{"id":4082,"date":"2026-08-05T13:48:01","date_gmt":"2026-08-05T11:48:01","guid":{"rendered":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/?p=4082"},"modified":"2026-08-03T14:53:30","modified_gmt":"2026-08-03T12:53:30","slug":"archives-2008-a-lassaut-de-ceuta-et-melilla","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dingueries.noblogs.org\/?p=4082","title":{"rendered":"[Archives] 2008 : A l\u2019assaut de Ceuta et Melilla"},"content":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 sur <a href=\"https:\/\/sansnom.noblogs.org\/archives\/27808#more-27808\">Sans nom<\/a> le 31\/07\/2026<\/p>\n<p><em>[Jeudi 30 et vendredi 31 juillet 2026, pr\u00e8s de 50 000 migrants ont pris d\u2019assaut avec succ\u00e8s la fronti\u00e8re qui s\u00e9pare le Maroc de l\u2019enclave espagnole de Ceuta, causant la mort d\u2019au moins 72 d\u2019entre eux, avant que la plupart ne reparte dans l\u2019autre sens. L\u2019article ci-dessous, qui revient en d\u00e9tail sur les premiers assauts contre cette fronti\u00e8re et la question de l\u2019auto-organisation, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en d\u00e9cembre 2008 dans le premier num\u00e9ro de la revue anarchiste internationale \u00ab\u00a0A corps perdu\u00a0\u00bb.]<\/em><\/p>\n<div id=\"page-title\">\n<p><strong>A l\u2019assaut de Ceuta et Melilla<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"page-content\">\n<p><em>Malgr\u00e9 une longue tradition de poncifs militants, on aurait tort de continuer \u00e0 parler d\u2019 \u00ab Europe forteresse \u00bb. Si l\u2019expression est commode, elle fait oublier que les \u00e9trangers riches n\u2019ont pas de probl\u00e8me d\u2019acc\u00e8s au territoire europ\u00e9en. Elle cache aussi surtout le fait que le continent reste une terre d\u2019immigration l\u00e9gale ou l\u00e9galis\u00e9e, comme elle l\u2019a toujours \u00e9t\u00e9, en fonction des besoins de main d\u2019\u0153uvre. Le d\u00e9calage croissant entre des immigr\u00e9s choisis par nationalit\u00e9s, quotas ou dur\u00e9e de survie avant r\u00e9gularisation et tous ceux qui continuent d\u2019arriver sans demander d\u2019autorisation a ainsi souvent pu conduire \u00e0 cette simplification.<!--more--><\/em><\/p>\n<p>Les deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au Maroc constituent l\u2019une des seules voies terrestres pour acc\u00e9der en l\u2019Europe. Si on sait que la M\u00e9diterran\u00e9e constitue un des plus grands cimeti\u00e8res europ\u00e9en en raison du nombre de r\u00e9fugi\u00e9s noy\u00e9s lors de la travers\u00e9e vers l\u2019Italie (Lampedusa et la Sicile), l\u2019Espagne (le d\u00e9troit de Gibraltar, les Canaries), mais aussi vers Chypre ou Malte, cette fronti\u00e8re a longtemps offert l\u2019avantage d\u2019un passage gratuit et plus s\u00fbr, pour peu que l\u2019auto-organisation et la d\u00e9termination soient au rendez-vous.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019en 1998 que la ville de Melilla, 65\u00a0000 habitants, a construit un centre de r\u00e9tention particulier, dit CETI (Centro de Estancia Temporal de Inmigrantes), semi-ouvert mais \u00e0 d\u00e9tention illimit\u00e9e, contre 40 jours dans les dix autres camps de d\u00e9portation, les CIE (Centro de Internamiento de Extranjeros), cr\u00e9\u00e9s \u00e0 partir de 1985. La Granja, cog\u00e9r\u00e9 par la Croix-Rouge et l\u2019association Maria Immaculada, est d\u2019une capacit\u00e9 de 250 places et sert de centre de tri entre ceux qui seront rel\u00e2ch\u00e9s dans une ville espagnole du continent avec un avis d\u2019expulsion, et tous les autres, refoul\u00e9s par bateau ou par avion. Cette m\u00eame ann\u00e9e a aussi d\u00e9but\u00e9 la construction d\u2019une barri\u00e8re m\u00e9tallique autour de la ville, sur l\u2019exemple de Ceuta l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Depuis 1994\u00a0en effet, les travers\u00e9es par bateau de \u00absubsahariens\u00bb \u00e0 partir du Maroc (Sidi Ifni, El Aaiun, Dajla) vers les Iles Canaries d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et le sud de l\u2019Espagne (Cadiz, M\u00e1laga, Almeria) de l\u2019autre ne vont cesser d\u2019augmenter. Parall\u00e8lement, les attaques individuelles ou par petits groupes de la fronti\u00e8re terrestre qui m\u00e8ne vers Ceuta et Melilla vont \u00e9galement se multiplier.