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[Grèce] Nouvelles du procès d’Ampelokipi (re-MàJ)

Posted on 26/04/2026 - 27/04/2026 by dingueries

Reçu par mail. On peut lire un compte-rendu des trois premiers jours du procès ici et du quatrième jour ici. Ce compte-rendu revient de façon synthétique sur les jours 5 à 9 du procès, et de façon plus détaillée sur les jours 5 et 6. D’autres synthèses des comptes-rendus détaillés et/ou traductions de certaines déclarations sont à venir. Les versions originales proviennent d’Indymedia Athens. [mise à jour le 26/04 avec des synthèses des derniers jours de procès]

Les audiences du 8 avril et du 15 avril (jours 5 et 6) ont concerné la suite et fin des témoins appelés par la défense. Cela inclut des témoins appelé.e.s par Nikos Romanos ainsi que A.K. pour témoigner de leur personnalité et de raisons ayant pu amener à ce que leurs empreintes soient retrouvées sur un sac, et notamment mettre en valeur l’absence de leurs liens avec les autres inculpé.e.s ou l’explosion et la faiblesse des preuves contre eux. Des témoins pour Dimitris témoignent de même de sa personnalité et du peu de preuves ou liens à son encontre. De nouveaux témoins viennent prendre la parole pour Marianna, et en mémoire de Kyriakos, dans la suite des témoignages précédents : iels témoignent des valeurs et idéaux anarchistes des compagnon.ne.s, de leur participation aux luttes en Allemagne et en Grèce, de la légitimité de la lutte armée dans le contexte actuel, ou de déclarations politiques renversant l’accusation de terrorisme vers les Etats et leurs massacres, notamment en référence au génocide en Palestine, aux guerres, aux meurtres de réfugié.e.s dans la Méditerranée, ou aux morts dans l’accident de train de Tempi. Le reste des audiences est consacré à de nombreux témoins en faveur de Dimitra, notamment des ami.e.s et/ou compagnon.ne.s anarchistes. Certain.es témoignent de sa personnalité et de son parcours académique et professionnel, d’autres témoignent de leur propre expérience ou inculpation avec la police anti-terroriste, d’autres de la participation aux luttes et des principes anarchistes de Dimitra, souvent en renversant ici encore l’accusation de terrorisme contre les Etats et en développant des déclarations politiques. Des synthèses plus développées sont disponibles à la suite de cette synthèse, ainsi que des traductions plus directes de déclarations de Marianna à chacune des audiences.

L’audience du 16 avril (jour 7) a été entièrement consacrée à la déclaration de Marianna, puis à son interrogatoire par le Procureur et le Président de la Cour. Elle y raconte sa version des événements du 31 octobre, répond à des questions spécifiques sur le déroulé des événements et de la logistique des jours précédents, mais surtout consacre une grande partie à développer des idées politiques et diffuser une critique anarchiste. Une traduction devrait être diffusée prochainement (on peut déjà la lire ici avec des traductions automatiques).

L’audience du 17 avril (jour 8) a été consacrée aux déclarations des quatre autres co-accusé.e.s et de leurs interrogatoires par le Procureur et le Président de la Cour. Elle et ils y développent tour à tour leurs idées politiques et/ou répondent sur des points techniques à propos des différentes preuves (ou absence de). Des synthèses ou traductions (notamment du discours de Dimitra) devraient être diffusées prochainement.

L’audience du 21 avril (jour 9) a été consacrée aux réquisitions et discours du Procureur, ainsi que les discours de certains des avocats de la défense. Dans celui-ci, le Procureur demande notamment la relaxe de trois des inculpé.e.s (Nikos Romanos, A.K., Dimitris) faute de preuve les reliant plus particulièrement à l’explosion ou aux autres inculpé.e.s. Il charge cependant la compagnonne Dimitra bien au-delà de ce qui est dans le dossier et les preuves, en faisant une membre centrale de la supposée organisation terroriste (et explicitant au passage une théorie comme quoi il y aurait deux autres membres inconnus à cette organisation, basée sur l’existence de téléphones utilisés seulement le 31 octobre, dont certains ont été retrouvés et d’autres non). Le procureur a demandé la condamnation de Dimitra pour avoir « rejoint et formé une organisation terroriste », d’après l’article 187A, et pour « l’acte terroriste de fabrication d’un engin explosif destiné à approvisionner une organisation terroriste ». Il demande la condamnation de Marianna pour les mêmes chefs d’accusation et y ajoute « la fourniture et la fabrication d’explosifs en grande quantité, mettant en danger la vie d’autrui », « d’avoir provoqué une explosion en complicité, mettant en danger la vie d’autrui », « d’avoir causé des dommages importants à des biens d’autrui à l’aide de matières explosives ». En somme, le procureur vise, en s’appuyant sur les accusations de l’anti-terroriste, à criminaliser et punir le fait de porter des idées anarchistes, le fait de défendre la lutte armée en tant que part intégrante du mouvement anarchiste, et le fait de défendre la mémoire du compagnon Kyriakos. [MàJ 24/04 : ajout à la fin d’un commentaire de compas sur le discours du procureur]

Les audiences du 22 et 23 avril (jours 10 et 11) seront consacrées à l’intervention et aux déclarations des avocats, tandis que l’audience du 24 avril (jour 12) sera consacré au rendu du procès.


