Initialement publié sur Marseille Infos Autonomes le 18/06/2026
Il y a quelques semaines on a eu écho d’une lutte qui a été menée par les prisonniers du QPR (Quartier de prise en charge de la radicalisation) de Aix-Luynes.
Le 14 avril, un prisonnier a été convoqué pour un entretien devant une commission disciplinaire. On lui reproche d’avoir remis à un surveillant « un courrier de contestation destiné à la direction sur ses conditions de détention ».
La direction de la prison a reçu le même courrier de la part de huit autres prisonniers, tous incarcérés en QPR. Ces prisonniers ont denoncé leurs conditions de détention inhumaine et fait remonter une liste de neuf revendications :
- Pouvoir effectuer une promenade d’une heure à l’air libre ;
- Arrêt des fouilles à nu intégrales systèmatique et pouvoir garder leurs sous-vetement durant celle-ci ;
- Mettre à disposition un registre pour les matons de nuit pour répondre aux réclamations des allumages abusifs ;
- Avoir accès au jardin potager sous forme de promenade en groupe le week end ;
- Mettre une fenêtre ou la clim dans la salle de sport ;
- Reprise des activitées sportives dans le gymnase, une ou deux fois par mois ;
- Arrêt du renouvellement systématique du placement en QPR et un vrai examen des dossiers ;
- Réparer le matériel de la salle de visio-confèrence ;
- Enlever le barreaudage dans la court de promenade qui empêche de voir le ciel.
Un premier mouvement collectif a eu lieu en septembre 2025, avec une « grêve » des activités de la part des prisonniers.
La direction a alors proposé une réunion en octobre 2025, à laquelle ont particité trois prisonniers représentants du QPR et l’administration pénitentiaire. Suite à ça, les prisonniers ont repris les activités de « déradicalisation », mais il n’y a eu aucun changement réel de la part de l’AP. Les promesses sont donc resté lettre mortes, comme on pouvait s’y attendre de la part de l’administration pénitentiaire.
Les prisonniers ont donc envoyé un courrier groupé en avril et ont refusé l’entretien des cellules et des activités. Ces comportements ont été considéré comme une faute disciplinaire et, selon l’AP, « participent ou tentent de participer à une action collective de nature à compromettre la sécurité des établissements ou à en perturber l’ordre » . 8 personnes sur 9 ont été condamné a des peines allant de l’avertissement à 8 jours d’isolement et cela sans aucune réponses à leurs demandes.
La repression mise en acte par l’AP contre ces prisonniers est très grave, elle vise à mater toute forme de mouvement collectif à l’intérieur, notamment face à des conditions d’enfermement de plus en plus dures et arbitraires. Cette repression se fait encore plus violente dans ces quartiers punitifs, qui sont des prisons dans la prison. Ils servent à isoler, surveiller, réprimer, torturer. Ils font toujours planer la menace du pire, et où l’arbitraire est la loi.
C’est le cas aussi des QLCO (Quartier de Lutte contre la Criminalité Organisée). Les soi-disants plus grand criminel de France ont été transféré à partir de juillet 2025 à Vendin-le-Veil, premier QLCO. Quelques mois plus tard, un second QLCO ouvre à Condé-sur-Sarthe. Les modalités de placement dans ce régime d’isolement totale sont extrêmement floues puisque c’est Darmanin, ministre de la Justice, et lui seul qui a le pouvoir de placer des prisonniers dans les QLCO sans que l’on sache sur quels critères objectifs il se base.
Ici, les prisonniers sont soumis à des conditions matérielles extrêmes qui provoquent stress, dépression chronique, angoisses, en plus des problèmes de santé. La privation de tout lien avec l’extérieur et la violence systémique de ces mesures ont pour objectif de les pousser à bout et leur arracher des aveux.
Face à cette violence d’Etat, les prisonniers du QLCO de Vendin-le-Vieil n’ont pas attendu longtemps pour exprimer de différentes manières leur révolte : grève de la faim, protestations par inondation des cellules et des couloirs, revendications : des luttes pour dénoncer l’opacité des procédures, les traitements inhumains,les difficultés que vivent leurs proches.
Contre l’isolement et le silence que l’état voudrait imposer à ces prisonniers, il est important de relayer leur parole et faire sortir leurs revendications !
