Publié sur Nantes Indymedia le 07/04, le 28 mars 2026 sur Athens Indymedia.
Alors que des scandales gouvernementaux de toutes sortes sont révélés et que l’État grec participe à la guerre que les États-Unis et Israël mènent contre l’Iran, l’appareil répressif a décidé de se concentrer sur « l’ennemi intérieur ». Trois semaines avant la première audience, nous avons été informé⸱e⸱s de la date de début de notre procès. Le 1er avril, soit un mois avant l’expiration de la période de 18 mois¹, la procédure s’ouvre. Une procédure fondée sur des accusations manifestement exagérées, alors qu’il est évident que quatre des cinq accusé⸱e⸱s n’ont aucun lien avec les événements du 31 octobre et n’en avaient même pas connaissance. Mais l’enjeu principal du procès n’est pas uniquement de mettre en évidence les tactiques, par ailleurs maintes fois utilisées, de l’antiterroriste, mais aussi de défendre la mémoire du révolutionnaire Kyriakos Xymitiris et les moyens de résistance armée qu’il a décidé d’adopter contre ce système cannibale.
Dès le début, les autorités judiciaires, sous la houlette de l’antiterroriste, ont considéré cette affaire comme l’occasion idéale de lancer une nouvelle vague de poursuites et d’emprisonnements. L’incapacité manifeste de l’antiterroriste à établir un acte d’accusation ne serait-ce minimement crédible nous a toustes maintenues en otage, les demandes de levée de la détention provisoire ayant été rejetées à toutes les audiences intermédiaires (à six et douze mois) avec des justifications spécieuses. L’affaire est ainsi restée ouverte, en l’absence de tout nouvel élément justifiant cette situation, les motifs de rejet des audiences se contredisant par moments, dans une tentative de trouver un nouveau récit afin d’épuiser la durée maximale de la détention provisoire pour tous⸱tes les accusé⸱e⸱s, tentant ainsi d’atteindre deux objectifs : d’une part, la consolidation de la vengeance de l’État et, d’autre part, le maintien du récit d’une organisation terroriste. Une organisation sans nom, sans histoire, sans action, sans existence même, dont l’invention sert d’une part à des fins spectaculaires et médiatiques, mais aussi à une grave aggravation de l’acte d’accusation qui risque d’entraîner des peines extrêmement lourdes.
Le résultat de ce retard délibéré de 17 mois dans le clôture du dossier a été de retarder la publication de l’accusation finale, ce qui fait que le procès approche désormais de la date limite légale de détention pour toutes les personnes emprisonnées. Ce qui, en soi, entraîne une précipitation dans la fixation et le déroulement du procès, la citation à comparaître étant publiée le 9 mars, soit à peine trois semaines avant son ouverture le 1er avril, ce qui réduit considérablement notre temps de préparation. Je suis donc appelée, le 1er avril, à comparaître devant le tribunal, accusée de formation et d’appartenance à une organisation terroriste, de fabrication d’engins explosifs et de détention de matières explosives, d’engins explosifs, d’armes à feu et de munitions, de destruction par explosif avec intention criminelle, dégradation aggravée et détention illégale d’armes, dans un procès qui a montré dès le début des signes de précipitation et de bâclage. Mais la situation qui se dessine ne me surprend pas. Je connais très bien le rôle de la justice civile au sein de ce système d’exploitation qui, tout en feignant de jouer son rôle dans un « État de droit », s’intéresse en réalité essentiellement à l’application des diktats de l’antiterroriste et des dirigeants politiques. Malgré tout, j’affirme catégoriquement que je ne suis pas disposée à permettre qu’une quelconque précipitation dans le déroulement du procès joue à nouveau en défaveur de moi-même, de mes coaccusé⸱e⸱s et de mon compagnon Kyriakos.
Et si l’antiterroriste a encore une fois mis 17 mois pour revenir à la case départ, sans aucun nouvel élément mais en persistant à ma poursuite/mise dans le même sac que quatre autres personnes qui n’ont absolument aucun lien, aucune implication et aucune connaissance de l’affaire, le procès en question présente toutefois une caractéristique nouvelle : l’absence totale de tous les flics de l’antiterroriste parmi les témoins à charge. En d’autres termes, le pouvoir accusateur, sous les ordres duquel les enquêtes ont été menées, les mandats d’arrêt délivrés et les accusations portées, estime qu’il n’y a aucune raison de se présenter à l’audience. L’antiterroriste ne se présente donc pas dans une affaire qu’il poursuit elle-même. Je ne suis pas en mesure de connaître les raisons exactes pour lesquelles il en est ainsi. Il est toutefois vrai qu’avec les nouvelles modifications de 2024 (loi Floridis), il est désormais possible de ne pas convoquer les policiers qui ont rédigé l’acte d’accusation et dirigé l’instruction au procès, dans une tentative évidente de se mettre à l’abri des contradictions inévitables qui en découleraient. Mais dans cette affaire en particulier, avec un acte d’accusation aussi lacunaire et un dossier rempli de contradictions et de manquements évidents, l’absence d’agents de l’antiterroriste sur la liste des témoins vise à les protéger dans la salle d’audience face à la déconstruction attendue de leurs affabulations.
