Initialement publié par le Comité de Soutien de Jakhi McCray sur Instagram, avec des traductions de Secours Rouge (1 2)
Le Comité de solidarité avec Jakhi McCray appelle à un mois d’actions entre le 14 juin et le 21 juillet pour soutenir le militant anti-impérialiste poursuivi au niveau fédéral pour avoir incendié une douzaine de véhicules de la NYPD durant l’été 2025. Visé par un mandat d’arrêt signé le 14 juin 2025, Jakhi McCray s’était rendu aux autorités le 21 juillet 2025 après plusieurs semaines de traque policière. Il encourt désormais une peine de cinq à vingt ans de prison fédérale, et est actuellement placé sous bracelet électronique depuis 11 mois.
Un an après, le comité appelle à un mois d’action et invite les soutiens à organiser des collectes de fonds, ateliers contre la répression, séances d’écriture de lettres, collages d’affiches ou déploiements de banderoles. La campagne vise à maintenir la solidarité autour de Jakhi McCray alors que sa procédure judiciaire se poursuit. Des ressources sont notamment disponibles sur le blog de soutien : https://jakhisolidarity.noblogs.org/
Le 7 juin 2026, Jakhi a publié une lettre nommée « Lettre d’un hors-la-loi : 9 mois plus tard » où il revient sur les événements ayant suivi son arrestation.
Cela fait neuf mois depuis que je me suis rendu au FBI. Je me suis rendu après trois perquisitions, une campagne de propagande de l’Etat fasciste et de ses alliés pour me décrire comme un terroriste anarchiste, et une chasse à l’homme inter-états impliquant la police locale, plusieurs départements du NYPD, et plusieurs unités fédérales dont je ne me rappelle pas des acronymes. C’est drôle de penser à tout ça, et à quel point c’est bizarre qu’autant de choses sont arrivées, et en même temps c’est comme si pas grand chose s’était passé. Je suis à l’université, et je vais à des soirées, et je passe du temps avec ma copine et mes amies comme n’importe quel autre personne de 22 ans, la seule différence étant que ce bracelet électronique sur ma jambe me crie d’être à la maison à 20h et d’être rechargé deux fois par jour. Je suis dans la maison dans laquelle j’ai grandi, la même que les fédéraux ont envahi avec des fusils d’assault et des ordres criés à ma famille. Je suis de retour à partager une chambre avec mon petit frère, à se chamailler avec lui et mes frères et soeurs – sauf que cette fois, ils ont davantage de choses sur lesquelles se moquer de moi avec le « tu vas aller en prison hahahaha ». Mes jours se résument à faire du sport, lire, regarder des films, et scroller sur Instagram. Et je suis probablement l’incendiaire le plus « chronically online » qui ait existé. C’est drôle de lire les choses sur moi qui sont sur Internet. Les bolosses sionistes sur Twitter sont convaincus que je suis un agitateur anarchiste avec des mommy issues qui rêve d’une communauté. Je suis là pour donner tort aux haters : je ne suis pas un anarchiste !
Blagues à part, c’est fou que je puisse encore respirer l’air avec vous toustes plutôt que d’être enfermé dans une prison fédérale. Je me rappelle le matin où je me suis rendu, je me sentais un peu en paix. L’un de mes avocats (dédicace à Ron) était certain que je n’allais pas pouvoir sortir sous caution, et que j’allais passer une bonne partie de ma vie dans une cellule le temps que l’affaire avance. Même si cet avenir me paraissait bien pourri, il était certain pour moi que ce serait mieux que le mois et demi de paranoïa, dépression, et confusion que j’ai ressentis pendant que les feds me cherchaient. 15 minutes avant, je suis rentré dans un Food Bazaar à Queens, où une dizaine d’agents fédéraux anti-terroristes m’attendaient. J’ai ouvert YouTube, mis un discours d’Andor, et l’ait utilisé comme modèle pour ma déclaration de reddition, destinée au mouvement. Avec beaucoup de chance, mon autre avocat a fait un énorme travail et m’a permis de sortir sous caution (dédicace à Sam). J’apprécie tout le monde qui m’a écrit pour m’envoyer des mots de soutien, et les éditeurs de Peoples’ Senate Newsletter pour me laisser leur envoyer ce texte. Tout ce soutien m’apporte le même sentiment de calme qu’il y a neuf mois. Ouais, je vais aller en prison, mais je sais que tout se passera bien, vous êtes là pour moi. Maintenant, je dois juste m’inquiéter pour avoir mon diplôme, un travail, et un appartement. Je ressens comme si tout cela m’avait fait grandir de 40 ans, lowkey ça devrait être pris en compte quand on va me condamner… hum, hum, le juge, hum, hum, la liberté conditionnelle, hum, hum, le procureur.