Pour un monde sans prisons !
Qu’est ce que est un QPR ?
Les QPR (Quartier de Prise en charge de la radicalisation) sont des quartiers spéciaux de haute sécurité réservés aux prisonnier.es considéré.es comme « radicalisé.es » suite à une période d’évaluation en QER (Quartier d’Evaluation de la Radicalisation). Ils sont opérationnels depuis 2018. En France, il en existe 7 : 6 pour les hommes, 1 pour les femmes. On y enferme des personnes prévenues ou condamnées pour terrorisme islamiste mais aussi des prisonnier.es en détention ordinaire soupçonné.es de radicalisation par l’AP (Administration Pénitentiaire). Un ensemble de personnes très différentes, donc.
Les conditions y sont très dures : 1h de promenade par jour, isolement du reste des prisonnier.es, peu voire pas d’accès au travail, pas d’aménagement de peine, pas de permission de sortie, fouilles à nu et palpations quotidiennes, présence permanente de plusieurs matons pour chaque déplacement, même pendant les soins, contrôle de tous les courriers etc …
Dans les QPR, on impose des programmes de « déradicalisation », le but affiché est d’éloigner les personnes dites « radicalisées » du reste de la détention. Depuis leur création, ces quartiers font l’objet de nombreuses critiques.
La durée d’incarcération est de 6 mois renouvelable…. Indéfiniment. Et c’est le minsitre de la justice qui décide ! Dans les faits, une fois dedans, on ne sort quasiment jamais des QPR.
Et comme pour les QLCO, les critères d’entrée, de renouvellement, et de sortie des QPR sont flous, ils dépendent de chaque établissement, voire de chaque agent : c’est le règne de l’arbitraire.
La violence des conditions de détention est « justifiée » dans le discours public par le profil supposé des détenus. Figures de monstres absolus, ils servent les agendas politiques et les fantasmes médiatiques, au service du tout sécuritaire et de la surveillance généralisée.
Pourtant, ces conditions sont proches de celles des quartiers d’isolement, souvent qualifiées de torture blanche.
Toutes les pratiques les plus violentes sont permises , justifiées par l’évaluation permanente. Les prisonnier.es sont constamment soupçonné.es de dissimulation.
Alors l’ AP surveille, fouille pour détecter d’hypothétiques signes de radicalisation. Les matons provoquent, poussent à bout les détenu.es pour« révéler leur potentiel radical ».
Les QPR étant réservés à la radicalisation islamiste se sont toutes les personnes musulmanes qui sont évaluées par l’AP, même en détention ordinaire. Leurs pratiques cultuelles mais aussi leur vie quotidienne sont disséquées et peuvent faire l’objet de notes blanches de la part de l’AP qui pourront ensuite servir à les envoyer en QPR.
Suspicion, surveillance, évaluation : les pratiques dans les QPR ne sont pas sans rappeler par exemple les grilles d’indicateurs distribuées aux chefs d’établissements scolaires en 2018 POUR évaluer les signes de radicalisation de leurs élèves, instrument de surveillancee raciste et islamophobe. Le QPR s’inscrit plus généralement dans l’arsenal répressif déployé par la lutte anti-terroriste ces dernières années..
Prison dans la prison. La détention en QPR comme celle en QLCO est une menace constante pour tou.tes les prisonnier.es, imposant de se tenir sage pour ne pas risquer le pire.
En 2019, on a pu voir comment les réponses politiques aux pressions du syndicat des surveillants ont entraîné l’aggravation brutale de la situation des prisonniers en QPR à Condé sur Sarthe, suite à l’attaque de deux matons par un prisonnier et sa femme . Il fallait montrer les muscles. Le régime de détention du QPR s’est alors étendu à tous les quartiers. Les règles de sécurité se sont durcies : les femmes ont par exemple été sommées d’enlever leur voile devant tous les matons, y compris les hommes, les bébés devaient être changés sous le regard d’un surveillant…
Les QPR sont un énième outil de gestion de la détention et de répression par l’individualisation des peines et l’isolement des prisonnier.es qui entravent les mobilisations collectives … mais ne les rendent pas impossibles ! Les détenus du QPR de Condé sur Sarthe se sont révoltés en 2019 contre le durcissement de leur conditions. Aujourd’hui, ceux de la prison d’Aix Luynes…