Initialement publié sur rebellyon le 25/06/2026
Mardi 23 juin, huit militant-es mobilisé-es contre la police de l’immigration américaine (ICE) et son plan de déportation massif enclenché en 2025 viennent d’être condamné-es jusqu’à 100 ans de prison pour une mobilisation devant un centre de rétention.
Le 4 juillet 2025 avait lieu une manifestation de soutien aux prisonnier-es migrant-es du centre de détention de Prairieland à Alvarado au Texas. L’objectif est d’allumer des feux d’artifice à proximité de la taule pour apporter de la solidarité aux 525 personnes détenues dans le centre. Des personnes taguent des voitures de gardiens sur le parking et une guérite, les pneus de véhicules gouvernementaux sont crevés et des caméras de vidéosurveillances éclatées. Un flic arrive sur scène et met en joue le groupe de personne et reçoit une balle dans l’épaule d’un manifestant planqué un peu plus loin dans les bois.
Huit personnes ont été condamnées à des peines allant jusqu’à 100 ans de prison ce mardi 23 juin 2026, un an après les faits. Une dernière inculpée devrait connaître sa condamnation plus tard dans l’été. [note dingueries : en fait huit autres personnes le 1er juillet, et d’autres à des dates ultérieures dans des procès au niveau de l’Etat du Texas]
Pour l’administration Trump, le procès du « mouvement antifa »
Outre-Atlantique, le procès fait grand bruit notamment parce qu’il a été fortement médiatisé par l’administration Trump comme le procès du « mouvement antifa », classé comme organisation terroriste intérieure depuis septembre 2025, après l’assassinat du fasciste Charlie Kirk (par un autre néo-nazi) [1]. Depuis cette date, les services de sécurité du pays on renforcé de manière inédite leur appareil de répression politique à l’égard des mouvements antifascistes et associés. La désignation de l’antifascisme comme nouvel ennemi intérieur du régime fasciste trumpien a été bien pratique dans sa répression de la grande mobilisation sociale contre le plan de déportation de masse organisé par la police de l’immigration (ICE) à l’automne 2025. Les personnes mobilisées en solidarité avec les personnes menacées de rafles se sont vues désignées comme terroristes par le gouvernement, à l’instar des huit inculpé-es de Prairieland.
D’entrée de jeu, le ton du procès a été donné par le juge du district du Nord du Texas Reed O’Connor (avocat prisé du parti Républicain ensuite nommé juge par George W. Bush en 2007) en disant que les inculpé-es n’avaient pas pas participé à une manifestation mais avaient commis « un assaut contre la démocratie » [2]. Dans la même veine, le procureur fédéral Todd Blanche, au moment de la condamnation, martèle que « l’extrémisme violent [des terroriste antifas] n’a pas sa place dans ce pays, [que] le Département de la Justice continuera à enquêter, déstabiliser et poursuivre en justice de manière énergique ceux qui menacent les officiers qui agissent dans le cadre de leur fonction ou qui portent atteinte à l’Etat de droit » [3].
Le militant responsable du tir sur le policier, qui se défend d’ailleurs très justement en rappelant que l’officier en question avait levé son arme le premier et s’apprêtait à abattre un-e des manifestant-es, a écopé de 100 de prison ferme. Ni plus ni moins qu’une peine de mort déguisée. Les sept autres inculpé-es ont quant à elleux écopés de peines allant de 50 à 70 ans de prison ferme. Des peines qui se rapprochent pour les plus longues elles aussi d’une forme de condamnation à mort, une élimination sociale pure et simple. Toustes ont été condamnées pour organisation d’une émeute, de détention de « matériel terroriste » et de charges explosives. Un des neufs inculpé-es, Daniel “Des” Sanchez Estrada, est inculpé sur le seul fait de posséder un infokiosque et des zines anarchistes et antifascistes. L’administration Trump et la justice à sa botte ayant déterminé que l’impression, la lecture et la prossetion de littérature politique pouvait servir de preuve dans la poursuite en justice des terroristes intérieurs [4].
