repris dans la presse du 15/07/2026 et sur un site marxiste chelou
Sept civils, un paramilitaire et un policier ont été tués dans le Cachemire administré par le Pakistan lors d’affrontements entre membres d’une organisation locale demandant des réformes classée comme « terroriste » par Islamabad et les forces de l’ordre, a indiqué mercredi un responsable local.
La région du Cachemire est considérée comme hautement sensible tant par le Pakistan que par l’Inde, qui s’en disputent la souveraineté depuis leur indépendance du Royaume-Uni en 1947.
En juin, le gouvernement régional a classé comme « terroriste » et interdit le Joint Awami Action Committee (JAAC), une organisation locale réclamant des réformes économiques et de gouvernance dans cette région du nord-est du Pakistan.
Il a fermé les bureaux du JAAC et arrêté des centaines de ses membres.
Cette décision a provoqué des heurts qui avaient fait en juin 22 morts, 18 civils et quatre membres des forces de l’ordre, selon un décompte de l’AFP sur la base de chiffres officiels.
Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs parties du Cachemire administré par le Pakistan depuis juin.
Mouvement de masse dans l’Azad Cachemire : tout le pouvoir aux comités !
Depuis plusieurs semaines, les masses de l’Azad Cachemire – la région du Cachemire administrée par le Pakistan – luttent héroïquement pour défendre leurs conditions d’existence. Bien décidé à écraser ce mouvement, l’Etat pakistanais a déchaîné une répression extrêmement brutale qui a déjà fait plusieurs centaines de morts. Mais cela n’a fait que renforcer la détermination des masses, qui sont désormais prêtes à marcher sur Muzaffarabad, la capitale de l’Azad Cachemire. Toute la région est paralysée. La lutte se trouve à présent à un tournant décisif.
Un mouvement profond
Depuis 2022, le Pakistan traverse une profonde crise économique qui mine les conditions de vie des masses, déjà très pauvres. Les gigantesques inondations de 2022, qui ont touché 33 millions d’habitants, et l’inflation galopante ont nourri une profonde colère. Dans l’Azad Cachemire, une région frontalière de l’Inde et peuplée par 4 millions de personnes, ces problèmes se sont ajoutés aux questions concernant l’autonomie politique de la région, sans cesse remise en cause par l’Etat pakistanais.
En 2023 et 2024, des manifestations avaient déjà eu lieu dans la région suite à la hausse massive des prix de l’électricité et de la farine. Les Comités d’Action Awami (AAC) ont joué un rôle central dans l’organisation et la structuration de ce mouvement. Créés quelques années auparavant, sous l’impulsion de nos camarades pakistanais, ces comités se sont depuis largement étendus et renforcés. Structurés à l’échelle régionale, les AAC sont dirigés par un Comité commun d’Action Awami (JAAC). Dans le cours de la lutte, ces comités se sont transformés en organes de pouvoir parallèles à ceux de l’Etat bourgeois, jouant ainsi un rôle comparable à celui des soviets des révolutions russes de 1905 et 1917.
Le mouvement avait culminé avec un rassemblement de 500 000 personnes à Muzaffarabad le 13 mai 2024. Face à l’ampleur de cette mobilisation, l’Etat pakistanais avait été contraint d’accepter les demandes formulées par le JAAC dans une « Charte de revendications » de 38 points. Mais cette charte n’a jamais été mise en œuvre par les autorités.
Une nouvelle étincelle
Face à l’absence de réformes, le JAAC a appelé à poursuivre le mouvement jusqu’à obtenir satisfaction. Une nouvelle confrontation avec le gouvernement était devenue inévitable.
Le 5 juin dernier, l’Etat pakistanais a interdit le JAAC, le classant officiellement comme « organisation terroriste ». Le même jour, la police a tenté d’assassiner un des principaux dirigeants du mouvement, Sardar Umar Nazir, lors d’un contrôle de police près de la ville de Rawalakot. Un militant qui l’accompagnait, Shahzeb Habib, a été tué. Cela a provoqué une explosion de colère.
Le soir du 6 juin, alors que des milliers de personnes se rassemblaient pour les funérailles de Shahzeb Habib, des paramilitaires gouvernementaux ont ouvert le feu sur la foule et ont tué plusieurs dizaines de personnes. D’après certains témoignages, il y aurait au jusqu’à 100 morts. Les corps de ces victimes ont été « confisqués » par les autorités, qui s’en sont débarrassés dans un lieu tenu secret. Un couvre-feu a été instauré à Rawalakot.
Malgré la brutalité de la répression, une « longue marche » de protestation contre la répression a débuté le 9 juin. Depuis différentes villes d’Azad Cachemire, des caravanes se sont mises en route vers Rawalakot. Des affrontements ont éclaté un peu partout avec les forces de l’ordre, provoquant à nouveau des dizaines de morts.
Cela n’a pas empêché plusieurs dizaines de milliers de personnes d’atteindre leur destination. Un gigantesque rassemblement a débuté à Darek, en banlieue de Rawalakot, et s’est transformé en un sit-in qui dure encore aujourd’hui et s’étend à différents endroits de la ville, rassemblant environ 100 000 personnes. Fait remarquable, des milliers de femmes ont rejoint le mouvement. Leurs prises de paroles sont parmi les plus combatives dans le rassemblement.
La puissance des masses
Depuis le 9 juin, toute la région est paralysée. Les routes sont bloquées, les commerces et les bureaux fermés. Malgré les menaces des autorités, la grève générale dure depuis plus d’un mois. Le moral des masses est extrêmement élevé. Rien ne semble pouvoir les arrêter.
Un incident récent est révélateur de la détermination et de la combativité qui existent dans les masses. Durant la nuit du 3 juillet, les paramilitaires ont essayé d’attaquer le sit-in avec des dizaines de voitures blindées. Ils en ont été empêchés par les manifestants qui ont abattu des arbres sur leur route. Frustrés, les attaquants ont vidé leurs chargeurs dans les airs. Plutôt que de se barricader chez eux, les habitants du quartier se sont alors précipités vers la place du sit-in, en pleine nuit, prêts à le défendre coûte que coûte !
Désespéré, l’Etat pakistanais tente par tous les moyens de briser le mouvement. En plus de la violence physique, il a mis en place un blocus de la région et empêche tout produit de première nécessité d’y entrer. Jour et nuit, des politiciens bourgeois et des personnalités publiques se relaient dans les médias pour calomnier le mouvement. Ils prétendent notamment que le JAAC est une organisation terroriste financée par l’Inde.