<\/p>\n<p>C\u2019est cependant \u00e0 partir de 2005 que tout va s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0. Des milliers de migrants, peut-\u00eatre las d\u2019attendre un passage victorieux par bateau contre les 1500 dollars dus aux passeurs (la surveillance technologique et humaine des voies maritimes a beaucoup augment\u00e9), \u00e0 bouts de ressources (d\u00e9pouill\u00e9s par la police, rackett\u00e9s par les mafias, enferm\u00e9s et tabass\u00e9s dans les prisons marocaines ou libyennes \u00e0 chaque \u00e9chec) ou tout simplement plus pauvres, vont alors lancer des vagues d\u2019assauts massives afin de franchir en force le p\u00e9rim\u00e8tre qui marque le passage vers les deux enclaves espagnoles. Si nous nous attarderons sur les assauts de cette ann\u00e9e particuli\u00e8re, ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 plus m\u00e9diatis\u00e9s suite aux morts qu\u2019ils ont caus\u00e9es, mais parce que de nombreux migrants ont pu raconter ensuite leur aventure, et surtout parce que cette exp\u00e9rience d\u2019auto-organisation et de d\u00e9termination qui brise les sch\u00e9mas victimistes parle \u00e0 tout individu qui a la libert\u00e9 et la rage au c\u0153ur.<\/p>\n<p><strong>La bonne entente hispano-marocaine<\/strong><\/p>\n<p>La fronti\u00e8re, longue de plus de 8 kilom\u00e8tres \u00e0 Ceuta et 10 \u00e0 Melilla, est prot\u00e9g\u00e9e par un double grillage en acier renforc\u00e9 (contre les s\u00e9cateurs), haut de 3 \u00e0 6\u00a0m\u00e8tres selon les endroits, la Valla. Elle comporte une trentaine de miradors, des cam\u00e9ras thermiques et des appareils de d\u00e9tection \u00e0 infrarouge. Une fois le premier grillage franchi avec des barbel\u00e9s \u00e0 son sommet, il faut se jeter dans la zone de l\u2019entre-deux et soit chercher \u00e0 forcer le passage des rares portes, soit escalader le second. A Melilla, il faut encore courir et se cacher pour gagner le centre ville, o\u00f9 seule la pr\u00e9fecture enregistre les demandes d\u2019asile. Tous les autres sont impitoyablement rendus aux marocains apr\u00e8s un tabassage en r\u00e8gle. Les gardes espagnols sont notamment \u00e9quip\u00e9s de balles en caoutchouc qui font des ravages, et disposent en outre d\u2019une bonne motivation pour s\u2019en servir : une prime de 500 \u00e0 800 euros par mois pour occuper ce poste.<br \/>\nL\u2019ensemble du dispositif de s\u00e9curit\u00e9, sur terre mais aussi en mer, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nomm\u00e9 Sive (Syst\u00e8me int\u00e9gr\u00e9 de vigilance externe). Cr\u00e9\u00e9 en 1998, il est devenu op\u00e9rationnel en ao\u00fbt 2002 le long d\u2019Alg\u00e9siras, \u00e0 l\u2019embouchure du d\u00e9troit de Gibraltar, puis s\u2019est \u00e9tendu \u00e0 Malaga et l\u2019\u00eele de Fuerteventura (Canaries) en d\u00e9cembre 2003, avant Cadiz et Grenade en novembre 2004, puis Ceuta, Melilla et Lanzarote (Canaries) en janvier 2005. Et enfin Tenerife, La Gomera, El Hierro, Valence, Alicante, Murcia et Ibiza en 2007. C\u2019est \u00e0 Cadiz que se trouve El Mando, le centre op\u00e9rationnel de la guardia civil qui g\u00e8re le Sive, pass\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me de contr\u00f4le exclusivement terrestre \u00e0 un dispositif tr\u00e8s complexe en temps r\u00e9el int\u00e9grant bandes vid\u00e9o, liaison satellitaire, radars, cam\u00e9ras thermiques et infrarouges, lecteurs automatiques de plaques d\u2019immatriculations et d\u00e9tecteurs de pulsations cardiaques dans les ports, le tout appuy\u00e9 par des unit\u00e9s d\u2019intervention rapide comme des vedettes maritimes et des h\u00e9licopt\u00e8res \u00e9quip\u00e9s d\u2019aides \u00e0 la navigation nocturne. L\u2019aire d\u2019influence du Sive couvre, dans les textes adopt\u00e9s \u00e0 Bruxelles en novembre 2003 sur les centres de contr\u00f4le des flux migratoires du Sud, toutes les eaux du Portugal, de la France et de l\u2019Italie (Maroc, Alg\u00e9rie, Tunisie comprises, qu\u2019elles le veuillent ou non). Le second Sive, bas\u00e9 en Gr\u00e8ce, doit voir le jour face \u00e0 la seconde route des trafics de marchandises (humaines ou mat\u00e9rielles) utilis\u00e9e dans les Balkans, la Turquie, l\u2019Egypte et la Libye. Notons aussi qu\u2019une des deux entreprises qui a install\u00e9 le Sive, Amper, a d\u00e9j\u00e0 export\u00e9 son syst\u00e8me \u00e0 la Serbie et la fronti\u00e8re russo-lettone, tandis que l\u2019autre, Indra, l\u2019a export\u00e9 \u00e0 Hong Kong.