repris depuis la presse du 15/07/2026
À Madrid, un groupe anonyme de « sabotage anti-touriste » a affirmé avoir repris une série de propriétés à louer à court terme, ciblant les systèmes d’accès automatique utilisés par les visiteurs.
L’action a concerné plus de 200 appartements touristiques dans différents quartiers de la capitale espagnole, de Lavapiés à Vallecas, en passant par Carabanchel, Latina et Tetuán. Les manifestants ont bloqué les soi-disant » cajetines », les boîtes installées à l’extérieur des bâtiments pour stocker les clés et permettre l’enregistrement sans rencontrer le propriétaire, laissant aussi des messages comme « Más vecinas, menos Airbnb » (« Plus de voisins, moins de Airbnb »).
Derrière le sabotage se cache une revendication précise : dénoncer un modèle urbain dans lequel des parties entières de la ville sont progressivement retirées de l’habitation pour être affectées à l’hébergement touristique. Pour les groupes opposés au tourisme, le problème n’est pas le visiteur individuel, mais l’effet cumulatif des locations à court terme sur le marché immobilier : moins de maisons disponibles pour ceux qui vivent et travaillent en ville, plus de pression sur les prix de la location.
Madrid est devenu l’un des principaux fronts de cette bataille. Selon les associations d’habitants, la croissance des logements touristiques a contribué à la transformation de certains quartiers centraux et populaires, où beaucoup d’habitants se plaignent de l’augmentation des frais et du remplacement progressif de la population locale par une économie axée sur les visiteurs.
Le conflit explose aujourd’hui dans de nombreuses grandes villes européennes : de Barcelone à Lisbonne, en passant par Venise, Florence et Madrid, la question est toujours la même : combien d’espace le tourisme peut-il occuper sans transformer les centres urbains en endroits où il est de plus en plus difficile de vivre ?
L’affaire de Madrid raconte une histoire de tension qui va au-delà du vandalisme. Le sabotage a ouvert un débat sur la légitimité des méthodes de protestation. Mais c’est aussi le symptôme d’une fracture plus profonde : celle entre une ville qui veut attirer des millions de visiteurs et une partie de ses habitants qui demandent à pouvoir rester.