Synthèse détaillée de l’audience du 8 avril (jour 5)

L’audience a débuté avec les témoins de la défense du compagnon Nikos Romanos. Le premier témoignage est celui de son compagnon S.K., avec qui il venait d’emménager. Il raconte tout d’abord leur vie ensemble, les conditions de Nikos depuis sa sortie de prison, et fait un portrait de sa personnalité à l’opposé des déformations médiatiques. La plupart des questions portent sur le sac qui avait transporté une arme à feu et où les flics ont retrouvé les empreintes de Nikos Romanos, et de A.K. qui est l’un de ses amis proches. S’en suit une longue suite de questions absurdes pour essayer de faire comprendre aux procureur et président de la cour qu’un sac peut être réutilisable et recyclable, ou peut passer d’une main à l’autre. Cela passe notamment par la description d’activités d’entraide mutuelle et d’aides suite à des incendies ou tremblements de terre ou pour des détenu.e.s ou lors d’un festival antiraciste, où des sacs ont été déposés ou transportés pour apporter des affaires ou de la nourriture, activités auxquelles à la fois Nikos Romanos, A.K. et S.K. auraient participé ces dernières années.

Le deuxième témoin de Nikos est un enseignant et directeur de l’école de la prison pour mineurs d’Avlona où Nikos était élève lors de son incarcération. Il dresse un portrait d’une « transformation radicale » après des années de prison et sa sortie, d’une parfaite réinsertion etc, de l’évolution de sa personnalité depuis son arrestation initiale, et de sa grande surprise de le voir mêlé à cette affaire, qui pour lui est forcément une erreur. Il répond encore une fois à une question sur des sacs pour rappeler certains sacs utilisés lors de distributions pour des détenu.e.s peuvent être réutilisés, certains peuvent être jetés.

Le troisième témoin de Nikos est Nasos Iliopoulos, un député européen de la Nouvelle Gauche, qui témoigne une nouvelle fois de sa réinsertion, sa personnalité, ses plans professionnels et personnels pour l’avenir… Il réitère l’absurdité d’une incarcération pour une demi-empreinte sur un sac, et a lui aussi témoigné avoir participé, aux côtés de Nikos, d’actions de solidarité avec les prisonnier.e.s et d’actions humanitaires.

La quatrième témoin est une amie et compagnonne de Kyriakos et Marianna, venue d’Allemagne. Il y a tout d’abord eu un conflit avec l’interprète, commise d’office, les avocats de la défense ayant souligné des lacunes dans la traduction, dont sur des points essentiels du témoignage. La compagnonne décrit en détail l’engagement et les idées anarchistes des compagnon.ne.s, leurs participations aux luttes à Berlin et en Allemagne, témoigne de leur personnalité, et réitère le fait que Marianna s’est immédiatement inquiétée du sort des résident.e.s de l’immeuble, et n’aurait jamais volontairement participé à les mettre dans ces conditions précaires. Le président de la cour la questionne ensuite sur le moment où « l’action de Kyriakos a basculé du côté de la guérilla urbaine », que la témoin a décrit comme ne l’ayant « ni surpris ni déplu », suite à quoi elle justifie la légitimité de cette forme de lutte, le fait qu’elle, Marianna et Kyriakos aient pu discuter de l’histoire de la guérilla urbaine et de la solidarité avec les personnes incarcérées pour de telles actions. Lorsque le procureur tente de condamner cette forme d’action et de la décrire comme « une position belliqueuse et un acte de guerre« , la compagnonne réagit en parlant de l’antiviolence en réaction à la violence, aux bombes qui tombent sur Gaza et le Liban, et la salle (dont Dimitra) réagit bruyamment à des ironies du procureur au sujet de Kyriakos.

La compagnonne Marianna fait ensuite une déclaration :

Je pense qu’il n’y avait aucun parti pris de la part de Mme X. [traductrice désignée par le tribunal], qui nous a d’ailleurs fait remarquer que nous, les « gauchistes », défendons pas les intérêts des traducteur.ice.s. Elle reconnaît, malgré tout, que les luttes que nous menons concernent la société dans son ensemble. Nos luttes, en d’autres termes, sont défendues même par des personnes qui ne font pas partie de nos cercles. Cela montre que nos luttes ne concernent pas seulement les groupes qui se battent avec des moyens spécifiques, mais qu’elles concernent un éventail beaucoup plus large de personnes opprimées.

Pour revenir sur ce qui précède, je tiens à dire qu’une personne qui lutte peut choisir la non-violence ou le recours à des moyens de lutte illégaux, tout en restant courtoise envers ses semblables, voire envers ses adversaires politiques. La manière dont une personne lutte ne fait donc pas d’elle une personne violente. Elle doit toutefois être capable de discerner où la violence est nécessaire et où elle ne l’est pas. Les bombes en Palestine et l’utilisation de l’anti-violence [en tant que moyen de lutte] ne sont pas comparables.

Le témoin suivant est un professeur à l’Université d’Athènes, qui témoigne pour la compagnonne Dimitra, qui suit un master dans son département. Il en dresse le portrait d’une excellente élève, et qui suit toutes les exigences du master en question.