<\/p>\n<p>C\u2019est donc \u00e0 un v\u00e9ritable bouclier europ\u00e9en de surveillance pour la M\u00e9diterran\u00e9e que le Maroc se trouve associ\u00e9 par sa fronti\u00e8re de Ceuta et Melilla (et les nombreuses \u00eeles partag\u00e9es dans le d\u00e9troit), effectuant ainsi la fonction de gendarme ext\u00e9rieur. D\u00e8s 1999, ce pays faisait il est vrai d\u00e9j\u00e0 partie de la liste de ceux d\u00e9sign\u00e9s comme prioritaires par l\u2019Union Europ\u00e9enne afin d\u2019\u00e9laborer des plans d\u2019action visant \u00e0 stopper les migrants (aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Albanie, de la Somalie ou de l\u2019Afghanistan). Il a ainsi adopt\u00e9 en novembre 2003 une loi \u00abrelative \u00e0 l\u2019entr\u00e9e et au s\u00e9jour des \u00e9trangers au Maroc et \u00e0 l\u2019immigration et l\u2019\u00e9migration irr\u00e9guli\u00e8res\u00bb cr\u00e9ant notamment le d\u00e9lit d\u2019\u00e9migration ill\u00e9gale (articles 50 \u00e0 52, pr\u00e9voyant jusqu\u2019\u00e0 20 ans de r\u00e9clusion). C\u2019est en \u00e9change de ce genre de lois et des camps qui s\u2019en suivent que l\u2019Union Europ\u00e9enne monnaye son \u00abaide au d\u00e9veloppement\u00bb et sa \u00abcoop\u00e9ration\u00bb, un march\u00e9 que dispute la Libye au Maroc pour l\u2019Afrique du Nord. Le programme de La Haye (novembre 2004) a ent\u00e9rin\u00e9 officiellement pour cinq ans ce lien \u00e9troit entre politiques (anti)migratoires et subventions en tout genre.<br \/>\nOn notera aussi en passant que si l\u2019absence de papiers en r\u00e8gle, pendant longtemps un simple d\u00e9lit administratif, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 devenu un d\u00e9lit p\u00e9nal en soi pour les immigr\u00e9s en Europe, les Etats comme le Maroc, sur le mod\u00e8le de l\u2019ancien bloc de l\u2019Est, sont \u00e0 pr\u00e9sent en train de cr\u00e9er en Afrique le d\u00e9lit p\u00e9nal d\u2019\u00e9migration. Ils posent encore une fois clairement que les individus leur appartiennent (et pas le contraire), et qu\u2019ils ne peuvent quitter leur territoire qu\u2019en fonction de leur bon vouloir. Sur l\u2019exemple marocain, la Mauritanie a ainsi sign\u00e9 un accord avec l\u2019Espagne visant \u00e0 construire en 2006 un camp militaire \u00e0 Nouadhibou pour y enfermer les candidats \u00e0 l\u2019exil de son propre pays. Le S\u00e9n\u00e9gal a conclu un accord identique\u2026<\/p>\n<p>En 2004, les sources officielles parlaient de 55\u00a0000 escalades individuelles ou \u00e0 petits groupes des seuls grillages de Melilla. Si ces chiffres marocains sont certainement gonfl\u00e9s en vue de montrer l\u2019efficacit\u00e9 de la police locale et surtout de faire pression sur les subventions europ\u00e9ennes en agitant sans cesse de nouveaux besoins de financement, ils t\u00e9moignent cependant d\u2019un mouvement r\u00e9el qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 loin d\u2019\u00eatre n\u00e9gligeable. Cette ann\u00e9e 2004 a en effet vu une acc\u00e9l\u00e9ration du rapprochement hispano-marocain, pays en froid depuis le conflit autour de l\u2019\u00eelot de Leila-Perejil en juillet 2002 : accords sur le rapatriement des exil\u00e9s subsahariens en f\u00e9vrier, premi\u00e8re visite officielle \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de Zapatero en avril, aide suppl\u00e9mentaire annonc\u00e9e de 950\u00a0000 euros (s\u2019ajoutant aux 70 millions promis) en octobre, extension du SIVE aux c\u00f4tes marocaines pr\u00e8s de sa fronti\u00e8re avec l\u2019Alg\u00e9rie en janvier 2005, adh\u00e9sion du Maroc \u00e0 l\u2019OIM (Organisation Internationale des Migrations, qui g\u00e8re l\u2019aide au retour) en f\u00e9vrier, signature de l\u2019accord de p\u00eache gel\u00e9 depuis 2001 avec l\u2019Union Europ\u00e9enne en juillet.<br \/>\nUne des contreparties sera bien s\u00fbr la politique marocaine contre les immigr\u00e9s, et en particulier autour de Ceuta et Melilla.<\/p>\n<p><strong>Ratissages et pression polici\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>Ces villes offrent en effet un aspect singulier pour les exil\u00e9s, qui est d\u2019\u00eatre bord\u00e9es de montagnes et de for\u00eats. Des campements informels vont donc s\u2019organiser sur le mont Gourougou, dans la for\u00eat de la ville Nador qui surplombe Melilla, comme dans celle de Ben Younech, au nord de Ceuta.