Initialement publié dans le bulletin d’information de l’assemblée anticarcérale paname & environs (juin 2026)
Je me suis permis de traduire la déclaration de Pepijn devant le tribunal. Vous pouvez lire l’original en néerlandais ici : https://indymedia.nl/node/56804On
Le 19 septembre 2025, Pepijn, âgé de 55 ans, a tenté de mettre le feu à l’ambassade d’Israël à la Haye, aux Pays-Bas. Malheureusement, il a été arrêté avant d’avoir pu mener son projet à bien et a été condamné le 8 juin 2026 à 26 mois de prison (dont 10 de sursis, sous condition de travailler la journée).
Vous pouvez soutenir Pepijn en lui écrivant une lettre à l’adresse ci-dessous :
Pepijn Koops (13052956, 29/12/1970)
p/a P.I. Alphen aan den Rijn, afdeling West 2B (cel 26)
Eikenlaan 36
2404 BR Alphen aan den Rijn
Suit la déclaration de Pepijn devant le tribunal à l’occasion de son procès, qu’il n’a pas été autorisé à lire en intégralité :
L’empereur est nu !!!
Mesdames et Messieurs,Le pire crime que l’humanité soit capable de commettre est le génocide. Il a fallu le plus grand génocide, celui qui a eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Holocauste, pour que le monde en prenne conscience. Il nous a enseigné : « Plus jamais », « Nie wieder », « Nooit meer » – c’est ainsi qu’a été conclu l’accord sur la prévention du génocide, qui s’est malheureusement révélé n’être pour l’essentiel qu’une rhétorique creuse. Les survivant.es d’Auschwitz qui sont rentré.es aux Pays-Bas après la Seconde Guerre mondiale ont été accueilli.es avec hostilité. À la même époque, les Pays-Bas commettaient eux-mêmes des crimes de guerre contre le peuple indonésien. Au cours des deux dernières années et demie, les Pays-Bas ont assisté, en direct à la télévision, au déroulement d’un nouveau génocide. Les victimes sont les Palestinien.nes, l’auteur est Israël (à ne pas confondre avec la communauté juive religieuse). Les Pays-Bas considèrent Israël comme une nation amie et entretiennent avec des liens étroits, notamment économiques. Le massacre qui se poursuit depuis déjà deux ans et demi a été précédé par plusieurs décennies durant lesquelles les Palestinien.nes ont été marginalisé.es, humilié.es, opprimé.es et spolié.es par l’État israélien. Au cours de cette longue période, la population palestinienne a résisté de toutes les manières possibles : par des négociations de paix, en faisant preuve d’une résilience extraordinaire, et oui, également par la force. La raison pour laquelle les organisations palestiniennes ont été qualifiées d’« organisations terroristes ». L’État israélien est responsable de plus de morts parmi les civils que le Hamas, le Hezbollah et les Houthis réunis, et pourtant personne ne qualifie l’État israélien d’organisation terroriste…
Après le génocide, le crime le plus grave devrait être : soutenir, aider et encourager quiconque commet un génocide. Ou simplement détourner le regard et abandonner les victimes à leurs bourreaux.
Qu’ont fait les Pays-Bas pendant qu’ils observaient ce qui se passait à Gaza et en Israël ?
Notre Premier ministre n’a cessé de répéter qu’Israël « a tout à fait le droit de se défendre » ; les investissements en Israël et les échanges commerciaux avec ce pays n’ont pas été sanctionnés par un boycott.
Le président israélien Herzog, qui avait auparavant inscrit son nom et des messages de mort sur une bombe destinée à être larguée sur Gaza, a reçu un accueil chaleureux de la part du roi Willem-Alexander lors de l’inauguration du musée de l’Holocauste à Amsterdam – l’artisan du génocide devant un monument qui commémore le génocide !
Les hooligans du club de football israélien Maccabi, qui ont été vus en train de scander les slogans les plus répugnants à l’encontre des Palestinien.nes et qui ont attaqué des militant.es pour la paix, ont été protégés par la police contre la colère des habitant.es d’Amsterdam. Ces habitant.es d’Amsterdam ont ensuite été qualifié.es d’antisémites par leur propre maire.