Le témoin suivant est le compagnon F.M. qui témoigne aussi pour Dimitra. Il commence en disant qu’il ne connaît aucun.e des accusé.e.s, mais trace un lien avec sa propre arrestation (puis incarcération en préventive) par la police anti-terroriste en 2011, suspecté à l’époque d’appartenance aux Cellules de Feu pour des liens avec des compagnons anarchistes et des textes anarchistes retrouvés à son domicile (il sera par la suite acquitté, comme nombre de ses compagnon.ne.s arrêté.e.s en même temps). Il témoigne des mensonges et déformations des médias sur ses parents pour créer l’image d’un « terroriste », en lien avec la police, et du fait que les méthodes de l’antiterroriste se répètent inlassablement, explicitant un système dont le seul but est la poursuite et la répression des anarchistes, seule raison motivant sa propre arrestation et, ici encore, raison principale de l’arrestation et incarcération de Dimitra et de la propagande médiatique en sa défaveur dans lesquelles il se reconnaît. Il témoigne de relations de confiance, de solidarité et de camaraderies du milieu anarchiste que les flics et la justice ne pouvant jamais comprendre, les poussant à les criminaliser et à poursuivre pour des choses aussi banales que des prêts d’appartement, une relation différente à la propriété, et des liens de confiance entre compagnon.ne.s. Il inverse la question de qui sont les « vrai.e.s terroristes », pointant plutôt les criminels de guerre de l’état grec et d’Israël qui participent au génocide du peuple palestinien et à la persécution des réfugié.e.s, plutôt que « la lutte révolutionnaire des compagnon.ne.s contre la violence extrême des dirigeants ».

Le témoin suivant est Sadim, ami et compagnon de Dimitra, ainsi que de Marianna et Kyriakos. Il commence d’abord par dire quelques mots en la mémoire de Kyriakos, témoignant qu’en tant que palestinien il connaît la douleur de perdre un être cher et qu’il est important de saluer l’engagement de celles et ceux qui sacrifient leur vie pour la liberté et un monde meilleur, réitérant que l’explosion ne peut être qu’un accident car Kyriakos n’aurait jamais mis en danger la vie de ses proches ni de quiconque. Il témoigne ensuite de sa rencontre avec Dimitra à Berlin au sein des milieux autonomes et anarchistes, de sa participation aux luttes à Berlin, de sa personnalité et de son engagement. Il témoigne de la longue histoire des mouvements de squat à Berlin, pour développer sur la pratique commune et habituelle de se prêter des appartements, des clés, des logements dans une société où le coût de la vie augmente et que trouver un logement décent est un grand défi. Il raconte à quel point il est courant de se partager appartements, chambres, espaces à Berlin, comme à Athènes en prenant comme exemple le fait qu’il est logé pour la durée du procès à travers les réseaux anarchistes, et que cela se fait évidemment sans questions de part des conceptions de solidarité, de confiance et d’entraide mutuelle anarchistes.

Le dernier témoin, toujours en faveur de Dimitra, est Meisam Al Mahtim, une de ses amies proches à Berne. Elle témoigne de son statut de réfugiée politique, ayant été torturée suite à son militantisme en Iran, et de ses luttes communes avec Dimitra, comme l’ouverture d’une bibliothèque à Berne ou de son engagement pour les personnes exilées. Elle fait un lien entre son expérience de la torture en Iran, et le fait que la torture inclut aussi une longue durée d’emprisonnement comme Dimitra le subit actuellement, que ses discussions avec Dimitra depuis qu’elle est en prison lui rappelle son propre passé. Elle est longuement questionnée sur les voyages de Dimitra entre la Grèce et la Suisse, notamment autour du moment de l’explosion, de difficultés de logements à Berne, et du fait qu’elles aient perdu le contact à un moment où Dimitra est retournée en Grèce. Elle témoigne notamment de son choc de voir le mot « terrorisme » à côté du nom de Dimitra dans les journaux, en même temps que des Etats bombardent des écoles, tuent des enfants et des femmes, bombardent des civils, comme c’est le cas en Iran à ce moment même.


Synthèse détaillée de l’audience du 15 avril (jour 6)

L’audience a débuté avec le témoignage du témoin de la défense de la compagnonne Marianna, Andreas Vogel, membre du mouvement « 2 juin » qui a agi en Allemagne [groupe anarchiste de lutte armée des années 70, le compagnon ayant fait 10 ans de prison pour des actions de guérilla urbaine, peine maximale à son âge de l’époque], qui a croisé Marianna dans les luttes, les manifestations et les squats à Berlin ou à Hambach, partageant des objectifs communs mais ne la connaissant pas personnellement.

Le compagnon a dressé un portrait de la relation structurelle entre l’État allemand et le nazisme et a développé les liens qu’il voit entre l’État allemand et l’État grec (notamment de par son lien avec des organisations et compagnon.ne.s incarcéré.e.s pour avoir introduit des armes en Grèce lors de la junte, et des emprisonnements et assassinats massifs sous ce régime). Il développe la lutte contre l’impérialisme et le colonialisme des années 70, et les croyances de la possibilité de vaincre impérialisme et capitalisme par la lutte armée au coeur des pays impérialistes. Il déconstruit le terme de « terroriste » et a opposé ce qu’il considère comme les véritables actes terroristes : « le massacre de masse, les guerres et les génocides » alors que « la lutte armée révolutionnaire s’attaque au gouvernement, jamais au peuple ». Il développe ainsi que l’explosion de la bombe ne peut être qu’un accident, le justifiant de par l’idéologie anarchiste et le concept de guérilla urbaine. Suivant les questions de l’accusation, il trace un lien direct entre la lutte armée des années 70 ou contre des régimes dictatoriales (l’Allemagne nazie, la junte grecque) vers la lutte contre les régimes « démocratiques » actuels, et les mobilisations contre les guerres en cours.