<br \/>\nDu 12 au 14 janvier 2005, trois jours avant la visite du roi Juan Carlos, pr\u00e8s de 1200 membres des forces de s\u00e9curit\u00e9 marocaines, aid\u00e9s de 25 v\u00e9hicules militaires et de 3 h\u00e9licopt\u00e8res d\u00e9mant\u00e8lent les campements informels de Gourougou, et arr\u00eatent des dizaines de migrants. En f\u00e9vrier, c\u2019est la for\u00eat de Bel Younech qui est encercl\u00e9e et assi\u00e9g\u00e9e, la principale source d\u2019eau \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la for\u00eat bloqu\u00e9e. En mai se produisent de nombreux ratissages aux alentours pour capturer des r\u00e9fugi\u00e9s affam\u00e9s qui tentent les allers-retours de la for\u00eat vers des villages distants d\u2019une petite dizaine de kilom\u00e8tres (comme Fnidq) pour s\u2019approvisionner, quant ils ne poussent pas jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9charge municipale de Nador. Le 5 juillet, c\u2019est le campement lui-m\u00eame qui est investi et ratiss\u00e9.<br \/>\nChass\u00e9s vers les montagnes escarp\u00e9es, cach\u00e9s dans des grottes ou des trous am\u00e9nag\u00e9s, r\u00e9fugi\u00e9s dans les agglom\u00e9rations proches, une partie des migrants commence \u00e0 se r\u00e9organiser du c\u00f4t\u00e9 de Melilla et, le 29 ao\u00fbt \u00e0 partir du mont Gourougou, pr\u00e8s de 300 d\u2019entre eux tentent l\u2019assaut des grillages. Ils sont repouss\u00e9s \u00e0 coups de balles en caoutchouc. Un petit groupe, encercl\u00e9 par la guardia civil, fait l\u2019objet d\u2019un acharnement particulier dans le tabassage, provoquant des bless\u00e9s graves et un mort (un Camerounais d\u00e9c\u00e9d\u00e9 suite \u00e0 une h\u00e9morragie du foie). Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9chec collectif, d\u2019autres tentatives suivront pourtant du c\u00f4t\u00e9 de Melilla, par petits groupes cette fois comme auparavant, notamment les 8 et 15 septembre. Tandis que plusieurs journaux locaux lancent une campagne raciste (Le Matin puis Ashamal, parlant de \u00abces gens-l\u00e0\u00bb qui \u00abpolluent partout\u00bb ou de \u00abcriquets noirs\u00bb envahissant le pays), la police marocaine augmente la pression et proc\u00e8de \u00e0 de grandes rafles : le 7 septembre dans le nord du pays puis le 27 septembre dans les quartiers populaires de Rabat, Casablanca, Tanger et F\u00e8s (1\u00a0100 arrestations).<\/p>\n<p><strong>De l\u2019auto-organisation\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces vastes op\u00e9rations qui se sont de toute fa\u00e7on limit\u00e9es techniquement et temporellement, l\u2019approche de l\u2019hiver, la pression des descentes de police en ville comme dans les bois et une bonne dose de rage vont pousser non seulement \u00e0 regagner rapidement les for\u00eats perdues au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, mais aussi \u00e0 y pr\u00e9parer des vagues d\u2019assaut qui seront cette fois massives et d\u00e9termin\u00e9es.<\/p>\n<p>Selon les diff\u00e9rents t\u00e9moignages, l\u2019auto-organisation se fait aussi bien par nationalit\u00e9s que par langues ou par r\u00e9seaux de 10-15 personnes construits au fil d\u2019un p\u00e9riple qui dure parfois depuis plusieurs ann\u00e9es. De nombreux groupes se dotent de porte-parole ou chairman (pour les anglophones), qui regroupent les plus anciens selon l\u2019ordre d\u2019arriv\u00e9e \u2013 certains ayant v\u00e9cu plus d\u2019un an dans la for\u00eat. La coordination entre groupes ou communaut\u00e9s concerne les divers aspects mat\u00e9riels des campements : toilettes collectives improvis\u00e9es et d\u00e9chets (pour \u00e9viter la multiplication des maladies et \u00e9pid\u00e9mies), autoconstruction d\u2019habitats pr\u00e9caires collectifs nomm\u00e9s \u00abghettos\u00bb, \u00e9quipes de secouristes pour soigner les bless\u00e9s qui rentrent tous les soirs des tentatives discr\u00e8tes de passage (jambes cass\u00e9es, coupures profondes des barbel\u00e9s) ou les malades, aid\u00e9s en cela par des contacts irr\u00e9guliers avec quelque ONG pour se procurer de rares m\u00e9dicaments. Enfin, concernant les conflits, plusieurs t\u00e9moignages indiquent soit la pr\u00e9sence de \u00absages\u00bb, soit celle de \u00abcasques bleus\u00bb internes, cr\u00e9\u00e9s \u00e0 partir de juin suite aux tensions internes grandissantes g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la pression polici\u00e8re.