie la perte du contr\u00f4le de la rue. Des signes de faiblesse (replis locaux, manque de mat\u00e9riel et informations faisant \u00e9tat d\u2019attaques contre des symboles id\u00e9ologiques tels que des s\u00e9minaires) indiquent que la structure r\u00e9pressive ne fonctionne plus comme une entit\u00e9 unifi\u00e9e. L&rsquo;adh\u00e9sion de petites villes p\u00e9riph\u00e9riques marque un tournant. Ces r\u00e9gions \u00e9taient auparavant silencieuses, car le contr\u00f4le y \u00e9tait plus strict et l&rsquo;acc\u00e8s plus restreint. D\u00e9sormais, la col\u00e8re populaire a franchi les fronti\u00e8res. Lorsqu&rsquo;une ville comme Mehran (ferm\u00e9e et sans pr\u00e9c\u00e9dent) se met en mouvement, cela signifie que le r\u00e9gime a perdu son emprise profonde sur la soci\u00e9t\u00e9. Cette expansion a le potentiel de transformer le soul\u00e8vement en un v\u00e9ritable processus de transfert de pouvoir par la base : <strong>chaque jour de r\u00e9sistance renforce la volont\u00e9 collective et affaiblit le r\u00e9gime.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce soul\u00e8vement n&rsquo;est plus passager ; c&rsquo;est un processus continu, le peuple progressant \u00e0 chaque recul du r\u00e9gime<\/strong>. Tant que cette volont\u00e9, fragment\u00e9e mais unie, se maintiendra, le r\u00e9gime restera sur la d\u00e9fensive et le risque de fissures plus importantes au sein de la structure du pouvoir augmentera.<br \/>\nPersister dans cette voie rendra le maintien du statu quo insupportable pour le r\u00e9gime.<\/p>\n<h3>Jour 10<\/h3>\n<p>Aujourd&rsquo;hui marquait le dixi\u00e8me jour de manifestations et de gr\u00e8ves en Iran.<strong> 285 rassemblements ont eu lieu dans 92 villes r\u00e9parties dans 27 provinces. Selon les informations disponibles, au moins 2 076 personnes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es et 35 manifestants ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p>Alors que les cours de l&rsquo;or et des devises \u00e9trang\u00e8res atteignaient des niveaux records, des manifestations ont \u00e9clat\u00e9 aujourd&rsquo;hui dans le bazar de T\u00e9h\u00e9ran, suite \u00e0 un appel des commer\u00e7ants. Des commer\u00e7ants de tous horizons se sont mis en gr\u00e8ve et ont organis\u00e9 des rassemblements de protestation dans le Grand Bazar de T\u00e9h\u00e9ran, sur la place Topkhaneh et dans les rues avoisinantes (Jomhuri, Saadi, Sepahsalar et Hassanabad, notamment). Les forces de r\u00e9pression ont fait usage d&rsquo;une violence inou\u00efe pour contr\u00f4ler la foule. Outre les passages \u00e0 tabac, les tirs de gaz lacrymog\u00e8ne dans les rues et les stations de m\u00e9tro, les tirs de balles et de grenades assourdissantes directement sur les manifestant-es, et les arrestations, elles ont \u00e9galement attaqu\u00e9 l&rsquo;h\u00f4pital Sina. Cependant, la force des manifestant-es a repouss\u00e9 les forces de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 certains endroits. La place Haft-e-Tir et le quartier de Narmak figuraient parmi les principaux lieux de rassemblement des T\u00e9h\u00e9ranais.<\/p>\n<p>\u00c0 Mashhad, les commer\u00e7ants des march\u00e9s des rues Shahrivar et Fallahi se sont mis en gr\u00e8ve. Des affrontements avec les forces de s\u00e9curit\u00e9 et des tirs de gaz lacrymog\u00e8ne ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s.<\/p>\n<p>Des rassemblements ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s \u00e0 Yazdanshahr, Malekshahr et Najafabad, o\u00f9 des commer\u00e7ants \u00e9taient en gr\u00e8ve et des affrontements avec les forces de r\u00e9pression ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c0 Shahrekord, la r\u00e9sistance populaire face \u00e0 la r\u00e9pression, conjugu\u00e9e \u00e0 la gr\u00e8ve des commer\u00e7ants et aux manifestations, a \u00e9t\u00e9 remarquable. Dans une vid\u00e9o, on voit une manifestante isol\u00e9e r\u00e9sister aux forces de s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 un canon \u00e0 eau.<\/p>\n<p><strong>Aujourd&rsquo;hui, \u00e0 Abdanan, lors d&rsquo;un rassemblement massif et uni, les habitants ont repouss\u00e9 les forces de r\u00e9pression et le contr\u00f4le de la ville est effectivement tomb\u00e9 entre leurs mains. Ils ont cr\u00e9\u00e9 des sc\u00e8nes impressionnantes en d\u00e9truisant l&rsquo;appareil r\u00e9pressif et en attaquant une cha\u00eene de magasins appartenant aux Gardiens de la r\u00e9volution<\/strong>. Selon les derni\u00e8res informations, l&rsquo;eau et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 coup\u00e9es et des renforts ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s pour r\u00e9tablir l&rsquo;ordre dans ces zones.<\/p>\n<p>Les h\u00e9ros de Malekshahi ont \u00e9galement transform\u00e9 les fun\u00e9railles des personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es la veille en un rassemblement de protestation fervent et tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9. Les familles des manifestant-es arr\u00eat\u00e9-es se sont \u00e9galement rassembl\u00e9es devant le bureau du gouverneur pour protester.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses autres villes, comme Shiraz (Lapui), Tabriz, Karaj, Yasuj, Babol (Universit\u00e9 Noshirvani de Babol), Torbat Heydariyeh et Borujerd, des manifestations nationales sont en cours. Un important dispositif s\u00e9curitaire est d\u00e9ploy\u00e9 dans plusieurs villes, mais les protestations se poursuivent et les manifestants se pr\u00e9parent \u00e0 l&rsquo;appel \u00e0 la mobilisation dans les jours \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Globalement, nous avons constat\u00e9 aujourd&rsquo;hui que la flamme du soul\u00e8vement populaire se renforce. Malgr\u00e9 l&rsquo;intensification de la r\u00e9pression de rue et la coupure d&rsquo;Internet, les manifestant-es continuent de lutter dans l&rsquo;espoir de la victoire. Compte tenu des appels lanc\u00e9s, on s&rsquo;attend \u00e0 ce que les manifestations s&rsquo;\u00e9tendent davantage dans les prochains jours.<\/p>\n<h3>Jour 9<\/h3>\n<p><strong>Au neuvi\u00e8me jour des manifestations nationales, les activit\u00e9s se sont poursuivies dans plus de 222 localit\u00e9s r\u00e9parties dans 26 provinces d&rsquo;Iran.