Aux questions de sa compagnonne Marianna, le témoin a répondu en citant des exemples tirés de l’action du mouvement du 2 juin : l’attaque contre le club nautique anglais à Berlin en solidarité avec l’IRA, l’exécution d’un haut magistrat en réponse à l’assassinat de Holger Meins [prisonnier de la RAF mort en grève de la faim] et l’enlèvement du chef des sociaux-démocrates, qui a été échangé contre 7 compagnon.ne.s emprisonné.e.s [de la RAF et du mouvement du 2 juin]. Le compagnon a également évoqué la perte de proches compagnon.ne.s tombé.e.s au combat, tels que la compagnonne Andrea Wolf, tuée par l’armée turque pour avoir participé à la lutte pour la libération du Kurdistan. Avant de conclure son témoignage, il a indiqué qu’il était venu rendre hommage à la mémoire de son compagnon Kyriakos Xymitiris et a exprimé son admiration pour sa compagnonne Marianna, qui a fait de la défense de sa mémoire une priorité.

Une compagnonne anarchiste a ensuite pris la parole en tant que témoin de la défense pour Dimitra ; elle s’est exprimée sur les poursuites engagées en vertu de l’article 187A et sur la manière dont celles-ci sont montées selon un « rituel » similaire depuis plusieurs décennies. Elle a évoqué la criminalisation d’actes humains courants, notamment lors d’une longue suite de questions sur le prêt d’appartements ou l’utilisation d’autres téléphones. Elle a déconstruit ce qui constitue une intimidation envers la société. Elle développe le fait que ces actions ne servent pas seulement à s’attaquer à tel ou telle individu, mais à tout ce qu’ils et elles symbolisent, à l’espace politique et révolutionnaire auquel ils et elles appartiennent, le mouvement anarchiste constituant l’ennemi intérieur numéro un. Elle développe la participation et complicité de l’état grec au génocide en Palestine et aux meurtres massifs de réfugié.e.s dans la Méditerranée, la réaction des anarchistes à cette société, et le fait que c’est pour sa participation au mouvement anarchiste que Dimitra est jugée aujourd’hui.

Le troisième témoin de la journée était le compagnon anarchiste Vangelis Stathopoulos, qui a témoigné en faveur de la compagnonne Dimitra. Le compagnon a évoqué l’affaire dans laquelle il a aidé un compagnon [il a été arrêté en 2019, accusé de braquage et participation à une organisation terroriste (Autodéfense Révolutionnaire) avec deux autres personnes, dont le prisonnier anarchiste Dimitris Chatzivasileiadis, le seul lien étant qu’il a donné les premiers soins à un compagnon blessé], a été inculpé au titre de l’article 187A et condamné en première instance à 19 ans de prison [en 2021], avant d’être acquitté à l’unanimité en appel [fin 2022, dans un procès qui suivait le code pénal plutôt que la loi anti-terroriste]. S’adressant à la cour, il a déclaré qu’elle allait soit se plier au récit de la police antiterroriste, soit engager un procès « légal », qui jugerait les faits réels. Il témoigne qu’il a été arrêté et a passé trois ans et demi en prison car il est anarchiste, ce qu’il lie au fait que Dimitra est poursuivie pour le fait d’être anarchiste et que les accusé.e.s le sont pour des raisons politiques.

Un ami de Dimitra a ensuite pris la parole ; il a brossé un portrait très élogieux de sa personnalité, fort de leur longue amitié. Il a évoqué les conséquences de l’incarcération sur Dimitra, ainsi que des conditions de vie et soins médicaux inhumains dès les premiers mois. Il témoigne aussi des conséquences de l’incarcération sur ses études et sa carrière professionnelle, notamment l’impossibilité pour elle de soutenir sa thèse.

Le témoin suivant était le père de Dimitra, qui a principalement parlé de la manière dont ils l’avaient élevée et de sa carrière professionnelle. Il témoigne lui aussi de la valorisation de l’hospitalité par principe, menant à prêter des clés pour aider les autres en période de crise économique.

Le dernier témoin pour la défense de Dimitra est le compagnon anarchiste Andreas Floros. Le compagnon a récemment été libéré après seize mois de détention, ayant lui aussi été poursuivi à travers l’article 187A puis acquitté, ayant dû défendre son identité et ses idées anarchistes à cette occasion. Il témoigne lui aussi des déformations médiatiques qui ont eu lieu lors de son arrestation et procès, alors qu’il a été acquitté. Il développe longuement sur ce qu’est l’article 187A, continuation de l’état d’urgence et des tribunaux militaires, qui vise spécifiquement les anarchistes et les anti-autoritaires. Il développe aussi les conditions désastreuses des prisonnier.e.s incarcéré.e.s dans les prisons grecques, et retourne l’accusation de terrorisme et de violence vers l’Etat et le capitalisme. Il rappelle notamment de nombreux assassinats policiers qui ont eu lieu ces dernières années. Lors des questionnements du procureur, il met en évidence le fait que le tribunal tient une discussion politique, alors que celui-ci tente d’y échapper.