<br \/>\nOn l\u2019a dit, les premi\u00e8res attaques massives commencent en ao\u00fbt \u00e0 Melilla \u00e0 partir du mont Gourougou. C\u2019est un \u00e9chec, mais elles provoquent de nombreux allers-retours de Bel Younech (Ceuta) \u00e0 Gourougou (Melilla), et enclenchent \u00e0 la fois un processus de r\u00e9flexion collective (r\u00e9unions informelles et assembl\u00e9es) qui d\u00e9boucheront malgr\u00e9 tout sur la poursuite de ce mode op\u00e9ratoire, mais aussi vers une vaste coordination technique : fabrication de nombreuses \u00e9chelles artisanales de bois et de caoutchouc allant jusqu\u2019\u00e0 10\u00a0m\u00e8tres de hauteur, approvisionnements en gants ou substituts pour des centaines de personnes, choix d\u2019un emplacement sur une bande de grillage qui fera jusqu\u2019\u00e0 50\u00a0m\u00e8tres de large en fonction de sa hauteur et de sa surveillance, organisation de groupes d\u2019assauts et appel aux migrants des autres zones \u00e9loign\u00e9es de la for\u00eat. Des r\u00e9cits parlent aussi d\u2019autres th\u00e8mes de d\u00e9bat abord\u00e9s pendant les deux jours \u00e0 Bel Younech comme la participation des femmes, qui aura finalement lieu, ou l\u2019opposition entre certains chairman, certainement plus d\u00e9sireux de conserver leur petit pouvoir que de voir la for\u00eat se vider en une sorte de tout pour le tout. Ces recompositions internes vont donc aussi voir l\u2019apparition d\u2019individus plus d\u00e9cid\u00e9s, pour lesquels la libert\u00e9 hors du pi\u00e8ge marocain et le r\u00eave de l\u2019eldorado europ\u00e9en seront plus forts que les fragiles m\u00e9diations \u00e9tablies pour g\u00e9rer la survie quotidienne. Ce sont eux qui m\u00e8neront les groupes d\u2019assaillants et seront les premiers \u00e0 entendre siffler les balles de la guardia civil.<\/p>\n<p><strong>\u2026 aux attaques massives<\/strong><\/p>\n<p>Un mois apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la tentative de passage de 300 personnes \u00e0 Melilla le 28 ao\u00fbt 2005, ce sont pr\u00e8s de 800 migrants qui cette fois se lancent dans un assaut en deux temps la nuit du 27 au 28 septembre. Pr\u00e8s de 300 personnes parviennent \u00e0 passer. Cette attaque victorieuse va donner des ailes \u00e0 ceux de Ceuta, et forcer la d\u00e9cision collective.<br \/>\nLa veille de l\u2019ouverture du Sommet hispano-marocain \u00e0 S\u00e9ville, comme un pied de nez aux puissants qui eux sont bien capables de d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats, en cette nuit du 28 au 29 septembre aux alentours de 23h, ce sont donc pr\u00e8s de 500 migrants de la for\u00eat de Bel Younech qui pr\u00e9parent leurs affaires. A 1h, ils partent en file indienne en direction de Ceuta. Arriv\u00e9s devant les grillages vers 3h, l\u00e0 o\u00f9 justement il n\u2019est encore haut que de trois m\u00e8tres, le premier des cinq groupes lance les \u00e9chelles et tout le monde suit. Les militaires marocains, alert\u00e9s par les chiens, tirent \u00e0 vue avec leurs fusils. Ils feront imm\u00e9diatement deux morts et de nombreux bless\u00e9s. Sous la lumi\u00e8re aveuglante des spots qui \u00e9clairent l\u2019enclos, le deuxi\u00e8me groupe s\u2019\u00e9lance \u00e0 son tour et attaque les grilles, puis les rouleaux de barbel\u00e9s, mais ils sont d\u00e9j\u00e0 attendus par les gardes qui les cueillent en bas et commencent \u00e0 les matraquer. Les r\u00e9fugi\u00e9s des deux groupes courent dans l\u2019\u00e9troit boyau entre les deux cl\u00f4tures, cherchant un passage vers Ceuta sans avoir \u00e0 faire une nouvelle escalade et \u00eatre tir\u00e9s comme des lapins par les espagnols. La guardia civil obstrue rapidement les portes du second grillage avec ses v\u00e9hicules. Ils tirent des gaz lacrymog\u00e8nes mais aussi des balles en caoutchouc sur ceux qui y grimpent, tuant trois autres personnes sans toutefois emp\u00eacher la masse de passer. D\u2019autres militaires espagnols sortent carr\u00e9ment du c\u00f4t\u00e9 marocain et tirent dans le tas pour dissuader les h\u00e9sitants des trois derniers groupes. Pr\u00e8s de 225 personnes sont entr\u00e9es dans Ceuta. Elles seront encercl\u00e9es et s\u2019asseyeront dans un coin contre la promesse de les conduire en ville (o\u00f9 elles pourront d\u00e9poser une demande d\u2019asile). Les forces anti-\u00e9meutes arrivent vers 4h du matin et tous les exil\u00e9s sont durement tabass\u00e9s puis directement remis aux autorit\u00e9s marocaines.