Reçu par mail : compilation d’articles pris dans la presse le 15/06/2026, complété d’un texte publié sur renversé le 18/06/2026.
La manifestation contre le sommet du G7, qui a rassemblé dimanche à Genève des dizaines milliers de personnes en grande majorité pacifistes, a été dissoute dans la violence. Infiltrés dans le cortège, des black blocs s’en sont pris à de nombreux bâtiments et ont incendié une voiture.
Vers 19h00, après plusieurs heures de heurts qui sont montés progressivement, la manifestation a été dissoute sur ordre de la police. Des centaines de participants pacifistes se trouvaient toujours dans le parc Mon Repos où ils étaient arrivés, mais les forces de l’ordre étaient aux prises avec les casseurs. Des gaz lacrymogènes continuaient d’être tirés.
«Nous sommes sur plusieurs fronts», a affirmé à Keystone-ATS le porte-parole du Département des institutions et du numérique (DIN), Laurent Paoliello qui a parlé de 600 blacks blocks. Certains «montent des barricades» et ils sont éparpillés en plusieurs points, ajoutait-il. Pour le moment, aucun blessé n’était à déplorer. La situation s’était d’abord tendue un peu plus d’une heure après le départ du cortège, dans le secteur de la rue des Alpes puis de la gare. Une voiture de la marque d’Elon Musk a été incendiée et des vitrines d’une banque ont été cassées.
Un peu plus loin, des manifestants ont jeté des projectiles sur la police. Mais les échauffourées restaient marginales. La situation s’est réellement accélérée dans le quartier des Nations: les forces de l’ordre ont essuyé des jets de pavés et pétards, répliquant avec du gaz lacrymogène. Plusieurs banques ont été prises pour cibles, ainsi que d’autres bâtiments, comme celui de l’Union internationale des télécommunications (UIT) ou du cabinet PwC. Plus bas, sur l’avenue de France, du mobilier urbain a notamment été lancé sur les voies du train, tout comme des pétards. En amont, la police avait saisi en amont du matériel dangereux, comme des haches, ou des matraques notamment.
Partie à 15h15 du Quai Wilson sous un soleil de plomb, la manifestation était emmenée par le bloc féministe, à l’honneur en ce 14 juin. Divisé en plusieurs sections, notamment pro-palestinienne, révolutionnaire, kurde et syndicale, le cortège était alors constitué d’une foule bruyante et colorée, représentant toutes les générations. «Genève se soulève!», scandaient les manifestants, parmi les banderoles et slogans clamant une riposte anti-fasciste, anti-impérialiste et anti-capitaliste. Dans son catalogue de revendications, la coalition No G7 demande la dissolution de ce club de grandes puissances qui tient son sommet de lundi à mercredi à Evian. Alors que le bruit des pétards se faisait entendre, Françoise Nyffeler de la coalition No G7 était positive: «On a gagné, on a eu une magnifique manifestation», a-t-elle déclaré devant quelques centaines de militants. Le collectif a bataillé pendant des mois avec les autorités pour obtenir une autorisation de défiler sur un tracé qu’il n’avait pas choisi, mais dont il s’est accommodé.
Selon la police, ils étaient 20’000 dans les rues genevoises dimanche, 60’000, a annoncé Alice Lefrançois de la coalition No G7 au 19h30 de la RTS. Un bilan sécuritaire sera tiré dans la soirée. Un millier de policiers genevois et des renforts d’autres polices cantonales ainsi que françaises étaient déployés en marge de cette manifestation. Genève reste traumatisée par les déprédations de 2003 en marge du G8 d’Evian. De nombreux commerces du centre-ville, autant sur la rive gauche que sur la rive droite, ont installé des palissades de protection.
La police a mis en place une nasse en début de soirée. Les personnes concernées ont progressivement été libérées après des contrôles. « Au total, 549 personnes ont été contrôlées sur les lieux. Cette opération s’est poursuivie durant plusieurs heures [jusqu’à 6 heures du matin le lendemain…], en raison de la configuration du secteur, du nombre important de personnes demeurées sur place malgré les recommandations de quitter les lieux, ainsi que du contexte de violences persistantes », explique la colonelle Monica Bonfanti. Selon nos informations, 28 personnes ont été acheminées dans les locaux de police pour poursuivre les contrôles. Trois personnes ont été arrêtées et auditionnées, avant d’être remises en liberté. « Elles concernent deux personnes soupçonnées de tirs d’engins pyrotechniques et une personne soupçonnée d’avoir endommagé un véhicule de police », poursuit la cheffe de la police.
