Initialement publié sur squat.net le 20/06/2026, à partir de textes publiés par La Vampa, il Rovescio, Radio Onda d’Urto.
Le mardi 16 juin, à Rome et dans d’autres villes, de nouvelles descentes de police ont frappé le mouvement anarchiste, avec sept mandats d’arrêt contre autant de camarades, 5 détentions préventives en prison et 2 assignations à résidence avec bracelets électroniques, des perquisitions dans toute l’Italie (dont La Vampa à Naples), et l’expulsion du centre social Bencivenga Occupato à Rome. L’accusation principale est la désormais classique « association à des fins terroristes » (270-bis). De plus, deux camarades ont été arrêté-es pour le nouveau crime de « terrorisme par les mots » pour possession de quelques brochures trouvées lors des perquisitions.
Bien que les informations divulguées par les médias soient plus rares et incomplètes que d’habitude, il est clair que l’enquête se tourne autour d’un certain nombre d’acte de sabotage des lignes ferroviaires, en particulier celui mené le 14 février dernier sur la ligne Rome-Florence, contre les Jeux olympiques de Guerre de Cortina 2026.
Si la mystification et la diffamation des anarchistes par les médias ne sont certainement pas nouvelles, nous ne pouvons nous empêcher de nous attarder sur le niveau atteint cette fois par la propagande du régime (en particulier l’ineffable TG1), qui paraît particulièrement grotesque : « ils se sont rencontrés dans une ferme comme la Mafia », « ils ont planifié la stratégie de tension », « ils avaient l’intention de commettre des actes de violence ». « terrorisme anarchiste »… S’il est utile de rappeler à ces gens que pour les anarchistes, la Mafia est autant un ennemi qu’une autorité, et que dans ce pays la « stratégie de la tension » a été mise en œuvre par l’État, il n’est pas difficile d’identifier une intention très précise derrière ces paroles obsédantes : celle qui a conduit, en 2015, à transformer la Direction nationale anti-mafia (ADN) en Direction nationale anti-mafia et anti-terrorisme (DNAA). Avec pour conséquence, la monstruosité absolue s’applique désormais aux anarchistes, avec les traitements associés, réservés jusqu’alors aux mafieux réels ou présumés (et de plus encore infligés depuis des décennies aux communistes révolutionnaires). Avec la circonstance aggravante, pour les révolutionnaires, de ne pas pratiquer la violence pour des raisons de profit ou de pouvoir, mais comme une sorte de fin en soi, pour le goût pur de la destruction ou pour on ne sait quelle pulsion de mort obscure. Comme si les chemins de fer à grande vitesse ne faisaient pas partie des Plans de mobilité militaire mis en place par l’Union européenne (avec l’aide, en Italie, de Leonardo S.p.A., qui a signé en 2024 un accord ad hoc avec RFI, le réseau ferroviaire italien) pour préparer une guerre directe avec la Russie. Comme si des milliers de personnes n’avaient pas résisté aux Jeux olympiques d’hiver pour des raisons très claires : la présence militaire (pour l’occasion sans uniforme) de l’équipe israélienne, l’escorte des gangs meurtriers de l’ICE, la dévastation de l’environnement alpin au nom de l’habituel « grand événement »… C’est comme si ces raisons n’avaient pas été avancées, avec une prose sans équivoque, dans le communiqué de presse suivant le sabotage. Quant à l’accusation habituelle de « terrorisme », nous pensons que Gaza a suffisamment clarifié la question – et qu’il ne peut plus y avoir de doute sur qui propage la terreur.
En temps de guerre, disait un vieux poète, la première victime est la vérité.
Alors que Alfredo Cospito reste en régime carcéral de 41 bis comme une sorte de bouc émissaire pour les « défauts » de tout le mouvement anarchiste, l’État va jusqu’à criminaliser l’intention même d’agir pour le sauver de la torture. Alors que nous devons encore reprendre notre souffle après la mort de Sara et Sandro, l’État essaie de s’en servir contre nous.
Nous ne savons pas si les personnes arrêtées et recherchées ont commis les actes dont elles sont accusées. Nous ne pouvons répéter ce que nous avons écrit que tant de fois dans des cas similaires : s’ils sont « innocents », ils ont toute notre solidarité, s’ils sont « coupables », ils en ont encore plus.