<br \/>\nFace \u00e0 ces attaques qui font du bruit et aux cinq morts qui g\u00e2chent un sommet qui avait pour but d\u2019afficher la r\u00e9ussite des efforts conjoints des deux pays, des renforts sont aussit\u00f4t d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re. Ils se montent \u00e0 1600 hommes c\u00f4t\u00e9 marocain et 480 militaires espagnols, en plus des moyens techniques suppl\u00e9mentaires (comme 130 appareils de d\u00e9tection \u00e0 infra-rouge). Tandis que les autorit\u00e9s marocaines multiplient les rafles, le secr\u00e9taire d\u2019Etat espagnol \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9, Antonio Camacho d\u00e9clare que \u00absi ces avalanches se poursuivent, cela sera tr\u00e8s difficile d\u2019y faire front et je n\u2019\u00e9carte pas d\u2019autres situations non voulues\u00bb, soit l\u2019assassinat \u00e0 bout portant de ceux qui viennent vendre leur force de travail \u00e0 vil prix. Chacun sait pourtant qu\u2019une fois enclench\u00e9e, aucune coercition n\u2019est \u00e0 m\u00eame de briser aussi facilement une telle d\u00e9termination collective, forg\u00e9e au cours de mois de souffrances, de r\u00e9sistances et d\u2019espoirs d\u00e9\u00e7us. Et qu\u2019il faudra y mettre le prix\u2026<\/p>\n<p><strong>Une semaine pleine d\u2019espoirs<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout cet arsenal, moins d\u2019une semaine apr\u00e8s, 650 nouveaux migrants repartent \u00e0 l\u2019attaque de Melilla le 3 octobre, vers 5h du matin. Cette fois, c\u2019est un grillage de six m\u00e8tres de haut plus ses barbel\u00e9s qui est escalad\u00e9 avec les \u00e9chelles artisanales. Pr\u00e8s de 300 parviendront une nouvelle fois \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans Melilla, mais le nombre de bless\u00e9s (taillad\u00e9s, matraqu\u00e9s, touch\u00e9s par les projectiles ou les coups de crosse) est important : 135, dont 5 dans un \u00e9tat grave. Sept policiers et militaires ont aussi \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s dans l\u2019affrontement (l\u2019un souffre d\u2019un traumatisme cr\u00e2nien), souvent \u00e0 coups de pierres, tandis qu\u2019une portion de la cl\u00f4ture m\u00e9tallique a \u00e9t\u00e9 abattue. En repr\u00e9sailles, l\u2019Etat marocain promet de creuser un foss\u00e9 de 3\u00a0m\u00e8tres de profondeur aux abords de Ceuta, qui n\u2019aura donc connu qu\u2019une nuit de folie collective, et y poursuit sans tr\u00eave sa chasse \u00e0 l\u2019homme : la for\u00eat de Bel Younech est investie, les campements br\u00fbl\u00e9s, les militaires sont post\u00e9s tous les 100\u00a0m\u00e8tres, les patrouilles de jeep incessantes. 130 migrants y seront arr\u00eat\u00e9s. Quant aux abords de Melilla, c\u2019est une autre paire de manche, puisque la montagne Gourougou couvre les r\u00e9fugi\u00e9s\u2026<br \/>\nLe 5 octobre, pour la cinqui\u00e8me fois en huit jours, une vague de 500 personnes divis\u00e9e en deux groupes monte \u00e0 l\u2019attaque du dispositif militaris\u00e9 de Melilla, profitant d\u2019un des derniers endroits de grillage situ\u00e9 \u00e0 \u00abseulement\u00bb trois m\u00e8tres de hauteur. La bataille est rude, mais pr\u00e8s de 65 migrants r\u00e9ussissent \u00e0 franchir le double obstacle, tous dans un \u00e9tat pitoyable. Dans la m\u00eal\u00e9e, une jeep est retourn\u00e9e et un garde civil espagnol bless\u00e9 dans l\u2019op\u00e9ration. Deux nouvelles unit\u00e9s anti-\u00e9meutes de la Guardia civil sont aussit\u00f4t envoy\u00e9es en renfort, tandis que Zapatero annonce la construction d\u2019un troisi\u00e8me grillage, \u00abultrasophistiqu\u00e9\u00bb, \u00abinfranchissable\u00bb et\u2026 \u00abinoffensif\u00bb. Demandant l\u2019aide de l\u2019Union Europ\u00e9enne, il obtient une promesse de 40 millions d\u2019euros pour le Maroc contre la r\u00e9admission par ce dernier de tous les ill\u00e9gaux pass\u00e9s par son territoire pour entrer en Espagne (en fait la m\u00eame chose que les pays de l\u2019espace Schengen appliquent d\u00e9j\u00e0 entre eux), selon un accord de 1992 rarement appliqu\u00e9.