La police explique que les dégâts matériels « demeurent limités au regard du nombre important d’éléments perturbateurs identifiés ». De son côté, le Conseil d’État genevois « condamne fermement ces actes de vandalisme commis par des casseurs infiltrés dans le cortège. Ces actes sont cependant restés circonscrits aux abords du parcours de la manifestation ».
En pleine tempête
La manifestation du 14 juin 2026 à Genève a été un formidable moment d’expression sociale et un signal adressé à l’ensemble des dirigeants occidentaux. Au milieu du vacarme contemporain, un message limpide a su atteindre l’oreille des tyrans : Leur propre violence — celle des massacres à visée néocoloniale, des villes réduites en ruines et de l’humiliation érigée en mode de gouvernement des peuples — trouvera désormais devant elle une opposition renouvelée.
Cette journée a été dense et une multitude de témoignages affluent sur la solidarité impressionnante dont a fait preuve le cortège face à la partie adverse. Les forces de l’ordre ont plusieurs fois dû reculer sous les jets de projectiles et les ruées du cortège. On a vu la population des quartiers populaires de la Servette et de Sécheron applaudir aux fenêtres et soutenir les manifestantexs pris dans des nuages de gaz lacrymogènes. Quoi qu’en disent les autorités, c’est la manifestation qui a imposé le rythme de cette journée et la composition extrêmement diversifiée de celle-ci n’a pas été un obstacle à son unité pratique.
L’espace d’une journée, l’ordre établi a été suspendu et le conflit social s’est manifesté avec clarté, fermeté, et même une certaine ironie mordante. La propagande officielle parle d’infiltrés, nous y voyons des jeunes de la classe travailleuse déterminés à en finir avec ce monde. En fin de manif, la nasse de 549 personnes de 20h à 6h du matin sur le quai Wilson a bien montré la fébrilité qui s’était emparée du pouvoir. Bien plus qu’une démonstration de force, cette punition collective est révélatrice de son impuissance à juguler des dynamiques qui le dépassent et à résoudre leur crise de légitimité face aux crises contemporaines.
Sur le plan strictement local, en tant que militantexs qui traversons quotidiennement notre ville, Genève, nous pouvons affirmer que nous sommes sortis par le haut de l’expérience du contre-G8 de 2003. Certaines des ambiguïtés de l’époque, notamment sur le rapport entre l’expression du conflit et l’appartenance à un mouvement social plus large ont sans doute été mieux articulées en 2026 que précédemment.
Pourtant, les défis à venir sont nombreux, et l’horizon est loin d’être dégagé pour notre camp social dans un contexte marqué par la consolidation électorale d’une extrême droite réactionnaire dans toute l’Europe et en Amérique du sud, avec des échéances particulières l’an prochain. La logique de guerre tout comme la xénophobie rampante restent deux tendances lourdes de la période. Pour la première, il faut rappeller que “la guerre n’est […] point une relation d’homme à homme mais d’Etat à Etat, dans laquelle les particuliers ne sont ennemis qu’accidentellement” (Du Contrat social). Débrancher la machine de guerre passera donc par le désarmement des principales puissances militaires. De l’autre, on ne pourra pas se faire l’économie d’une réflexion sur les voies de changement social qui ne tombe ni dans les logiques strictement électorales, ni dans la pensée “révolutionnaire” incantatoire.
Pour le dire autrement, No-G7 a montré qu’une large participation reste possible, même dans un contexte marqué par des mois de tirs groupés de la classe dominante. C’est un motif d’optimisme pour la suite. Ce que nous retenons donc du 14 juin 2026, ce sont des promesses pour les années à venir. Les temps sont extrêmes, mais dans les lueurs des brasiers figurent l’espoir d’un monde nouveau.
Genève, 17 juin 2026