<\/strong> Des informations confirm\u00e9es par diverses sources, notamment des organisations de d\u00e9fense des droits humains et des m\u00e9dias internationaux, font \u00e9tat de rassemblements nocturnes, d&rsquo;affrontements limit\u00e9s mais intenses dans certaines zones, d&rsquo;une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale des entreprises et de slogans antigouvernementaux. Ce soir, le bilan des morts depuis le d\u00e9but du mouvement s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 au moins 25 personnes, dont au moins trois enfants tu\u00e9s et plus de 40 arrestations massives de mineurs. Des centaines de personnes ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 bless\u00e9es et le nombre d&rsquo;arrestations se chiffre par milliers.<\/p>\n<p>Informations en provenance de certaines r\u00e9gions :<\/p>\n<p>T\u00e9h\u00e9ran : Des rassemblements se sont poursuivis dans des quartiers comme Narmak, Haft-e-Hoz, Nazi-Abad, Jomhuri, le Grand Bazar et aux alentours du passage Alaeddin. Les forces de s\u00e9curit\u00e9 ont ripost\u00e9 avec des gaz lacrymog\u00e8nes et des matraques, et les passages sont rest\u00e9s partiellement anim\u00e9s. La gr\u00e8ve des commer\u00e7ants dans les centres commerciaux de la capitale s&rsquo;est poursuivie, et <strong>des manifestants auraient lanc\u00e9 des pierres et des cocktails Molotov.<\/strong><\/p>\n<p>Ispahan (Khomeinishahr, Fouladshahr, Kushk, Arqauz) :<strong> De violents affrontements, avec utilisation de cocktails Molotov contre les forces de l&rsquo;ordre, ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s.<\/strong> Les commer\u00e7ants se sont mis en gr\u00e8ve et les femmes ont jou\u00e9 un r\u00f4le actif dans les rassemblements.<\/p>\n<p>Yasuj (Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad) : De violents affrontements de rue se sont poursuivis, <strong>les manifestant-es r\u00e9sistant \u00e0 coups de pierres et de cocktails Molotov.<\/strong> Le slogan \u00ab Libert\u00e9 ! Libert\u00e9 ! \u00bb \u00e9tait omnipr\u00e9sent et la tension est rest\u00e9e vive jusque tard dans la nuit.<\/p>\n<p>Kermanshah et Ilam (Sonqor, Keliai, Malekshahi, Bampour) : D&rsquo;importants rassemblements ont \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9s de tirs directs de chevrotine, de gaz lacrymog\u00e8ne et m\u00eame de balles r\u00e9elles. La population a tenu bon et scand\u00e9 <strong>\u00ab Mort \u00e0 Khamenei ! \u00bb et \u00ab Mort au dictateur ! \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Mazandaran (Sari) : Des rassemblements nocturnes se sont poursuivis, accompagn\u00e9s de slogans virulents. Des manifestants auraient \u00e9t\u00e9 secourus des mains des forces de r\u00e9pression et des drones ou des h\u00e9licopt\u00e8res effectuant des vols de surveillance.<\/p>\n<p>Birjand et Shiraz : Des rassemblements \u00e9tudiants ont eu lieu, scandant des slogans tels que \u00ab Je tuerai celui que mon fr\u00e8re a tu\u00e9 \u00bb et \u00ab Cette ann\u00e9e est l\u2019ann\u00e9e de ma patrie \u00bb. Seyyed Ali a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9.<\/p>\n<p>Ailleurs (Qazvin, Fardis Karaj, Behbahan, Meshkan Fars, Islamabad Ouest, Zahedan, Bandar Abbas et villes plus petites) : La contestation s\u2019est \u00e9tendue aux zones p\u00e9riph\u00e9riques et aux petites villes, avec des foyers initiaux de protestation, des incendies de biens publics et des slogans hostiles au dirigeant du r\u00e9gime. Dans certaines localit\u00e9s comme Lordegan et Kohdasht, les fun\u00e9railles des d\u00e9funts se sont transform\u00e9es en manifestations antigouvernementales.<\/p>\n<p><strong>Situation d\u2019Internet et contr\u00f4le num\u00e9rique :<\/strong><\/p>\n<p>Les perturbations d\u2019Internet ont atteint leur paroxysme cette nuit-l\u00e0 et \u00e9taient tr\u00e8s localis\u00e9es et cibl\u00e9es. Les donn\u00e9es mondiales (comme Cloudflare Radar) montrent une baisse de trafic de 30 \u00e0 40 % par rapport aux jours normaux, avec des ralentissements particuli\u00e8rement marqu\u00e9s dans les zones de tension comme T\u00e9h\u00e9ran, Ispahan, Kermanshah, Ilam et Mashhad. L&rsquo;envoi de messages prend des heures, l&rsquo;acc\u00e8s aux r\u00e9seaux sociaux est limit\u00e9 et de nombreux VPN sont hors service. Cette tactique a perturb\u00e9 la coordination des manifestant-es et consid\u00e9rablement retard\u00e9 la diffusion d&rsquo;images, mais elle a \u00e9galement exacerb\u00e9 la col\u00e8re populaire face aux restrictions et pouss\u00e9 la population vers des moyens alternatifs (comme la communication locale).<\/p>\n<p><strong>Analyse g\u00e9n\u00e9rale :<\/strong><\/p>\n<p>Cette nuit t\u00e9moigne d&rsquo;une stabilit\u00e9 profonde, bien que dispers\u00e9e, au sein du mouvement de protestation. Les revendications vont des plus \u00e9conomiques (comme le co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 de la monnaie et des moyens de subsistance) au rejet pur et simple du r\u00e9gime, et ont mobilis\u00e9 diverses couches sociales (commer\u00e7ants, \u00e9tudiants, femmes et ouvriers, jusqu&rsquo;aux citoyens ordinaires des petites villes). Leur extension \u00e0 plus de 222 localit\u00e9s dans 26 provinces confirme la profondeur du m\u00e9contentement accumul\u00e9 apr\u00e8s des ann\u00e9es de pressions \u00e9conomiques, de r\u00e9pression politique et de m\u00e9fiance. Le r\u00e9gime tente de g\u00e9rer la crise en combinant r\u00e9pression physique (gaz lacrymog\u00e8nes, fusils, balles r\u00e9elles, entr\u00e9es dans les h\u00f4pitaux) et num\u00e9rique (ralentissements cibl\u00e9s d&rsquo;Internet), mais ces m\u00e9thodes ne font que gagner du temps et alourdir le co\u00fbt du mouvement sans s&rsquo;attaquer aux causes profondes des probl\u00e8mes. Parmi les facteurs qui contribuent au mouvement, citons les sanctions, l&rsquo;inflation et l&rsquo;inefficacit\u00e9 \u00e9conomique.<\/p>\n<p>La r\u00e9pression brutale, marqu\u00e9e par des tirs \u00e0 balles r\u00e9elles, les arrestations et les meurtres d&rsquo;enfants et d&rsquo;adolescents, les attaques contre les h\u00f4pitaux et l&rsquo;enl\u00e8vement des corps des manifestants morts ou bless\u00e9s, a aliment\u00e9 la col\u00e8re populaire et radicalis\u00e9 le mouvement. La poursuite des gr\u00e8ves sur les march\u00e9s et la large dispersion g\u00e9ographique des manifestant-es d\u00e9montrent l&rsquo;insuffisance des moyens dont dispose actuellement le r\u00e9gime pour le contenir totalement.