Lors des questionnements, le procureur parle de « jouer avec des bombes, sans raison particulière et de provoquer une explosion qui trouble l’ordre public », suite à quoi le public, Dimitra et Marianna s’indignent de cette seconde ironisation du procureur au sujet de Kyriakos et demandent le respect du compagnon décédé, puis retournent l’accusation de « jouer avec des bombes » contre « ceux que la justice défend » comme par exemple Netanyahu.

Le témoin suivant est la mère de Dimitris, qui raconte comment elle a vécu les événements de son côté, au moment de l’arrestation de son fils, qui est venu la prévenir qu’il avait été cherché les clés pour les donner à Dimitra, avant d’aller se rendre à l’antiterroriste, qui sont venus faire une perquisition le lendemain. Elle témoigne de sa personnalité, de ses études, de sa relation avec Dimitra, des complications de sa vie depuis l’incarcération et du fait qu’il a tenté de continuer ses études et de participer à la troupe de théâtre de la prison. Elle explique que Dimitris ne se considérait pas comme partie du mouvement anarchiste mais qu’il avait des « préoccupations sociales et politiques ». Lorsqu’il a appris l’explosion, dans la panique, Dimitris se serait débarrassé de la carte SIM d’un téléphone fourni par Dimitra pour communiquer sur la remise des clés de l’appartement.

Le témoin suivant est le père de A.K., qui décrit aussi son parcours académique et le fait qu’il s’est retiré de toute vie politique en 2021 après avoir été accusé d’une action en 2020. Il décrit la perquisition à son domicile, que son fils lui a témoigné avoir été confus et effrayé car il ne connaissait aucun.e des accusé.e.s sauf son ami Nikos Romanos. Il témoigne qu’il a aussi participé à des actions de solidarité, que son fils a participé à des dizaines de ses actions, et de l’absurdité que des personnes se retrouvent accusé.e.s pour des empreintes sur des sacs, où il y a de nombreuses autres empreintes. Il témoigne que lui et les autres proches de A.K. habitent à neuf heures de route de la prison où il est détenu, ce qui ruine ses proches, et qu’il ne peut pas continuer à suivre ses études dans la prison où il est détenu. Il ne se serait jamais prononcé en faveur de la lutte armée.

Le témoin suivant est un ami de la famille d’A.K., notamment de ses parents. Il décrit qu’A.K. a pris ses distances avec le milieu anarchiste en 2021 mais a continué à participer à des actions sociales, puis décrit sa personnalité et son parcours académique et professionnel.

L’avocat de Dimitris a fait une intervention comme quoi les conditions de base de l’article 187A ne sont pas réunies, et que les auteur.e.s présumé.e.s de l’explosion étaient les victimes même de l’explosion qui a coûté la vie de l’auteur de l’acte.

L’audience se conclut par une déclaration de Marianna :

Je voudrais dire quelques mots, maintenant que les déclarations des témoins de la défense touchent à leur fin.

Tout au long de cet épisode, les termes « bombe » et « mécanisme explosif » sont utilisés de manière artificielle, alors que l’enquête est toujours en cours. L’expert du DAEEB [la police anti-terroriste et en charge des crimes violents spéciaux] n’a même pas trouvé de résidus de détonateur. J’estime que l’on tente, par ce biais, de piéger les témoins afin qu’ils parlent et servent les définitions établies.

Un second commentaire sur la physionomie et le caractère des co-accusé.e.s, ainsi que sur la notion de couple normal ou de vie normale. Je défends ici ma vie, mais aussi la mort de mon compagnon.

On considère comme normal et naturel ce qui ne devrait pas l’être. On considère comme normal un ultimatum d’une superpuissance à une autre, menaçant de détruire une civilisation ; on considère comme normal l’enlèvement de premiers ministres ; on considère comme normal que notre propre Premier ministre l’accepte ; on considère comme normal que 57 personnes soient assassinées par l’Etat dans des trains, lors de procès où les familles et les avocats ne peuvent pas être présents, alors que des millions ont été dépensés. On considère comme normal qu’un ministre déclare : « 800 000 euros ont été détournés, comparé à 3 milliards, ce n’est rien », et pendant ce temps-là, que nous travaillons 13 heures par jour.

Pour moi, lutter contre ces injustices est tout à fait normal. Cette lutte est inscrite dans l’histoire de l’humanité. De la révolution paysanne à la Révolution française, en passant par la Commune de Paris, l’année 1821 [guerre d’indépendance grecque de l’empire ottoman] l’écrasement du nazisme, la résistance aux assassinats d’État et aux plans d’austérité, lutter est plus que normal. Et souvent, cela implique de mettre en jeu sa propre vie. Le système, bien sûr, encourage l’individualisme : reste chez toi et ne t’en mêle pas.