Les ressorts d’une justice d’exception
Le procès des inculpé-es de Prairieland fait office de mise en application concrète d’une justice politique d’exception anti-terroriste contre des organisations et des mouvements politiques contestataires ou révolutionnaires. Pour rendre de tels objectifs réalisables et crédibles du point de vue judiciaire, et ainsi pouvoir faire tomber de telles sentences, la répression utilise notamment les « conspiracy charges » ou « accusation de complot ». Ce qui s’en rapprocherait le plus dans le contexte français serait l’association de malfaiteurs terroristes, qui suppose à la fois l’intention et l’organisation coordonnées d’action violentes. Ce sont ces outils judiciaires d’exception qui permettent à la justice américaine non seulement de condamner Benjamin Song, l’auteur du tir sur le flic, mais également les sept autres personnes, alors même qu’elles n’ont pas été prises en flagrant délit. De la même manière, les huit inculpé-es n’ont pas été jugé-es séparément mais en même temps, justifiant par le spectacle judiciaire d’accoler toutes les condamnations à la plus grave, afin de faire pleuvoir des décennies de prison ferme. Plus tôt dans le mois, des procureurs avaient déjà utilisé l’accusation de complot contre 15 militant-es anti-ICE s’étant mobilisés contre des rafles à Minneapolis et 3 autres à Spokane, dans l’Etat de Washington. Ces deux autres groupes d’inculpé-es avaient également été arrêtés après avoir réalisé des actions proches de centre de détention de l’ICE.
De la même manière que dans le système judiciaire français, l’accusation de terrorisme est purement performative et ne demande aucune justification de la part de l’accusation portée par le Département de la Justice. Est terroriste toute personne désignée comme telle par le gouvernement fédéral à travers une note écrite sur une page A4. Pour autant, le Département de la Justice s’est donné la peine de relier les points et les accusations des différent-es inculpé-es pour essayer de trouver une cohérence et un schéma d’action permettant de prouver que « Antifa » était bien une organisation terroriste. Autre élément de preuve utilisé pour prouver l’existence d’une telle organisation : la possession commune de nombreux livres, brochures et zines par les inculpé-es. Cet élément a par ailleurs fait réagir les observateurs du procès comme une atteinte évidente à la liberté d’expression et de conscience. Que les inculpé-es ne se connaissent pas et ne se fréquentent pas antérieurement à la manifestation n’a également aucun importance aux yeux de l’anti-terrorisme, l’action coordonnée et préméditée, le fait de porter un « uniforme noir » atteste l’existence d’une « cellule antifa terroriste » active (les vrais termes de l’accusation) dans le Nord du Texas.
Dans les journaux américains et anglais qui écrivent sur l’affaire, l’ensemble des personnes intérrogées (avocat-es, militant-es) sont toustes abasourdies par la violence des condamnations qui se sont abattues sur les huit inculpé-es et dénoncent une justice-propagande du gouvernement trumpiste. À titre de comparaison, les peines de prisons requises contre les neufs de Prairieland dépassent très largement celles distribuées pour la tentative de coup d’Etat fasciste contre le Capitole le 6 janvier 2021. Le chef des Proud Boys qui avait été condamné pour complot et sédition avait pris 22 ans de prsion, et le chef des Oath Keepers avait été condamné à 18 ans de prison. Les deux ont bien sûr été graciés par Donald Trump après son investiture pour son second mandat.
De partout, la contre-insurrection s’organise
L’exemple des neufs inculpé-es de Prairieland est certes effrayant, mais il s’intègre dans une normalité répressive qui tend à s’installer dans le temps et dans de plus en plus de pays. La répression internationale contre le camp des luttes sociales et contre les organisations antifasciste a largement dépassé les frontières. Que l’on pense à l’Union-Européenne et la chasse à l’homme organisée dans le cadre du « Complexe de Budapest » depuis 2023, aux anarchistes italiens persécutés sous le régime d’isolement carcéral du 41bis ou le déploiement des outils antiterroristes depuis le mise en place d’un Etat d’urgence permanent en France à partir de 2015 et des affaires comme celles du 8 décembre 2020 ou les nombreux antifacistes lyonnais incarcérés en 2021 et en 2026, on ne compte plus l’accumulation d’affaires et le renforcement de la contre-insurrection par lois sécuritaires successives. Il est urgent de continuer à s’organiser contre la vague sécuritaire et le développement toujours accru d’outils anti-terroristes qui viennent étouffer les luttes sociales et révolutionnaires.
Solidarité avec les inculpé-es de Prairieland !
Notes
[1] Plus largement, l’ordre exécutif signé par Trump le 22 septembre 2025 et la note NSPM-7 (National Securitry Presidential Memorandum) à destination des agences fédérales et de la sécurité intérieure vise les activités « anti-capitalistes », « anti-fascistes » et « anti-américaines »
[2] Prairieland ICE Protesters Sentenced to Decades in Prison, Mother Jones : https://www.motherjones.com/politics/2026/06/prairieland-ice-dhs-protest-conspiracy-prison-judge-texas-immigration-sentence/
[3] Texas anti-ICE protesters convicted of terrorism charges sentenced to at least 50 years in prison, The Guardian : https://www.theguardian.com/us-news/2026/jun/23/prairieland-ice-protesters-texas-sentenced
[4] Free Des ! : https://freedes.net/