<\/p>\n<p>\u00c0 Yazdanshahr, les familles d&rsquo;adolescents de moins de 20 ans d\u00e9tenus ont annonc\u00e9 qu&rsquo;elles rejoindraient elles-m\u00eames les manifestations si leurs enfants ne sont pas lib\u00e9r\u00e9s dans les prochaines 24 heures.<\/p>\n<p>Le mouvement survit et montre des signes d&rsquo;organisation locale (comme la r\u00e9sistance dans les h\u00f4pitaux et le sauvetage de manifestants), mais pour une expansion durable, il doit contourner les restrictions num\u00e9riques et renforcer sa coordination d\u00e9centralis\u00e9e. Les prochaines nuits seront d\u00e9cisives : une r\u00e9pression accrue pourrait exacerber la col\u00e8re et provoquer une explosion de violence, ou bien les restrictions pourraient inciter la population \u00e0 trouver des solutions plus cr\u00e9atives.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime est sur la d\u00e9fensive et des signes d&rsquo;inqui\u00e9tude interne se font jour (comme d&rsquo;\u00e9ventuels projets de fuite).<\/p>\n<p>La situation reste tendue et un changement fondamental est possible, mais le co\u00fbt pour la population sera \u00e9lev\u00e9 ; toutefois, cela aboutira \u00e0 la destruction du r\u00e9gime.<\/p>\n<h3>Jour 8<\/h3>\n<p>Les manifestations entamaient leur huiti\u00e8me jour cons\u00e9cutif. La pr\u00e9sence des manifestants \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, s&rsquo;\u00e9tendant \u00e0 plus de 175 localit\u00e9s dans 25 provinces et 60 villes.<\/p>\n<p>Ce mouvement n&rsquo;est plus seulement une protestation \u00e9conomique ; il est devenu un soul\u00e8vement dispers\u00e9 et d\u00e9centralis\u00e9 qui met le r\u00e9gime sur la d\u00e9fensive. De petits noyaux de protestation locaux op\u00e8rent sans commandement central : ils se forment rapidement, se dispersent, se regroupent et occupent l&rsquo;espace. Cette dispersion constitue pr\u00e9cis\u00e9ment sa force anarchiste ; le r\u00e9gime ne peut cibler un seul front, car il n&rsquo;y en a pas. <strong>Les gens construisent des barricades \u00e0 mains nues, d\u00e9fendent l&rsquo;h\u00f4pital, sauvent les bless\u00e9s des forces de r\u00e9pression et s&#8217;emparent parfois des armes des Bassidj. Ce sont des actions directes et horizontales qui neutralisent le pouvoir d&rsquo;\u00c9tat et montrent que le contr\u00f4le est possible par la base, et non par le sommet.<\/strong><\/p>\n<p>T\u00e9h\u00e9ran : Dispersion des noyaux et contr\u00f4le local dans les zones est et sud (Narmak, Haft-e-Houdh, T\u00e9h\u00e9ran-Pars, Al-Ghadir, Nazi-Abad, Molavi, Jomhuri, Hafez, passage Alaeddin). Les rassemblements nocturnes, ponctu\u00e9s de barrages routiers et d\u2019affrontements directs, se sont poursuivis. Les forces de l\u2019ordre ont ripost\u00e9 avec des grenades assourdissantes et des gaz lacrymog\u00e8nes, mais les manifestants se sont regroup\u00e9s. Les barrages routiers du r\u00e9gime et la circulation de motocyclistes aux plaques d\u2019immatriculation dissimul\u00e9es n\u2019ont pas permis de calmer les esprits. La gr\u00e8ve des commer\u00e7ants a port\u00e9 un coup dur \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. Aucune structure hi\u00e9rarchique n\u2019est visible ; les groupes locaux d\u00e9cident et agissent en fonction des besoins du moment, sans ordres ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Iran occidental : La d\u00e9fense collective et la r\u00e9sistance arm\u00e9e initiale d\u2019Ilam (Malkshahi, Sarabeleh) ont \u00e9t\u00e9 les plus intenses. <strong>Du 12 au 14\u00a0 1404, la ville de Malekshahi, dans la province d&rsquo;Ilam, fut l&rsquo;un des \u00e9picentres de la r\u00e9pression violente lors des manifestations nationales.<\/strong> Les manifestant-es, pour la plupart des citoyens ordinaires sans organisation centrale, se rassembl\u00e8rent dans les rues pour protester contre les difficult\u00e9s \u00e9conomiques et l&#8217;emprise omnipr\u00e9sente du r\u00e9gime. L&rsquo;apr\u00e8s-midi du 13, alors qu&rsquo;un groupe d&rsquo;entre eux passait spontan\u00e9ment devant une base des Bassidj, les Gardiens de la r\u00e9volution ouvrirent le feu sans sommation. Selon les t\u00e9moignages, le commandant de la garde de Malekshahi aurait personnellement donn\u00e9 l&rsquo;ordre de tirer sur les manifestant-es, post\u00e9 derri\u00e8re une mitrailleuse. Cette fusillade, caract\u00e9ristique de la strat\u00e9gie du r\u00e9gime visant \u00e0 asseoir son autorit\u00e9 par le haut, fit au moins quatre morts (Reza Azimzadeh, Mehdi Emamipour, Farez Aghamohammadi et Mohammad Bezouneh) et plus de trente bless\u00e9s, dont plusieurs gri\u00e8vement. L\u2019action du r\u00e9gime visait non seulement \u00e0 disperser le rassemblement, mais aussi \u00e0 \u00e9touffer dans l\u2019\u0153uf toute forme de r\u00e9sistance horizontale. Or, la violence n\u2019a fait qu\u2019attiser la col\u00e8re locale.<\/p>\n<p>Le dimanche 4 janvier, les habitants de Malekshahi, dans la province d\u2019Ilam, exasp\u00e9r\u00e9s, sont de nouveau descendus dans la rue et se sont heurt\u00e9s aux forces de r\u00e9pression.<\/p>\n<p>Dans une r\u00e9action totalement spontan\u00e9e, sans s\u2019appuyer sur une hi\u00e9rarchie ou une autorit\u00e9 ext\u00e9rieure, les habitant-es de Malekshahi ont agi avec c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 : ils ont transport\u00e9 les bless\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital dans leurs propres v\u00e9hicules, se sont rassembl\u00e9s devant les centres m\u00e9dicaux pour emp\u00eacher les forces de s\u00e9curit\u00e9 de prendre d\u2019assaut le b\u00e2timent, et sont retourn\u00e9s dans la rue le lendemain pour les fun\u00e9railles des morts. Cette solidarit\u00e9 directe puisait ses racines dans les liens locaux et dans un rejet de toute autorit\u00e9 impos\u00e9e ; ils se sont soutenus mutuellement sans attendre d\u2019ordres sup\u00e9rieurs, d\u00e9montrant ainsi qu\u2019une v\u00e9ritable r\u00e9sistance peut na\u00eetre d\u2019une coop\u00e9ration horizontale et quotidienne entre les citoyens, et non de structures centr\u00e9es sur le pouvoir. Cette exp\u00e9rience a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la profonde fragilit\u00e9 du r\u00e9gime face \u00e0 une telle dynamique spontan\u00e9e.