Il est clair que notre lutte n’est pas dirigée contre la société en général, mais contre la situation dans laquelle elle se trouve. Si nous sommes contre leur société, Kyriakos et moi devrions être au gouvernement, où la moitié des sièges sont occupés par des personnes faisant l’objet de poursuites judiciaires. Nous devrions être membres du ministère du Travail, qui instaure la semaine de 6 jours à 13 heures par jour. Nous devrions être membres du ministère de la Santé, qui privatise les hôpitaux publics, laissant les gens à la merci des cliniques privées. Nous devrions être membres du ministère de Protection civile [le ministère responsable de la police], qui assassine sans vergogne les minorités sur la base de critères racistes, ou membres du ministère des Affaires étrangères, qui collabore à des génocides et des massacres de peuples.

Nous ne sommes pas contre la société. Malheureusement , lutter signifie aussi perdre, et perdre la vie, et ce n’est ni un jeu ni de la folie. C’est honorable. C’est la plus grande empathie et la plus grande sensibilité qu’un être humain puisse avoir. Nous vivons ici parce que d’autres personnes ont lutté pour que nous puissions connaître le « progrès ».


MàJ 24/04 : 

Bref commentaire sur le discours du procureur – neuvième audience, 21 avril*

Dans une interprétation excessivement large des intentions et du lien entre les événements, le procureur a tenté de documenter la formation de l’organisation terroriste, cherchant à élever la compagnonne Dimitra au rang de membre occupant une position centrale.

L’argument principal portait sur son affirmation selon laquelle toute la planification (pour la fabrication, selon la procureure, de l’engin explosif qui a détoné lors de l’explosion) avait été faite sur la base de l’agenda de la compagnonne.

Même la situation géographique de l’appartement a été jugée non fortuite et d’une importance stratégique pour l’organisation, car il se situe parmi de nombreuses « cibles potentielles ». Dans ce contexte, le rôle de Dimitra s’en est trouvé renforcé, puisqu’elle était liée à cet appartement dès le départ.

Concernant les cibles, par des insinuations non fondées et sans lien avec l’histoire des organisations révolutionnaires armées, la procureure tente de dépolitiser l’action révolutionnaire armée devant le tribunal, citant hôpitaux, hôtels, etc. comme cibles potentielles. Ces cibles n’ont aucun rapport avec l’histoire du mouvement révolutionnaire et reflètent davantage les objectifs des États (voir les bombardements d’hôpitaux et d’écoles par l’État d’Israël, allié de l’État grec). Dans le même ordre d’idées, elle interprète l’article 187A, qui inclut les banques parmi les organisations susceptibles d’être protégées.

Une autre innovation réside dans le fait qu’elle a évoqué la durée de l’organisation comme sa finalité première, et non comme une condition de sa documentation légale.

Selon l’interprétation du procureur, la mise en avant de la compagnonne Dimitra comme figure clé est instrumentalisée pour servir l’acte d’accusation rédigé par le département antiterroriste. L’objectif final est l’application de l’article 187A et, par extension, la réalisation de son objectif principal : la criminalisation de la lutte armée, composante du mouvement anarchiste multiforme, ainsi que la punition exemplaire de celles et ceux qui la défendent de quelque manière que ce soit, y compris en perpétuant la mémoire du compagnon anarchiste et combattant armé Kyriakos Xymitiris.

En la personne de Dimitra, la vindicte d’État se manifeste contre une compagnnone qui a choisi de prendre position, de s’exprimer, de se défendre, au lieu de suivre la voie du silence ou de renoncer aux relations de camaraderie avec Marianna et Kyriakos.

* commentaire de compas publié sur Indymedia Athens, faisant suite au discours de la procureure qui crée une version des événements suivant le récit de l’anti-terroriste.


Re-MàJ, 25/04 : 

Neuvième audience, 16 avril – Déclaration et interrogatoire de Marianna

* Déclaration de Marianna [encore non-traduite]

* Des questions ont été posées à Marianna : sur le processus pour trouver un appartement (dans lequel elle précise que la localisation importait peu, la procureure déclarera plus tard que la localisation de l’appartement à proximité de certaines cibles est un facteur faisant de Dimitra une membre centrale de la soi-disante organisation terrrosite) et notamment les discussions avec Dimitra à ce sujet ; sur ce que Marianna savait ou non de l’objectif quant à l’utilisation des explosifs (Marianna précise qu’elle savait que cela allait être utilisé pour la lutte révolutionnaire, mais ne connaissait pas les détails) ; sur le fait de ne pas informer Dimitra des vraies raisons pour l’utilisation de l’appartement (à une question qui tente d’utiliser la confiance entre les compagnonnes contre elle, Marianna mentionne la répression possible et le fait qu’elle ne voulait pas l’informer pour la protéger de celle-ci puisque Dimitra appartient au milieu anarchiste) ; sur les délais et autres histoires de date à laquelle l’appartement a été visité pour la première fois et les détails techniques de l’achat du matériel (les explosifs et les armes) ; sur l’utilisation et l’achat des téléphones jetables (Marianna précise qu’ils devaient servir d’interphone entre elle et Kyriakos dans l’appartement, et que les deux autres achetés n’étant pas nécessaires ils ont été jetés – alors que la procureure se basera ensuite sur l’existence de 4 téléphones pour inventer deux autres membres inconnus à la soi-disante organisation terroriste) ; sur la possession et l’usage des armes à feu (où Marianna précise que posséder une arme ne signifie pas forcément l’utiliser et qu’elles avaient plutôt pour but l’intimidation et la légitime défense, sachant que ni elle ni Kyriakos ne savaient utiliser d’arme à feu) ; sur les détails précis de ce qu’il se passait dans l’appartement juste avant l’explosion ; sur des précisions quant à la nature des explosifs et des mécanismes ; sur sa connaissance (ou absence de, en l’occurrence) des autres co-inculpés (Marianna mentionne qu’ils et elle n’ont aucun lien avec l’affaire, comme le montrent toutes les preuves et l’enquête en général) ; sur le passage à la lutte armée (Marianna mentionne des discussions avec Kyriakos sur « la violence que nous subissions au quotidien, les guerres, le manque de perspective des mouvements sociaux, la situation actuelle » et que « Kyriakos a choisi l’action armée dans un contexte politique spécifique, et dans une perspective révolutionnaire, le renversement du système économico-politique », suite à quoi Marianna a accepté de l’aider pour les différentes tâches nécessaires).

