Publié le 02/07/2026 sur Indymedia Nantes
Le 13 juillet 2026, le Tribunal Oral de Temuco prononcera la peine contre quatre jeunes weichafe de l’organisation de résistance mapuche Coordinadora Arauco-Malleco (CAM). Lors de la dernière séance fin juin, le Tribunal a établi la culpabilité des quatre pour les délits d’incendie criminel à répétition, vol, enlèvement simple et pour deux d’entre eux, détention de munitions. Le procureur régional de l’Araucanie demande des peines allant jusqu’à 48 ans de prison.
Il y a quatre ans, le 22 novembre 2022, des weichafé armés pénètrent dans le domaine de San Luis, exploité par l’entreprise forestière Mininco. Ils font reculer les travailleurs présents et obligent les chauffeurs de camion à descendre. Puis, le feu est mis à quatre engins forestiers, deux fourgons et quatre camions transportant du bois. Une banderole faisant allusion à la libération de Wallmapu et à la CAM aurait été laissée sur place.
Plusieurs heures plus tard, à plus de 40 km du lieu de l’attaque, les Carabineros arrêtent Luis Menares Chanilao, Jorgue Caniupil Coña, Pelantaro Llaitul Pezoa, Juan Carlos Mardones et une cinquième personne (également accusée). Les policiers auraient été alerté de la présence des jeunes mapuches dans une ravine par un témoin anonyme qui les aurait vu mettre le feu à un fourgon (qui aurait été dérobé lors de l’attaque à San Luis). Ce témoin ne s’est pas présenté au tribunal et a été passé au statut de « témoin protégé ». De tels procédés sont régulièrement utilisés contre le mouvement autonomiste mapuche pour faciliter les condamnations et compenser le manque de preuves matériels. Parmi les jeunes arrêtés, il y a Pelantaro Llaitul, un des fils de Hector Llaitul, werken (porte-parole) de la CAM, lui-même actuellement en prison suite à une condamnation à 23 ans en 2024 pour son engagement au sein de la CAM, la libération nationale mapuche et la reconstruction du monde mapuche.
Cela fait quatre ans que les jeunes weichafe sont en détention préventive. L’ancien gouvernement de Boric (de gauche) s’était distingué par sa répression du mouvement autonomiste mapuche et la militarisation du Wallmapu (et 110 prisonniers politiques mapuche dans les geôles de l’État chilien) ; l’actuel gouvernement Kast d’extrême-droite a repris le flambeau en multipliant les opérations répressives, la persécution et le harcèlement des communautés mapuches.
Solidarité avec la lutte mapuche !
Amulepe taiñ weichan !
Communiqué des prisonniers politiques mapuche de la CAM sur l’affaire Lautaro
Kiñe. Tout d’abord, nous tenons à remercier toutes les personnes qui nous ont accompagnés tout au long de ce procès oral au cours duquel nous avons finalement été injustement condamnés. À toutes les communautés, aux familles et aux lof mapuches, à notre peuple, nous adressons toute notre gratitude.
Epu. Nous considérons cette condamnation comme le résultat de la persécution politique menée contre le mouvement autonomiste mapuche, et plus particulièrement contre la Coordinadora Arauco-Malleco (CAM), organisation dont nous sommes fiers en tant que weichafe [guerriers mapuches]. Nous soulignons que ce procès s’est déroulé de manière partiale et raciste, sans aucune preuve nous impliquant, et que les autorités judiciaires ont eu recours à des témoins secrets qui, au final, n’ont même pas témoigné devant le tribunal.
Kula. Le tribunal winka nous a condamnés pour les délits d’incendie répété, de vol, d’enlèvement simple et, dans deux cas particuliers, de détention de munitions. Il a requalifié deux délits et nous a acquittés des délits de détention d’armes interdites, de détention d’armes conventionnelles et de tirs injustifiés.
Meli. Nous comprenons que, face à l’enquête bâclée du parquet et aux arguments solides de nos avocats de la défense, le tribunal a décidé de procéder à un ARRANGEMENT permettant de prononcer à tout prix une condamnation politique à notre encontre, sans disposer en aucun cas des éléments minimaux pour le faire.
Kechu. La tête haute, nous déclarons que nous n’accepterons pas cette condamnation néfaste et que, si l’État chilien persiste à criminaliser et à persécuter la lutte historique et digne des Mapuches, en cherchant à nous condamner pour cela, qu’il assume au moins l’État de droit dont il se vante tant, qu’il apporte les preuves et condamne en vertu de ses lois, et non sur la base de subterfuges, de mensonges, de pressions politiques et de l’utilisation d’une presse bourgeoise servile aux intérêts des entreprises.
De même, nous appelons le pouvoir judiciaire à cesser d’être le bras punitif du fascisme et de l’extrême droite à Wallmapu.
Kayu. C’est pour toutes ces raisons que, le jour du prononcé du jugement [le 13 juin], nous lancerons une mobilisation afin de dénoncer ce procès vicié auquel on nous a contraints. À cette occasion, nous souhaitons également apporter notre soutien à notre frère Daniel Canio, qui, après avoir purgé plus de la moitié de sa peine, se voit toujours refuser ses avantages pénitentiaires.
Ayant affronté ce procès en tant que pu weichafe, aujourd’hui condamnés, nous estimons nécessaire de nous adresser au mouvement mapuche et à notre peuple en général après près de quatre ans d’emprisonnement, et de déclarer que nous ne sommes pas vaincus, encore moins honteux ou repentants d’avoir embrassé une lutte aussi digne et juste que la nôtre ; bien au contraire, nous continuons d’avancer avec la détermination de ne jamais nous mettre à genoux devant nos ennemis.
Enfin, nous appelons à poursuivre le weichan [lutte mapuche], à maintenir la lutte territoriale contre les entreprises forestières et le grand capital, à continuer de résister au racisme structurel et colonialiste de l’État chilien, d’autant plus aujourd’hui que le fascisme et l’extrême droite sioniste sont au pouvoir.
Dehors les entreprises forestières et les militaires du Wallmapu !!
La résistance mapuche n’est pas du terrorisme !!Peñi Kincha treka rupaymi tüfachi Mapu Mew,welu Tami pülli rumel mongeleay rangi weychan MewLuis Menares ChanilaoJorgue Caniupil Coña Pelantaro Llaitul Pezoa Juan Carlos MardonesPPM-CAM