<\/p>\n<p>Des t\u00e9moignages rapportent \u00e9galement qu&rsquo;aux abords du passage souterrain de Keshvari et de la place 22 Bahman, les manifestant-es se sont retranch\u00e9s sur des positions d\u00e9fensives. Lorsque les forces de s\u00e9curit\u00e9 ont pris d&rsquo;assaut l&rsquo;h\u00f4pital Imam Khomeini pour r\u00e9cup\u00e9rer les corps et les bless\u00e9s, ils ont ferm\u00e9 les portes, bloqu\u00e9 l&rsquo;acc\u00e8s avec des pierres et des objets, et, dans certains cas, ont m\u00eame d\u00e9sarm\u00e9 les Bassidj.<\/p>\n<p>Au sud et en p\u00e9riph\u00e9rie : l&rsquo;expansion horizontale vers des zones inattendues du Fars (Neyriz, Marvdasht) a entra\u00een\u00e9 des fusillades directes, tuant des personnes comme Amir Mohammad Kohkan. Au Lorestan, des adolescents ont trouv\u00e9 la mort. Shalamzar a maintenu le mouvement. Zabol (ville marqu\u00e9e par une forte r\u00e9pression anti-Pahlavi) a rejoint le mouvement pour la premi\u00e8re fois. Cette expansion vers de petites villes p\u00e9riph\u00e9riques (Lahijan, Sari, Noorabad Mamasani) t\u00e9moigne d&rsquo;un v\u00e9ritable radicalisme : la contestation na\u00eet de la pression locale et de la solidarit\u00e9 horizontale, et non d&rsquo;une id\u00e9ologie centrale ou d&rsquo;un appel ext\u00e9rieur. Les gens agissent sans plan pr\u00e9\u00e9tabli, guid\u00e9s par un m\u00e9contentement partag\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Analyse plus coh\u00e9rente des manifestations populaires :<\/strong><\/p>\n<p>Ces manifestations n&rsquo;ont ni parti officiel, ni leader, ni programme. Les cellules locales fonctionnent sur la base de la confiance mutuelle et de l&rsquo;action directe : d\u00e9fense de l&rsquo;h\u00f4pital, construction de barricades, lib\u00e9ration des d\u00e9tenus. Cette fragmentation rend le pouvoir d&rsquo;\u00c9tat inefficace ; le r\u00e9gime riposte par des tirs, des grenades et des raids contre les \u00e9tablissements m\u00e9dicaux, mais il ne peut pas couvrir l&rsquo;ensemble du territoire simultan\u00e9ment. Les morts (au moins 19 \u00e0 25 \u00e0 ce jour, principalement dans l&rsquo;ouest) sont un lourd fardeau, mais la r\u00e9sistance se poursuit car la population n&rsquo;a plus rien \u00e0 perdre et a fait l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;un pouvoir local.<\/p>\n<p><strong>Le r\u00e9gime est en position de survie\u00a0: acc\u00e8s limit\u00e9 \u00e0 Internet, forte pr\u00e9sence polici\u00e8re, mais incapacit\u00e9 \u00e0 anticiper l&rsquo;avenir. Les informations faisant \u00e9tat de manifestations s&rsquo;\u00e9tendant jusqu&rsquo;\u00e0 Zabol prouvent que le m\u00e9contentement d\u00e9passe les anciennes id\u00e9ologies et s&rsquo;attaque directement au pouvoir central.<\/strong> Si les noyaux de r\u00e9sistance se renforcent (non pas par une direction, mais par une solidarit\u00e9 concr\u00e8te), le r\u00e9gime sera confront\u00e9 \u00e0 une v\u00e9ritable crise de contr\u00f4le\u00a0: une attaque de toutes parts, sans centre vuln\u00e9rable.<\/p>\n<p>Cette situation rec\u00e8le un r\u00e9el potentiel de changement, car elle repose sur le rejet de la hi\u00e9rarchie et l&rsquo;action horizontale. La situation est instable et pourrait d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer \u00e0 tout moment. Ces informations sont bas\u00e9es sur des rapports de terrain recueillis au 4 janvier \u00e0 minuit.<\/p>\n<h3>Jour 7<\/h3>\n<p><strong>Ce soul\u00e8vement, qui en est \u00e0 son septi\u00e8me jour, n&rsquo;est pas seulement une protestation \u00e9conomique, mais une r\u00e9bellion concr\u00e8te contre la logique m\u00eame du pouvoir d&rsquo;\u00c9tat. Le peuple a perturb\u00e9 le contr\u00f4le des rues, d\u00e9truit les symboles de la r\u00e9pression et r\u00e9sist\u00e9 aux balles.<\/strong> C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;anarchie en action : la paralysie de la machine d&rsquo;\u00c9tat par la base, sans qu&rsquo;il soit n\u00e9cessaire de la remplacer imm\u00e9diatement par un nouveau pouvoir.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime a r\u00e9agi par des tirs directs, des raids contre les h\u00f4pitaux et des arrestations massives, mais cette r\u00e9pression a non seulement \u00e9chou\u00e9, mais a aussi exacerb\u00e9 les divisions internes : <strong>les troupes ont battu en retraite dans de nombreux endroits, des officiers ont \u00e9t\u00e9 captur\u00e9s et le peuple a r\u00e9sist\u00e9 avec succ\u00e8s pour d\u00e9fendre les bless\u00e9s.<\/strong> Des tactiques dispers\u00e9es et spontan\u00e9es (barricades de quartier, voitures incendi\u00e9es, destruction de cam\u00e9ras et blocage des voies de communication) ont d\u00e9plac\u00e9 le pouvoir du centre vers la p\u00e9riph\u00e9rie et cr\u00e9\u00e9 un espace pour une v\u00e9ritable autogestion : dons de sang massifs, d\u00e9fense des h\u00f4pitaux et diffusion directe de l&rsquo;information sans interm\u00e9diaires.<\/p>\n<p>Izeh (Khuzestan) : Le meurtre d&rsquo;Ismail Qoreshundi et la sc\u00e8ne de sa m\u00e8re pleurant son corps. Il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;une trag\u00e9die individuelle, mais aussi de la transformation du deuil en action collective. Au sein de structures horizontales, de tels moments transforment la col\u00e8re individuelle en un carburant durable pour la r\u00e9sistance, menant directement \u00e0 la propagation du conflit dans les zones marginalis\u00e9es, sans besoin de chef.<\/p>\n<p>Narmak (T\u00e9h\u00e9ran) : Un jeune manifestant a scand\u00e9 \u00ab Mort au dictateur \u00bb m\u00eame apr\u00e8s son arrestation. Cet acte rend caduques les limites du contr\u00f4le : la r\u00e9pression n&rsquo;est pas une fin en soi, mais la continuation de la r\u00e9sistance en captivit\u00e9. De tels cas servent d&rsquo;exemple et montrent que la peur de l&rsquo;arrestation ou de la mort n&rsquo;est plus un frein, mais fait d\u00e9sormais partie int\u00e9grante du cycle de l&rsquo;action directe.<\/p>\n<p>Saghar Etemad, un manifestant de la ville de Farsan, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans le coma \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital apr\u00e8s avoir re\u00e7u une balle dans la t\u00eate tir\u00e9e par les forces de r\u00e9pression de la R\u00e9publique islamique.