Huitième audience, 17 avril – Déclarations et interrogatoires des autres inculpé.e.s

* Déclaration de Dimitra [encore non-traduite]

* La procureure pose des questions à Dimitra : sur l’utilisation du téléphone fourni par Marianna ; sur l’obtention des clés de l’appartement (les questions se focalisent beaucoup sur le fait que Dimitra ait « menti » et « trompé » les proprios sur qui allait utiliser l’appartement etc, la compagnonne décrit sa visite dans l’appartement le 26 octobre et l’appartement en détail) ; la logistique qui a mené à contacter Dimitris (pour pouvoir remettre les clés au proprio, sachant que Dimitra repartait d’Athènes avant le 31 octobre) ; sur les communications que Dimitra a eu après avoir appris l’explosion ; sur ses études et celles de Marianna (où Dimitra se moquera des raisonnements de l’antiterroriste utilisant des études d’ingénierie comme preuve d’un savoir-faire pour la fabrication de bombes) ; sur les conflits de Dimitra avec sa voisine qui ont mené à son retour pour quelques jours en Grèce en ce mois d’octobre.

* Déclaration de Dimitris : Il s’excuse d’avoir été impliqué dans une telle affaire qui a coûté une vie, rappelle qu’il n’a rien à voir avec tout ça, décrit ses liens avec les co-inculpé.e.s (sa relation avec Dimitra, le fait qu’il avait déjà rencontré Marianna et Kyriakos via Dimitra, sa non-connaissance de Nikos et A.K.). Il décrit le déroulé des événements de son côté, par rapport au retour de Dimitra en Grèce et à la remise de clés en amont, des événements du 31 même lorsqu’il a appris la nouvelle de l’explosion par Dimitra, et du fait qu’il s’est rendu à la police anti-terroriste le lendemain. Il décrit les conséquences sur le plan personnel, familial et professionnel qu’ont eu les 17 mois d’incarcération, sa bonne conduite et ses activités en prison, les mensonges des médias à son sujet. La procureure le questionne sur le fait qu’il y avait des brochures [anarchistes ou sur des anarchistes, comme par exemple une brochure sur Andreas Floros] chez lui, qu’il justifie par le fait qu’elles lui ont été données par des connaissances ou lors de rassemblements.

* Déclaration de Nikos Romanos : Il réitère qu’il n’a rien à voir avec cette affaire et a subi 18 mois de détention arbitraire et abusive, que tout cela est le fruit d’une vengeance de l’Etat. Il raconte ses difficultés liés à sa réinsertion après sept ans en prison, décrivant la réalité de l’emprisonnement et de comment il a tenté d’y remédier, de sa participation à des manifestations et notamment pour les droits des prisonnier.e.s. Il décrit son arrestation et l’instrumentalisation de cette affaire et des événements qui ont eu lieu, par les médias et la police notamment, ainsi que de l’absurdité des poursuites pour des empreintes sur un sac en contenant de nombreuses autres. Les questions portent encore une fois sur les différentes hypothèses ayant menées à ce qu’un sac avec son empreinte se retrouve dans l’appartement, sur les trajectoires du sac… Il précise qu’il ne connaissait que A.K., qu’il a rencontré Marianna et Dimitra au premier jour du procès, qu’il a seulement recontré Dimitris au début de leur détention provisoire, étant enfermés dans le même quartier, et qu’il n’a jamais rencontré ni entendu parler de Kyriakos. Il termine en adressant ses condoléances aux proches de Kyriakos et en leur adressant son respect.

* Déclaration de A.K. : Il déclare ressentir une profonde injustice sur le fait d’être en prison depuis un an et demi pour des faits qu’il n’a pas commis, alors qu’il n’a jamais été en contact avec des armes. Que l’absurdité de l’accusation le mène seulement à mener des hypothèses, ne pouvant pas expliquer ou retracer comment un sac, communément utilisé au vu des nombres empreintes, avec son empreinte a pu se retrouver là. Il décrit que son père est parti travailler à l’étranger pour gagner de l’argent pour le soutenir pendant son incarcération, et que sa vie a complètement été interrompu et perturbé par son incarcération. Suite à des questions sur ses liens avec le mouvement anarchiste (il précise qu’il appartenait au milieu militant étudiant plus large pendant ses études), il décrit une autre affaire sur un incident en 2020 pour lequel il est poursuivi et attend d’être innocenté. C’est lors de cette affaire qu’il a fourni ses empreintes digitales et son ADN, qui ont mené à ce que celles-ci puissent être retrouvées sur le sac. Il précise que le sac ne pouvait qu’avoir contenu d’autres choses avant, et que seul ça expliquerait qu’il y ait autant d’empreintes dessus, dont les siennes et celles de Nikos Romanos. Il décrit le moment où il a appris les faits de l’explosion, l’arrestation de son ami Nikos Romanos et le fait qu’il soit allé le visiter avec son compagnon en garde à vue.