Les manifestant.es et militant.es opposé.es au génocide à Gaza, comme celleux de la commémoration du 4 mai par exemple, sont présenté.es comme des « antisémites » et placé.es sous surveillance, tandis que ceux qui continuent de minimiser le génocide sont libres d’aller et venir à leur guise.
Les Pays-Bas, qui abritent la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, ne font aucun effort pour protéger les procureurs et les collaborateurs de cette cour, ceux qui ont eu le courage de délivrer des mandats d’arrêt contre des ministres israéliens (dont Netanyahu), face aux tentatives sans précédent de représailles de la part d’Israël et des États-Unis ;
Alors que les Pays-Bas critiquent le cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine, au grand dam du médiateur Donald Trump, cela ne s’applique certainement pas au cessez-le-feu imposé aux Palestinien.nes le 10 octobre dernier par ce même médiateur, qui n’est pas vraiment impartial ;
Ce n’est qu’après des débats stériles et interminables que le gouvernement néerlandais a décidé, à contrecœur, d’accueillir cinq enfants palestiniens aux Pays-Bas pour qu’ils y reçoivent des soins médicaux.
PAYS-BAS : HONTE À VOUS !!!
Si c’est cela que les Pays-Bas considèrent comme la justice, alors c’est une insulte aux 6 millions de victimes de l’Holocauste ; si cela passe pour de la justice, alors la loi néerlandaise ne vaut RIEN à mes yeux. Et c’est précisément pour cette raison que j’ai choisi de ne plus me laisser perturber par ces lois sans valeur. C’est pourquoi, en toute franchise, j’ai décidé de mener une attaque symbolique contre l’ambassade d’Israël. Résultat : j’ai été arrêté et je suis détenu en attente de mon procès depuis déjà 9 mois. À cause de cette détention préventive, j’ai notamment perdu mon logement et mon emploi ; on m’a également réduit au silence de manière délibérée et empêché d’exprimer mes opinions. On prétend que j’ai été radicalisé et on m’a soumis à des tests psychologiques pour tenter de comprendre mon « comportement inexplicable ». Presque tout le monde désapprouve ce que j’ai fait, ou du moins émet de sérieuses réserves à ce sujet.
Mais je vous le dis : j’ai de sérieuses réserves quant à ces très nombreuses personnes qui regardent, qui voient, mais qui choisissent de continuer leur chemin. C’est cela que je rejette. Je pense que ma réaction face au génocide qui se déroule à Gaza devrait susciter moins de questions sur mon bien-être psychologique que l’attitude d’indifférence et de déni pur et simple de la réalité affichée par beaucoup aux Pays-Bas et par ce gouvernement. Vous feriez mieux de leur faire passer des tests psychologiques. À quel point trouvez-vous vraiment radical que j’exige de mon gouvernement qu’il prenne clairement position contre le génocide et qu’il agisse en conséquence ? Et que, lorsque mes demandes restent sans réponse, j’amplifie mes propos en recourant à un niveau de violence tout à fait limité contre un bâtiment ? N’est-ce pas simplement le devoir de mes concitoyens et moi-même d’agir, maintenant que notre gouvernement se rend complice d’un génocide ? On m’accuse également de porter atteinte à l’ordre juridique. Faites-vous peut-être allusion à ce même ordre juridique qui a ignoré, non – qui a contribué à ce qu’un génocide ait lieu ? Dans ce cas, vous avez tout à fait raison : c’est précisément cet ordre juridique que j’avais l’intention de bousculer. Car ce n’est pas de l’« ordre », c’est du désordre.
Mesdames et Messieurs, je ne regrette pas mes actes. J’ai agi en accord avec ma conscience, je pourrai regarder dans les yeux mes petits-enfants, qui devront continuer à vivre dans ce monde. Vous pouvez me punir aussi sévèrement que vous le souhaitez pour ce que j’ai fait, mais sachez que si vous le faites, il n’y a pas de « justice » dont on puisse parler ici.
J’ai dit ce que j’avais à dire.
Pepijn, La Haye, le 8 juin 2026