<\/p>\n<p>Ces situations, conjugu\u00e9es au besoin urgent de sang \u00e0 Ilam et \u00e0 la r\u00e9sistance face aux enl\u00e8vements de corps, ont renforc\u00e9 les r\u00e9seaux d&rsquo;entraide spontan\u00e9s : la population distribue les ressources directement, sans interm\u00e9diaires gouvernementaux ou institutionnels. Ces noyaux pratiques d&rsquo;autogestion ont le potentiel de se transformer en comit\u00e9s de quartier pour l&rsquo;alimentation, la d\u00e9fense et l&rsquo;information, ce qui repr\u00e9sente pr\u00e9cis\u00e9ment une menace pour tout \u00c9tat centralis\u00e9.<\/p>\n<p>Le mouvement englobe d\u00e9sormais plus de 100 localit\u00e9s et concerne au moins 22 provinces. Concentrons-nous sur les p\u00e9riph\u00e9ries et les grandes villes, plus directement touch\u00e9es par la crise \u00e9conomique :<\/p>\n<p>T\u00e9h\u00e9ran : Occupation quasi totale de l&rsquo;est et de l&rsquo;ouest (Narmak, Haft-Hoz, Nazi-Abad, T\u00e9h\u00e9ran-Pars, Nizam-Abad, Sadeghieh, Aryashar). Affrontements de rue, barricades et r\u00e9sistance m\u00eame en d\u00e9tention.<\/p>\n<p>Ilam et l&rsquo;ouest : Malekshahi reste un foyer de violence (nombreux morts et bless\u00e9s, retrait des forces apr\u00e8s une vague de r\u00e9sistance).<\/p>\n<p>Chiraz\/Fars : Universit\u00e9s, Neyriz (<strong>entr\u00e9e dans les b\u00e2timents gouvernementaux<\/strong>), Kazerun.<\/p>\n<p>Ispahan : <strong>Violents affrontements, capture de forces sp\u00e9ciales et tirs directs sur les manifestants.<\/strong><\/p>\n<p>Autres r\u00e9gions : Karaj, Mashhad, Kermanshah, Yasuj, Hamedan, Tabriz, Qom, Zahedan, Urmia, Lorestan (Khoram-Abad), Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad.<\/p>\n<p>La dispersion d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e a paralys\u00e9 le r\u00e9gime : division des forces, co\u00fbts \u00e9lev\u00e9s et incapacit\u00e9 \u00e0 concentrer la r\u00e9pression.<\/p>\n<p><strong>Analyse de ces actions :<\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u2019action directe comme principale strat\u00e9gie : incendies de bases\/v\u00e9hicules, d\u00e9fense collective des h\u00f4pitaux et r\u00e9sistance individuelle (comme \u00e0 Izeh et Narmak) t\u00e9moignent d\u2019une intelligence pratique. Ces tactiques rendent non seulement le co\u00fbt de la r\u00e9pression insupportable, mais cr\u00e9ent \u00e9galement des structures alternatives : des r\u00e9seaux d\u2019entraide horizontaux pouvant s\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019administration locale sans intervention de l\u2019\u00c9tat.<\/strong><\/p>\n<p>Double \u00e9chec du contr\u00f4le du r\u00e9gime : physique (retraites, arrestations) et psychologique (transformation des violences en col\u00e8re accrue). Le r\u00e9gime a perdu l&rsquo;arme de la peur ; le deuil et les arrestations, au lieu de faire taire, alimentent le mouvement.<\/p>\n<p>Risques et opportunit\u00e9s de d\u00e9viation :<strong> les slogans royalistes ou l&rsquo;espoir d&rsquo;une intervention ext\u00e9rieure (Trump) peuvent menacer l&rsquo;horizontalit\u00e9, en cr\u00e9ant l&rsquo;illusion d&rsquo;une nouvelle direction ou d&rsquo;un salut venu de l&rsquo;ext\u00e9rieur. Le soul\u00e8vement actuel est puissant car il est direct et sans interm\u00e9diaire ; toute tentative d&rsquo;organisation verticale an\u00e9antit l&rsquo;initiative locale.<\/strong> La principale opportunit\u00e9 r\u00e9side dans le d\u00e9veloppement des comit\u00e9s de quartier pour la distribution des ressources et une d\u00e9fense durable, ce qui pourrait d\u00e9manteler compl\u00e8tement le contr\u00f4le central.<\/p>\n<p>Perspectives : le r\u00e9gime est sur la d\u00e9fensive. La poursuite de la dispersion et des actions directes pourrait mener \u00e0 l\u2019occupation durable des quartiers et \u00e0 la paralysie totale de l\u2019\u00e9conomie et du mouvement. C\u2019est un moment historique pour rejeter tout nouveau pouvoir (\u00e9tatique ou autre) et pour construire de v\u00e9ritables relations horizontales, non pas pour r\u00e9former, non pas pour remplacer, mais pour d\u00e9truire la logique de la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>La situation est tr\u00e8s dynamique et \u00e9volue rapidement. Ce soul\u00e8vement prouve que le pouvoir d\u2019\u00c9tat est toujours fragile face \u00e0 l\u2019action directe de la base.<\/p>\n<p>Il va sans dire que les manifestations entrent dans leur huiti\u00e8me jour et se poursuivent dans de nombreuses r\u00e9gions<\/p>\n<h3>Rapport du 6e jour<\/h3>\n<p>Six jours se sont \u00e9coul\u00e9s depuis le d\u00e9but de cette vague de protestations et aujourd&rsquo;hui, 3 janvier 2026, l&rsquo;intensit\u00e9 et l&rsquo;ampleur des affrontements dans plusieurs villes ont d\u00e9montr\u00e9 que le r\u00e9gime, malgr\u00e9 tous ses moyens de r\u00e9pression \u2013 tirs directs depuis les toits et les ruelles, utilisation massive de gaz lacrymog\u00e8nes, motos des unit\u00e9s sp\u00e9ciales, tirs de paintball au visage et aux organes vitaux, blocages de quartiers et coupures d&rsquo;internet \u2013, n&rsquo;est pas parvenu \u00e0 d\u00e9gager les rues. Des rassemblements se sont poursuivis \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, Karadj, Shiraz, Mashhad, Tabriz, Qom, Hamedan, Kermanshah, Ilam, Shahrekord, Yazd, Qazvin, Arak, Bushehr, Babol, Anzali, Khorramabad, Aligoudarz, Ramhormoz et dans des dizaines de villes plus petites.<strong> Les manifestants ont \u00e9rig\u00e9 des barricades, s&#8217;empar\u00e9 des motos des forces de s\u00e9curit\u00e9, br\u00fbl\u00e9 des banderoles de propagande du r\u00e9gime, pris d&rsquo;assaut des commissariats et des bases de police, et, dans des villes comme T\u00e9h\u00e9ran-Pars, Tabriz, Ispahan et Qom, repouss\u00e9 les forces de r\u00e9pression ou les a contraintes \u00e0 fuir<\/strong>. Dans de nombreux quartiers, la foule grossissait de minute en minute, les automobilistes klaxonnaient en signe de soutien, et m\u00eame \u00e0 Kerman, le jour anniversaire de Soleimani, chaque banderole d\u00e9ploy\u00e9e prenait feu.<\/p>\n<p>\u00c0 T\u00e9h\u00e9ran, les principaux lieux de rassemblement \u00e9taient Naziabad, Haft-e-Houdh, T\u00e9h\u00e9ran-Pars (Falke Soum et place Rahbar), Khak Sefid, Narmak, Sattarkhan, Sadeghieh, Aryashar, Shahr-e-Quds, Parand et Islamshahr ; des barricades, des affrontements de rue, des contr\u00f4les de rue temporaires et des cas d&rsquo;enl\u00e8vements de femmes par des hommes en civil ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s. Karaj (Gohar Dasht et boulevard Rastakhiz) a connu une croissance d\u00e9mographique constante et des blocages de rues. Shiraz et Marvdasht ont \u00e9t\u00e9 la cible de tirs nourris : des tirs directs depuis le toit du commissariat n\u00b0 11 et de la banque Sepah ont fait au moins trois morts (Vahid Mokhtari, Shirvani et Erfan Bozorgy), et <strong>le commissariat de Maaliabad a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9.