* Les avocats de Dimitra ont pointé du doigt que certains des chefs d’accusation devraient être absorbés par l’article 187A puisqu’ils concernent des « actes terroristes », ont encore une fois répété que les faits attribués par l’accusation n’étaient pas suffisants pour poursuivre sous la loi anti-terroriste, et que vu qu’aucun fait n’est contesté par aucun.e des inculpé.e.s du procès, celui-ci est entièrement basé sur une interprétation des intentions.

Dixième et onzième audiences, 22 et 23 avril – Déclarations des avocats de la défense

Les avocats de Marianna commencent leurs discours sur divers points juridiques et légaux. Ils reviennent aussi longuement sur l’historique de la loi anti-terroriste 187A, élaborée en Grèce sur la base de la loi relative au crime organisé en 2004. Ils discutent de l’inconstitutionnalité de l’article et de ses imprécisions. Ils précisent que c’est le premier procès anti-terroriste où aucun témoin policier ne s’est présenté, et que l’accusation et l’enquête restent remplies d’incertitudes non défendues compte-tenu de l’absence de policiers de l’anti-terroriste pour expliquer certains points. Ils soulignent les nombreuses incertitudes dans les raisonnements de la procureure et de l’enquête, et de l’absence de conclusions définitives sur de nombreux points (dont la présence d’un engin explosif improvisé, les qualifications sur l’existence d’une organisation terroriste…), menant à des demandes de relaxe sur certains points. Ils reprécisent que les dommages causées aux résident.es sont désormais largement imputables aux autorités et au gouvernement qui laissent trainer les travaux menant à l’innocupation de l’immeuble encore aujourd’hui. Ils précisent que le fait que Marianna assume ses responsabilités et fasse passe la mémoire de Kyriakos avant sa propre défense ne doit pas mener à ce qu’elle soit accusée d’une part disproportionnée des faits. Il a aussi été rappelé que la seule raison pour laquelle cette affaire se fait sous le coup de la loi anti-terroriste est due aux idéologies des accusé.e.s, et d’autres rappels sur l’arbitraire de cette loi et les témoins qui ont été appelé.e.s pour souligner le mode opératoire de l’anti-terroriste et les nombreuses mises en accusation abusives qu’elles mettent en avant. Enfin, ils contestent nombre des hypothèses émises par la procureure dans ses réquisitions. Ils font enfin un détour sur les « moyens légaux » à disposition et leur utilité, utilisant par exemple l’exemple de l’ineffacité des « moyens légaux » pour mettre fin au génocide en Palestine ou de comment mettre fin à l’arbitraire de l’anti-terroriste…

Les avocats de Dimitris rappellent que son nom n’a été mentionné que trois ou quatre fois dans toute la durée du procès. Il rappelle que la seule implication de Dimitris est lié à sa relation avec Dimitra, et qu’il n’a aucun autre lien avec le reste de l’affaire, devant mener logiquement à sa relaxe pour qu’il ne perde pas un mois de plus en prison.

Les avocats de Dimitra s’attaquent à leur tour à l’article 187A, qui est « un tissu d’imprécisions » par « choix délibéré » pour « accuser sans preuve et pénaliser l’accusé.e ». Ils rappellent le contexte des législations antiterroristes dans le monde occidental, des raisonnements idéologiques derrière la poursuite de tel ou tel fait avec celles-ci, et de ce qui n’est pas poursuivi et donc pas considéré comme terroriste tels que l’enlèvement de Maduro, le blocus naval de Cuba, l’assassinat du dirigeant de l’Iran, les assassinats au Liban, etc… Ils précisent que la loi anti-terroriste ne sert qu’à poursuivre les opposants politiques et à instrumentaliser des faits. Ils contestent les théories et suppositions de la procureure quant à l’implication et au rôle de Dimitra, les éléments arbitraires qui ont été ajoutés et la faiblesse des « preuves » (qui sont plutôt des soupçons et indices mis ensemble pour faire des hypothèses) contre celle-ci, et demandent ainsi la relaxe et libération de Dimitra.

Les avocats de Nikos Romanos discoursent sur la présomption d’innocence, et sur le fait que Nikos et A.K. auraient dû être acquittés avant même d’arriver devant le tribunal, que la procédure normale aurait été de les convoquer comme témoins. Qu’aucun lien, même très faible, ne relie la découverte de l’empreinte partielle de Nikos au reste de l’acte d’accusation. Ils décrivent ensuite un rapport sur les empreintes digitales disculpant certaines des analyses et conclusions menées. Ils demandent logiquement la relaxe.

* Déclaration finale de Dimitra [encore non-traduite]
* Déclaration finale de Marianna [encore non-traduite]

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