<br \/>\nLe 6 octobre, une derni\u00e8re vague massive tentera le passage en force de la fronti\u00e8re de Melilla \u00e0 partir du point de Rostrogordo, vers 3h du matin. La presse parlera initialement de 1\u00a0500 personnes, chiffre improbable vu le contr\u00f4le intense de la zone de partance, les rafles \u00e0 grande \u00e9chelle (85 arr\u00eat\u00e9s la veille et 134 le jour pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 Nador, pr\u00e8s de Melilla) et toutes les arrestations lors des tentatives pass\u00e9es. Ils \u00e9taient probablement autour de 500, comme la fois pr\u00e9c\u00e9dente, qui d\u00e9j\u00e0 avait vu fondre, et \u00e0 quel prix, le nombre de migrants r\u00e9ussissant \u00e0 passer malgr\u00e9 leur acharnement. Cette fois, personne ne passera et six exil\u00e9s de plus seront assassin\u00e9s par les forces de l\u2019ordre (soit 17 \u00e0 cette fronti\u00e8re depuis le d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9). Tout l\u2019effectif marocain (gendarmerie et \u00abforces auxiliaires\u00bb du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur comprises) et espagnol attendait de pied ferme au bord les cl\u00f4tures. Ce fut un massacre. Peu d\u2019informations ont \u00e9videmment filtr\u00e9 sur cette derni\u00e8re nuit tragique, et seul le nombre d\u2019assassin\u00e9s a fait quelques lignes. Juan Jos\u00e9 Imbronda, le gouverneur de Melilla, se contentera de d\u00e9clarer sur une radio priv\u00e9e : \u00abLes forces marocaines ont collabor\u00e9, c\u2019est ce que nous attendions\u00bb\u2026<\/p>\n<p><strong>D\u00e9portations de masse<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Espagne a rapidement organis\u00e9 la d\u00e9portation vers le Maroc de toutes celles et ceux qui avaient franchi cette fronti\u00e8re terrestre si symbolique (la plupart des sans-papiers arrive en effet en Europe par les ports et les a\u00e9roports), via Malaga ou Algesiras, \u00e0 l\u2019exception d\u2019un groupe de 140 personnes. Beaucoup ont ensuite \u00e9t\u00e9 convoy\u00e9s vers Oujda, \u00e0 la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne, par l\u2019Office des Migrations Internationales et la F\u00e9d\u00e9ration internationale du Croissant Rouge, d\u2019o\u00f9 ont d\u00e9coll\u00e9 plusieurs charters : six avions de 140 expuls\u00e9s vers le S\u00e9n\u00e9gal du 10 au 12 octobre sur Royal Air Maroc, un boeing 747 affr\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialement pour 400 expuls\u00e9s le 11 octobre vers le Mali, suivi d\u2019un autre avion de 200 le lendemain. 2400 autres Africains (Congolais, Ivoiriens, Guin\u00e9ens, Gambiens,\u2026) ont \u00e9t\u00e9 d\u00e8s d\u00e9but octobre d\u00e9port\u00e9s par cars vers le Sahara Occidental, dans le d\u00e9sert frontalier avec la Mauritanie ou l\u2019Alg\u00e9rie.<br \/>\nLe 9 octobre, un mini-scandale \u00e9clatera ainsi lorsque 500 d\u2019entre eux, convoy\u00e9s par treize autobus, seront retrouv\u00e9s dans la zone de Bouarfa, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s plusieurs jours avant \u00e0 la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne dans le d\u00e9sert, sans eau ni vivres. Ils seront ensuite d\u00e9tenus sur la base de Taouima et de Berden (pr\u00e8s de Guelmim). L\u00e0, malgr\u00e9 ou peut-\u00eatre \u00e0 cause des conditions inhumaines inflig\u00e9es par les militaires, ils lutteront encore par une gr\u00e8ve de la faim, demandant leur lib\u00e9ration. Ce ne sera le cas qu\u2019apr\u00e8s un mois et demi de d\u00e9tention, tous expuls\u00e9s vers le pays d\u2019origine (S\u00e9n\u00e9gal, Mali, Cameroun, Guin\u00e9e, Gambie) ou vers les camps alg\u00e9riens. Et de la m\u00eame fa\u00e7on, d\u00e9but d\u00e9cembre, l\u2019Alg\u00e9rie proc\u00e9dera \u00e0 des rafles massives et videra ces camps de r\u00e9fugi\u00e9s, comme celui de Maghnia (ville frontali\u00e8re en face d\u2019Oujda), en en d\u00e9portant \u00e0 son tour certains dans le d\u00e9sert, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re malienne.<\/p>\n<p><strong>Tout continue\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Inutile de dire que faire reculer la fronti\u00e8re n\u2019a rien chang\u00e9, sinon le nombre de morts, vu l\u2019accroissement des difficult\u00e9s : les pateras partent d\u00e9sormais plus nombreuses de Mauritanie et du S\u00e9n\u00e9gal vers les Iles Canaries que du Maroc, et dans ce dernier cas plus d\u2019El Ayoune que de Ceuta. Quant aux migrants parvenus au Maroc et en attente d\u2019un passage, ils ont de la m\u00eame fa\u00e7on recul\u00e9 de la for\u00eat du mont Gourougou, pr\u00e8s de Melilla, vers celle de Mariwari, pr\u00e8s de Nador. Ce qui n\u2019a pas boug\u00e9, ce sont en effet les lumi\u00e8res de la ville espagnole, qui continuent d\u2019attirer les exil\u00e9s malgr\u00e9 le renforcement du dispositif (le Maroc annonce 960 arrestations dans la zone pour les 5 premiers mois de 2008).