<\/strong> \u00c0 Mashhad (Rahnamei et aux alentours de Zein al-Din) et \u00e0 Tabriz (Shehnaz), les forces de s\u00e9curit\u00e9 ont battu en retraite ; <strong>\u00e0 Qom, des fusillades ont \u00e9clat\u00e9 dans les rues, faisant au moins un mort, et des v\u00e9hicules des forces de s\u00e9curit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9s<\/strong>. \u00c0 Hamedan, Kermanshah et Ilam, les nuits ont \u00e9t\u00e9 tendues, marqu\u00e9es par des tirs \u00e0 balles r\u00e9elles et des informations faisant \u00e9tat d\u2019affrontements plus violents, <strong>notamment \u00e0 Ilam o\u00f9 certains manifestants \u00e9taient arm\u00e9s<\/strong>. Chaharmahal et Bakhtiari (Shahr-e-Kord, Farsan, Hafeshjan, Lordegan, Sureshjan) furent parmi les principaux foyers de contestation : les rues \u00e9taient noires de monde, les t\u00e9l\u00e9communications de Farsan furent d\u00e9truites et de violents affrontements eurent lieu. D\u2019autres villes p\u00e9riph\u00e9riques, comme Bahmai, Abdanan, Azna et Borazjan, furent \u00e9galement le th\u00e9\u00e2tre de grands rassemblements, de barrages routiers et de slogans antigouvernementaux. La d\u00e9mission en masse des avocats de Fars et la fermeture anticip\u00e9e des gares routi\u00e8res et ferroviaires de T\u00e9h\u00e9ran t\u00e9moignaient de la volont\u00e9 du r\u00e9gime de contenir la situation. \u00c0 Zahedan, des manifestants incendi\u00e8rent une voiture appartenant \u00e0 des mercenaires des Gardiens de la r\u00e9volution. Lors des manifestations populaires \u00e0 Qom, un jeune homme fut tu\u00e9 par un projectile tir\u00e9 par les forces de r\u00e9pression du r\u00e9gime, et ce dernier tente de dissimuler l\u2019information.<\/p>\n<p>Cette vague de protestations pr\u00e9sente plusieurs caract\u00e9ristiques essentielles qui ont consid\u00e9rablement fragilis\u00e9 la position du r\u00e9gime. Premi\u00e8rement, elle est totalement d\u00e9centralis\u00e9e : il n\u2019existe ni direction claire ni structure organisationnelle. Les appels proviennent de r\u00e9seaux informels et du bouche-\u00e0-oreille, les d\u00e9cisions se prennent dans la rue, et cette dispersion a emp\u00each\u00e9 le r\u00e9gime de paralyser le mouvement par des arrestations cibl\u00e9es ou la coupure des communications. M\u00eame une coupure g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e d&rsquo;internet a \u00e9chou\u00e9 ; les gens ont trouv\u00e9 des itin\u00e9raires alternatifs et les rassemblements se sont propag\u00e9s sans coordination centrale.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, l&rsquo;extension g\u00e9ographique sans pr\u00e9c\u00e9dent du mouvement \u00e0 de petites villes p\u00e9riph\u00e9riques (de Sureshjan et Lordegan \u00e0 Bahmai et Abdanan) t\u00e9moigne de la profonde p\u00e9n\u00e9tration du m\u00e9contentement dans les couches les plus d\u00e9favoris\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9. Cette dispersion a divis\u00e9 les ressources r\u00e9pressives du r\u00e9gime et l&rsquo;a priv\u00e9 de la capacit\u00e9 de r\u00e9pondre simultan\u00e9ment \u00e0 tous les fronts ; le r\u00e9gime a \u00e9t\u00e9 contraint de r\u00e9partir ses forces entre les grands centres et les villes p\u00e9riph\u00e9riques, ce qui l&rsquo;a affaibli sur tous les fronts.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, un changement de tactique sur le terrain : <strong>les actions ne sont plus purement d\u00e9fensives ; La saisie des motos des forces sp\u00e9ciales \u00e0 Ramhormoz, l&rsquo;assaut direct contre les commissariats de police \u00e0 Shiraz et Qom, l&rsquo;incendie de la base des Bassidj \u00e0 Mashhad, la destruction des infrastructures de t\u00e9l\u00e9communications \u00e0 Farsan et l&rsquo;\u00e9rection de barricades \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran-Pars sont autant d&rsquo;actions offensives qui ont contraint la r\u00e9pression \u00e0 reculer \u00e0 plusieurs reprises.<\/strong> Ces tactiques, ainsi que des symboles tels que l&rsquo;incendie des banni\u00e8res de Soleimani \u00e0 Kerman ou le balancement du turban du mollah \u00e0 Qom, t\u00e9moignent non seulement de la col\u00e8re accumul\u00e9e, mais remettent aussi directement en cause la l\u00e9gitimit\u00e9 du r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime a eu recours \u00e0 une violence extr\u00eame (tirs directs au visage et aux organes vitaux, nombreux morts et bless\u00e9s), mais cette strat\u00e9gie s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e contre-productive : chaque mort (comme celles signal\u00e9es \u00e0 Qom, Shiraz et Marvdasht) a exacerb\u00e9 la col\u00e8re et pouss\u00e9 la population dans la rue, au lieu de semer la peur. Des signes d&rsquo;effondrement interne sont \u00e9galement apparus : la d\u00e9mission en masse des avocats de Fars, la fermeture anticip\u00e9e des terminaux et des rapports faisant \u00e9tat d&rsquo;un manque de coop\u00e9ration de la part de Certains secteurs.<\/p>\n<p>Structurellement, le r\u00e9gime traverse sa pire crise depuis des ann\u00e9es. L&rsquo;effondrement total de l&rsquo;\u00e9conomie (hyperinflation, ch\u00f4mage massif et chute vertigineuse de la monnaie) a exacerb\u00e9 le m\u00e9contentement jusqu&rsquo;\u00e0 des niveaux explosifs. Parall\u00e8lement, il est accabl\u00e9 par de lourds engagements r\u00e9gionaux (Gaza, Liban, Y\u00e9men) et incapable de concentrer toutes ses forces sur le plan int\u00e9rieur. Les pressions ext\u00e9rieures, notamment les nouvelles menaces de l&rsquo;administration am\u00e9ricaine, ont encore r\u00e9duit ses ressources financi\u00e8res et logistiques. Cette conjonction de facteurs a permis aux manifestations de se poursuivre pendant six jours sans recul significatif et a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de r\u00e9els signes d&rsquo;effondrement (d\u00e9fections de militants, incapacit\u00e9 \u00e0 contr\u00f4ler les principaux centres de r\u00e9pression, annexion continue de nouvelles villes et intensification des combats).