Dans ma première lettre, j’ai dit que je n’avais pas peur, et que je n’avais jamais eu peur. Je veux revenir là-dessus parce que ce sont de sacrées conneries. J’avais peur de ne plus jamais revoir les gens que j’aime, peur que ma famille souffre à cause de mes actes, peur d’être complètement dépassé par les événements. J’ai toujours peur, vous savez, à l’idée de faire les 20 ans de prison complets, que ma maison puisse être à nouveau perquisitionnée, que les gens de ma ville chuchotent sur mon compte dans mon dos. J’ai appris que la chose la plus révolutionnaire qu’on puisse faire n’est pas de prétendre qu’on n’a pas peur, mais de continuer à avancer malgré elle jusqu’à ce qu’elle ne soit plus un obstacle, mais un rappel de ce contre quoi on se bat. J’ai peur que les fascistes détruisent tout ce que j’aime, mais je continue à m’organiser contre eux parce que je ne veux pas que ma petite sœur ait un jour peur de la même manière que moi. La peur est faite pour être maîtrisée, retournée contre l’entité qui cherche à vous opprimer.
Dans ma déclaration de reddition, j’ai dit que ce que je traversais n’avait rien de nouveau. Les Noir.e.s continuent d’être battu.e.s, lynché.e.s et déshumanisé.e.s. Le racisme anti-Noir persiste dans nos communautés et nos mouvements. Mais mon peuple est toujours là, devenant plus fort malgré tout, et construisant nos propres infrastructures et réseaux pour nous protéger, de Lincoln Heights à Philadelphie. L’ICE continue de sévir, bénéficiant désormais de l’immunité accordée par les alcooliques du parti Turning Point au pouvoir, mais les Haïtiens, les Latinos, les Somaliens, les Palestiniens et toutes les communautés immigrées construisent des réseaux de réponse rapide et des communautés d’entraide pour riposter. Ils ont survécu à l’ICE sous Obama, Clinton et Bush, et ils survivront sans aucun doute à ces enfoirés. J’ai rencontré tant de révolutionnaires et d’ancien.ne.s prisonnier.e.s ces dernières années, mais les personnes les plus fortes que je connaisse restent les membres ordinaires des communautés noires et métissées.
Nos communautés prennent des coups et ripostent toujours plus fort. La répression contre laquelle nous nous mobilisons quand elle s’attaque à notre mouvement est juste ce qui arrive quotidiennement aux communautés policées. Quand nous sommes scandalisé.e.s que nos camarades soient designé.e.s comme des « terroristes Antifa » pour une manif bruyante, pensons aux raids de gangs dnas le Bronx il y a 10 ans, ou celui qui a eu lieu ce mois d’Avril. L’Etat invente constamment des connexions ridicules pour nous envoyer, nous les indésirables, dans les camps d’esclaves. Les gens sont criminalisé.e.s pour possession de zines antifascistes et anarchistes, mais je me rappelle de l’homme libéré [de l’esclavage] Samuel Green qui a fait huit ans de prison pour possession du livre « Uncle Tom’s Cabin » pendant l’Amérikkke esclavagiste. Je me rappelle de Kenneth Olvier, qui était déjà en prison et a été envoyé à l’isolement pendant quasiment une décennie pour possession d’un exemplaire de Blood in My Eye de George Jackson. Les gens comme Kenneth sont ma boussole. Les personnes piégées dans la prison de l’ICE de Delaney Hall. Les enfants à la prison de l’Ice de Dilley au Texas. Je sais que je sortirai un jour, mais je ne serai pas libre tant qu’iels ne seront pas libres. Si iels ne sont pas des prisonnier.e.s politiques, alors je ne veux pas en être un non plus. Si iels ne méritent pas de soutien, je n’en mérite pas non plus.
J’aimerais finir avec un poème. Merci à tout le monde pour votre gentillesse, on se reparle bientôt. :)
Avec amour – Jakhi
Sometimes
There is only bullets and hate
self-sacrifice
dismenbered bodies
and blood –
And all i can see are
the lines of
cruelty on
our face.
But when I think of you,
Sister,
and remember how you
loved the people
and
fought the struggle
I know what you would say now –
« You don’t cry for me
but for yourselves –
That’s bullshit!
Why do you only talk of dying for
Revolution?
Live for it! »(Anonyme, en hommage aux premier.e.s martyrs des Weather Underground)