<br \/>\nCe dernier comprend en effet d\u00e9sormais un premier syst\u00e8me de piquets mobiles pour emp\u00eacher les \u00e9chelles de se poser, suivi d\u2019un enchev\u00eatrement de c\u00e2bles et de filins de 6 et 12\u00a0mm qui se tendent avec le poids de la personne pour l\u2019immobiliser. Le premier grillage dispose pour sa part d\u2019un syst\u00e8me d\u2019alarme et surtout de diffuseurs de gaz lacrymog\u00e8ne au piment sous pression. L\u2019alarme d\u00e9clenche aussi de tr\u00e8s puissants spots dispos\u00e9s tous les 125\u00a0m\u00e8tres, le tout \u00e9tant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de radars et de d\u00e9tecteurs de mouvement. Les tours de contr\u00f4le sont au nombre de 17 pour une dizaine de kilom\u00e8tres \u00e0 peine. Ce joujou technologique d\u00e9nomm\u00e9 MIR (Muraille intelligente radicale), install\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019\u00e9t\u00e9 2006, a co\u00fbt\u00e9 la bagatelle de 20 millions d\u2019euros, et laisse la sale besogne aux marocains, qui ont install\u00e9 un poste militaire tous les 100\u00a0m\u00e8tres d\u2019o\u00f9 ils patrouillent mitraillettes en main et chiens \u00e0 l\u2019appui, financ\u00e9s par les fonds europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Nous aurions pu en rester l\u00e0, avec la domination qui reprend le dessus dans cet \u00e9pisode de la guerre sociale, si une information r\u00e9cente n\u2019\u00e9tait pas venue nous rappeler que l\u2019histoire n\u2019est pas un continuum temporel qui se d\u00e9roule avec son pass\u00e9 r\u00e9volu et son \u00e9ternel pr\u00e9sent, mais qu\u2019elle avance par bonds. Ces luttes d\u2019exil\u00e9s \u00e0 base d\u2019auto-organisation, de solidarit\u00e9 et de courage auraient ainsi pu rester cloisonn\u00e9es en ce d\u00e9but d\u2019automne 2005. Et pourtant\u2026<br \/>\nLes 21 et 22 juin 2008, deux nouvelles vagues de migrants d\u2019Afrique subsaharienne ont \u00e0 nouveau victorieusement forc\u00e9 l\u2019entr\u00e9e de Melilla, r\u00e9ussissant \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019enclave espagnole. Renouvelant l\u2019attaque de juillet 2006\u00a0o\u00f9 c\u2019est directement le poste fronti\u00e8re de Beni-Asnar (pr\u00e8s de Nador) qui avait \u00e9t\u00e9 vis\u00e9, co\u00fbtant la vie \u00e0 un assaillant, pr\u00e8s de 70 d\u2019entre eux ont affront\u00e9 directement les gardes le 21 juin vers 4h30, munis de pierres et de b\u00e2tons. S\u2019\u00e9lan\u00e7ant en groupe compact, ils ont enfonc\u00e9 les gardes marocains puis espagnols (en en blessant trois) et une cinquantaine est pass\u00e9e, d\u00e9clenchant alors une vaste chasse \u00e0 l\u2019homme. Certains ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s dans des arbres ou sous des voitures, tous ont \u00e9t\u00e9 conduits en centre de r\u00e9tention, prochaine \u00e9tape vers une possible relaxe dans les rues du continent. Bien inspir\u00e9s, d\u2019autres, moins nombreux, ont r\u00e9it\u00e9r\u00e9 l\u2019op\u00e9ration le lendemain soir, 22 juin, profitant cette fois de la s\u00e9ance de tirs au but du quart de finale de l\u2019Euro 2008 entre l\u2019Espagne et l\u2019Italie, \u00e0 une heure plus avanc\u00e9e, vers 21h15, mais avec moins de r\u00e9ussite.<\/p>\n<p>Ce nouvel \u00e9pisode de fra\u00eeche date nous rappelle donc \u00e0 point nomm\u00e9 que tant qu\u2019existeront les \u00c9tats et leurs fronti\u00e8res, il n\u2019y aura pas de mur assez solide, fut-il technologis\u00e9 \u00e0 outrance, qui pourra contenir la rage et l\u2019espoir des domin\u00e9s en qu\u00eate d\u2019une vie meilleure. Il y aura toujours des for\u00eats et des montagnes d\u2019o\u00f9 partiront les assauts contre ce monde de mort. Des confins des d\u00e9serts au c\u0153ur des m\u00e9tropoles.<\/p>\n<p><strong><em>Un sans-patrie<br \/>\n<\/em><\/strong><br \/>\n[Publi\u00e9 dans <em>A corps perdu<\/em>, revue anarchiste internationale, n\u00b01, d\u00e9cembre 2008, p. 43-48]<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 sur Sans nom le 31\/07\/2026 [Jeudi 30 et vendredi 31 juillet 2026, pr\u00e8s de 50 000 migrants ont pris d\u2019assaut avec succ\u00e8s la fronti\u00e8re qui s\u00e9pare le Maroc de l\u2019enclave espagnole de Ceuta, causant la mort d\u2019au moins 72 d\u2019entre eux, avant que la plupart ne reparte dans l\u2019autre sens. 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