<\/p>\n<p>Les manifestations ne montrent aucun signe d&rsquo;essoufflement ; au contraire, chaque mesure r\u00e9pressive a aliment\u00e9 leur expansion et a fait perdre l&rsquo;initiative au r\u00e9gime. La rue demeure le principal lieu d&rsquo;expression et la situation montre que le r\u00e9gime perd progressivement le contr\u00f4le.<\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements \u00e9voluent et se d\u00e9roulent d&rsquo;instant en instant.<\/p>\n<p>Depuis 19 heures, des rassemblements et des manifestations populaires ont lieu dans les rues d&rsquo;Iran.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<h3>Rapport du 5e jour<\/h3>\n<p>Les rues vibraient aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une \u00e9nergie intense et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, une \u00e9nergie qui s&rsquo;est accumul\u00e9e au cours des jours pr\u00e9c\u00e9dents et qui a maintenant atteint son apog\u00e9e. Ce qui avait commenc\u00e9 comme une gr\u00e8ve des commer\u00e7ants sur les march\u00e9s est devenu un mouvement national qui a touch\u00e9 les villes, grandes et petites. Des personnes de tous horizons (ouvriers, \u00e9tudiants, commer\u00e7ants, citoyens ordinaires) sont descendues dans la rue, non seulement pour protester contre l&rsquo;effondrement de la monnaie ou l&rsquo;inflation galopante, mais aussi pour rejeter un syst\u00e8me tout entier qui a \u00e9touff\u00e9 la vie sous le joug du contr\u00f4le \u00e9conomique et policier. Ce mouvement se d\u00e9roule sans structure hi\u00e9rarchis\u00e9e ; de petits groupes de quartier prennent des d\u00e9cisions, une solidarit\u00e9 directe se cr\u00e9e, malgr\u00e9 les tentatives de certaines personnalit\u00e9s et groupes disposant de tribunes et de capitaux pour diriger et s&rsquo;accaparer les actions. \u00c0 T\u00e9h\u00e9ran, le Grand Bazar est rest\u00e9 partiellement ferm\u00e9 et ses alentours \u00e9taient remplis de personnes formant des cha\u00eenes humaines et r\u00e9sistant aux gaz lacrymog\u00e8nes. \u00c0 Qom, haut lieu id\u00e9ologique depuis toujours, la population a attaqu\u00e9 directement les forces de s\u00e9curit\u00e9, leur lan\u00e7ant des pierres. Des t\u00e9moignages font m\u00eame \u00e9tat de forces d\u00e9sarm\u00e9es, preuve de la profondeur de la col\u00e8re et de son d\u00e9passement des fronti\u00e8res traditionnelles.<\/p>\n<p>Dans des villes comme Kohdasht, Lordegan et Azna, au Lorestan, les affrontements ont \u00e9t\u00e9 plus violents. La population a repouss\u00e9 les forces de r\u00e9pression en leur lan\u00e7ant des projectiles et en \u00e9rigeant des barricades. Des coups de feu ont retenti, mais au lieu de se disperser, la foule s&rsquo;est regroup\u00e9e et a r\u00e9sist\u00e9. \u00c0 Azna, le commissariat principal a \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9, les v\u00e9hicules des r\u00e9presseurs br\u00fbl\u00e9s et le b\u00e2timent occup\u00e9 ; un moment qui a marqu\u00e9 le passage d&rsquo;une simple protestation \u00e0 une prise de contr\u00f4le directe de l&rsquo;espace par la population. \u00c0 Lordegan, des tirs directs ont co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 des jeunes, mais cette violence n&rsquo;a fait qu&rsquo;attiser la flamme de la r\u00e9sistance. La population a port\u00e9 les bless\u00e9s, s&rsquo;est entraid\u00e9e et a reconquis l&rsquo;espace. Cette dynamique r\u00e9v\u00e8le la faiblesse de l&rsquo;appareil r\u00e9pressif. Lorsque la volont\u00e9 \u00e9mane de la base et s&rsquo;enracine dans des besoins r\u00e9els, m\u00eame les outils modernes ne peuvent l&rsquo;an\u00e9antir compl\u00e8tement. En r\u00e9alit\u00e9, chaque attaque r\u00e9v\u00e8le davantage les failles du syst\u00e8me et incite la population \u00e0 envisager des alternatives. \u00c0 Marvdasht et Kavar, dans la province de Fars, une forte mobilisation a eu lieu dans les rues. La foule en mouvement a contraint les forces anti-\u00e9meutes \u00e0 fuir, bloquant les rues, et les affrontements se sont poursuivis jusque tard dans la nuit. Ces sc\u00e8nes d\u00e9montrent que lorsqu&rsquo;un mouvement horizontal se propage, m\u00eame des forces bien \u00e9quip\u00e9es ne peuvent maintenir l&rsquo;ordre. \u00c0 Shahabad (ouest d&rsquo;Islamabad), dans le Kermanshah, les rassemblements ont d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en affrontements directs ; la population, unie par sa solidarit\u00e9 locale, a pris le contr\u00f4le de l&rsquo;espace et repouss\u00e9 la r\u00e9pression. \u00c0 Ilam, des jeunes ont arrach\u00e9 des banderoles id\u00e9ologiques, symbolisant un rejet direct du contr\u00f4le culturel, un acte n\u00e9 de la col\u00e8re accumul\u00e9e au fil des ann\u00e9es d&rsquo;oppression. Les \u00e9tudiants ont \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le crucial ; des rassemblements ont eu lieu dans les r\u00e9sidences universitaires pour protester contre les arrestations et les convocations d&rsquo;\u00e9tudiants, et les jeunes ont rejoint le mouvement par des actions simples mais directes. Le r\u00e9gime a attaqu\u00e9 plusieurs r\u00e9sidences universitaires \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran et arr\u00eat\u00e9 de nombreux \u00e9tudiants manifestants. \u00c0 Rasht, les protestations ont d\u00e9but\u00e9 place Moallem et se sont rapidement propag\u00e9es, r\u00e9v\u00e9lant que le mouvement n&rsquo;est pas seulement motiv\u00e9 par des raisons \u00e9conomiques, mais qu&rsquo;il est aussi enracin\u00e9 dans des contradictions plus profondes : un syst\u00e8me qui concentre les ressources entre les mains d&rsquo;une minorit\u00e9, d\u00e9truit la nature \u00e0 des fins lucratives et restreint les libert\u00e9s par des lois id\u00e9ologiques et polici\u00e8res. La population s&rsquo;attaque d\u00e9sormais directement \u00e0 ces structures, sans se laisser influencer par les promesses de r\u00e9forme venues d&rsquo;en haut.