Solidarité avec Nico, Bibi, Micol, Arnau, Stefano, Giulia, Luna, Pietro, Tony, à tous les suspects et à ceux fouillés.
Alfredo hors du 41 bis !
Sara et Sandro dans nos cœurs.
Des anarchistes de Trente et Rovereto
Face à toutes ces omissions et égarement médiatiques, nous rapportons ci-dessous le communiqué de presse revendiquant la responsabilité du sabotage de la ligne à grande vitesse Rome-Florence du 14 février dernier :
Feu aux Jeux Olympiques ! Aujourd’hui, nous ne voyageons pas !
Dans la nuit du 13 février, à divers points et jonctions ferroviaires, nous avons incendié et endommagé les câbles le long des voies, provoquant l’obstruction de plusieurs lignes à grande vitesse.
Ces actions sont notre contribution à l’accueil chaleureux et aux meilleurs vœux de cette édition des Jeux olympiques d’hiver.
Nous avons participé à d’immenses blocus de routes et de ports pendant les mois de mobilisation pour la Palestine, envahi des stations et attaqué la police quand c’était possible. Mais aujourd’hui, nous avons choisi d’agir protégés par la lumière de la lune, dans un petit groupe rassemblé par l’affinité et le désir d’être cohérents avec les slogans scandés ces derniers mois : bloqueons tout ! Parce que nous pensons qu’en plus de participer aux grandes mobilisations et aux conflits qu’elles peuvent générer, il est nécessaire de diffuser une action autonome, afin de ne pas les laisser être désamorcées, récupérées et dirigées par les professionnels de la politique « militante ».
Le pouvoir, c’est se préparer à la guerre et nous, anarchistes, révolutionnaires, individus conscients, aimerions faire de même. L’infrastructure ferroviaire est un nœud principal dans la mobilité des forces et du matériel de guerre, et l’accord entre RFI et Leonardo, visant à mettre en œuvre la logistique militaire dans la péninsule, en est l’exemple le plus clair. Attaquer RFI est donc un acte concret d’anti-militarisme et un geste de solidarité avec tous ceux qui subissent aujourd’hui les atrocités de la guerre et du colonialisme.
Les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina ne font pas exception : des rivières d’argent qui alimentent une spéculation foncière prête à armer des rivières de béton pour construire des installations jetables et changer l’« usage » social de quartiers populaires. Une grande partie derrière l’image brillante et prestigieuse du grand événement sportif se cache des hectares de forêts de mélèzes rasées pour faire place à des pistes de ski et des montagnes irréversiblement défigurées par les remontées mécaniques.
Cette action exprime également notre colère face à la présence lors des Jeux d’agents de l’ICE, les escouades anti-immigrés désormais tristement célèbres pour les meurtres, les rafles, les abus et la violence perpétrés contre des indésirables et des opposants internes aux États-Unis, ce qui nous rappelle que chaque police et groupe fasciste est là pour être utilisé contre sa propre population lorsque la « raison d’État » l’exige.
Il ne faut que quelques ingrédients pour agir contre le monde de l’exploitation, de l’oppression et de la dévastation : un peu d’étude, de précaution et de détermination à parts égales, quelques complices, quelques litres de carburant… Et tout est possible ! Bonne chance !
Solidarité avec les prisonniers anarchistes à travers le monde Solidarité avec Juan, Stecco, Anna, Alfredo, Tonio, Ghespe, Dayvid avec les camarades réprimés dans l’opération Ipogeo, avec les prisonniers palestinien.
Vive l’anarchie!
Voici les adresses connues des camarades en détention. Ces adresses sont provisoires et pourraient changer dans les prochains jours:
Nico Aurigemma
Arnau Vallet Casadevall
Stefano Marri
Andrea Toniolo
Regina Coeli, via della Lungara 29, 00165, Roma
Micol Marino
C.C. Rebibbia femminile, via Bartolo Longo, 92 00156 Roma
Francesco Benedetti
C.C.Lorusso e Cotugno, via Maria Adelaide Aglietta 35, 10151, Torino
Pietro Rosetti
C.C.di Forlì, via della Rocca 4, 47121, Forlì