<\/p>\n<p>La r\u00e9pression a \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matique et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e : gaz lacrymog\u00e8nes, tirs \u00e0 balles r\u00e9elles et charges des forces anti\u00e9meutes contre la foule. Plusieurs personnes (manifestants et membres des forces de s\u00e9curit\u00e9) auraient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es, mais la violence n&rsquo;a fait que renforcer la r\u00e9sistance. Au Lorestan, la population Ven a m\u00eame utilis\u00e9 des tracteurs pour lancer des pierres afin de se d\u00e9fendre, faisant preuve d&rsquo;une grande cr\u00e9ativit\u00e9 dans l&rsquo;organisation \u00e0 la base. Ce moment repr\u00e9sente une occasion unique de reconstruire la soci\u00e9t\u00e9 depuis ses fondements. La crise \u00e9conomique, avec son inflation de plus de 40 %, son ch\u00f4mage massif et le pillage des ressources, n&rsquo;\u00e9tait que l&rsquo;\u00e9tincelle ; le v\u00e9ritable foyer de conflit provient d&rsquo;un syst\u00e8me hybride qui combine capitalisme et contr\u00f4le id\u00e9ologique et instrumentalise les individus. On constate aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;aucune r\u00e9forme, aucun nouveau leadership ne peut r\u00e9soudre ces contradictions. En revanche, un mouvement horizontal peut \u00eatre le socle d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente : des conseils locaux dot\u00e9s d&rsquo;un pouvoir de d\u00e9cision direct, une production et une distribution fond\u00e9es sur les besoins collectifs plut\u00f4t que sur le profit, et une solidarit\u00e9 sans fronti\u00e8res ethniques ni de genre. Par exemple, dans certains quartiers, les gens ont commenc\u00e9 \u00e0 partager des ressources ou \u00e0 tisser des r\u00e9seaux d&rsquo;entraide, autant d&rsquo;exemples, certes modestes, de la possibilit\u00e9 d&rsquo;une vie sans domination.<\/p>\n<p>Mais ce processus doit aller plus loin : lier les usines aux gr\u00e8ves, d\u00e9velopper les r\u00e9seaux clandestins pour contourner le contr\u00f4le et privil\u00e9gier la formation crois\u00e9e \u00e0 la prise de d\u00e9cision collective.<\/p>\n<p>Les d\u00e9fis sont bien r\u00e9els. Le syst\u00e8me utilise tous ses outils : promesses de dialogue pour apaiser, recours \u00e0 des groupes interm\u00e9diaires pour r\u00e9primer, cr\u00e9ation de divisions par l&rsquo;exacerbation des diff\u00e9rences ethniques ou religieuses, voire ing\u00e9rence \u00e9trang\u00e8re pour d\u00e9tourner le mouvement. Le risque d&rsquo;expropriation par d&rsquo;anciens groupes ou de nouvelles directions cherchant \u00e0 reconcentrer le pouvoir est \u00e9galement pr\u00e9sent. Pour surmonter ces obstacles, il est imp\u00e9ratif de renforcer la structure horizontale : cr\u00e9er des liens directs entre les villes, se concentrer sur les besoins locaux tels que l&rsquo;alimentation et la s\u00e9curit\u00e9, et rejeter fermement toute forme de hi\u00e9rarchie. Si nous maintenons cette \u00e9nergie et nous concentrons sur les aspects pratiques (comme l&rsquo;organisation de gr\u00e8ves tournantes ou de r\u00e9seaux d&rsquo;information s\u00e9curis\u00e9s), nous pouvons transformer une protestation passag\u00e8re en un changement durable. Ce soul\u00e8vement n&rsquo;est pas qu&rsquo;une simple r\u00e9action, mais le signe d&rsquo;un monde possible sans domination.<\/p>\n<p>Les manifestations d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ont d\u00e9montr\u00e9 que lorsque le peuple prend les choses en main, aucun syst\u00e8me ne peut perdurer. Poursuivre sur cette voie exige patience et d\u00e9termination, mais son potentiel est r\u00e9el et imminent.<\/p>\n<p>Plusieurs personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent (principalement par des tirs directs des forces de s\u00e9curit\u00e9). Noms diffus\u00e9s et confirm\u00e9s :<\/p>\n<p>Dariush Ansari Bakhtiarvand (Fouladshahr, Ispahan, 10 janvier).<\/p>\n<p>Amir Hossam Khodayarifard (Kuhdasht, Lorestan, 10 janvier ; initialement identifi\u00e9 comme membre des forces Basij, mais l\u2019enqu\u00eate a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait un manifestant).<\/p>\n<p>Khodadad Shirvani (Marvdasht, 11 janvier).<\/p>\n<p>Ahmad Jalil (Lordegan, Chaharmahal et Bakhtiari, 11 janvier).<\/p>\n<p>Sajjad Valamanesh ou Zeilaei (Lordegan, 11 janvier ; des aveux extorqu\u00e9s \u00e0 sa famille auraient \u00e9t\u00e9 obtenus sous la contrainte).<\/p>\n<p>Des informations font \u00e9galement \u00e9tat des meurtres de Wahab Qaidi (Azna, Lorestan) et d\u2019Abuzar (Shayan) Asadollahi (Azna), mais ces informations restent \u00e0 confirmer.<\/p>\n<p>Des arrestations ont eu lieu de fa\u00e7on sporadique ; plusieurs dizaines de personnes ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9es, mais la liste compl\u00e8te n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e. Des noms ont \u00e9t\u00e9 divulgu\u00e9s :<\/p>\n<p>Razieh Khajeh (Yasuj, 1er janvier, battue).<\/p>\n<p>Ali Najafi (Kermanshah).<\/p>\n<p>Six femmes \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran : Helena Rostami, Fatemeh Hashempour, Elnaz Kari, Aida (nom de famille inconnu), Masoumeh Nouri, Negar Ghanbari.<\/p>\n<p>Au moins 27 personnes \u00e0 Kohdasht et Kermanshah.<br \/>\nDes arrestations d&rsquo;\u00e9tudiants et d&rsquo;enseignants retrait\u00e9s (au moins 3 enseignants) ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9es.<\/p>\n<p>Arrestations d\u2019\u00e9tudiants et d\u2019enseignants retrait\u00e9s (au moins 3 enseignants).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Initialement publi\u00e9 sur Anarshism, le 08\/01\/2026. Jour 11 (8 janvier 2026) Le soul\u00e8vement entre dans son onzi\u00e8me jour et ne faiblit pas. Non seulement la population se d\u00e9fend, mais dans de nombreux endroits, elle a pris l&rsquo;initiative et repouss\u00e9 les forces de r\u00e9pression. Cette pers\u00e9v\u00e9rance a mis le r\u00e9gime sur la d\u00e9fensive, et des signes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":20017,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[899,12,75,897],"class_list":["post-3214","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actions","tag-anarshism","tag-iran","tag-revolte","tag-soulevement-de-janvier-2026"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3214","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20017"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3214"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3214\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3215,"href":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3214\/revisions\/3215"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3214"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3214"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3214"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}