Que l’antiterroriste se présente ou non, elle devra en assumer la responsabilité. La responsabilité de la manière ignoble dont ils ont traité la famille de mon compagnon, Kyriakos Xymitiris, dans les premières heures qui ont suivi l’explosion, qui dépasse de loin les limites morales que ces hommes sans scrupules, qui prônent la démocratie et la légalité, prétendent invoquer et protéger. Mais aussi la responsabilité de l’ordre de prélèvement d’un échantillon d’ADN alors que j’étais encore inconsciente à l’hôpital Evangelismos. Des responsabilités pour le fait qu’une fois de plus, comme tant d’autres fois au cours de ses années d’action, l’antiterroriste constitue le fer de lance de la répression par la surveillance, les poursuites et l’emprisonnement d’innombrables militant·e·s.
En revanche, moi je serai présente. Je serai là pour assumer les responsabilités qui m’incombent, pour défendre le choix politique d’être là où j’étais le 31 octobre. Je serai là pour me tenir face à un mécanisme qui prouve chaque jour sa partialité et qui, depuis des décennies déjà, déchaîne toute sa vengeance contre les militant·e·s. Malgré toutes les conséquences possibles, je défendrai fièrement les choix de mon compagnon, la nécessité de lutter par tous les moyens, la gravité de ce choix et l’empreinte qu’il laisse. Et je serai là, car l’espace politique auquel j’appartiens depuis les 15 dernières années de ma vie est animé par d’autres valeurs et principes que ceux que promeut le système. Il ne rejette pas la responsabilité sur les autres comme le fait quotidiennement le gouvernement, il ne défend pas le copinage et l’intérêt individuel comme le promeut le système, et il ne choisit pas le chemin facile de l’égoïsme comme le font ses représentants.
Je ne me présenterai pas au procès pour baisser la tête, ni pour renier mes idées et mes responsabilités. Mais je ne leur accorderai pas un seul jour de liberté de plus pour des actes que non seulement je n’ai pas commis, mais pour lesquels il n’existe aucune preuve à l’appui. L’enjeu du procès est d’ailleurs avant tout la préservation de la mémoire révolutionnaire de notre compagnon. La présentation de tous ces éléments qui font de lui un compagnon et une personne si indispensable et unique. Pour moi, tel est l’enjeu de ce procès : la préservation de l’image de notre compagnon Kyriakos tel que nous l’avons connu, appris à le connaître et vécu. En tant que personne profondément révolutionnaire qui, au-delà de son engagement et de sa présence sur le terrain, a décidé d’intensifier son mode d’action malgré les conditions défavorables qui prévalent. C’est pour moi le legs que j’espère voir naître d’un tel procès. Celui du dévouement et de la foi dans la vision révolutionnaire, même face au plus grand des défis. De la solidarité et de la défense des principes qui nous poussent sans relâche et de manière concrète à lutter contre ceux qui oppriment nos vies, aux côtés de tou·te·s celles et ceux qui se battent par tous les moyens. De la dignité et de la fierté qui reviennent à notre espace politique, des rangs duquel jaillissent des militant·e·s comme Kyriakos. Des personnes qui ne capitulent pas, qui ne font pas de compromis, dont le regard étincelant suffit à éclairer même le plus difficile des chemins.
Mais Kyriakos sera là lui aussi. C’est là que battra son cœur. À mes côtés et aux côtés de tou·te·s les accusé·e·s. Aux côtés de ses compagnon⸱nes. Il sera là parce qu’il sait que la lutte pour la mémoire est une affaire collective et qu’elle n’est pas seulement nécessaire, mais indispensable. Indispensable pour qu’un mouvement existe et ait un avenir. Car ce sont les histoires de celles et ceux qui sont tombé·e·s qui ont inspiré d’autres à se lever. Et même si le poids de nos pertes nous met à genoux, il suffit de jeter un coup d’œil à ce regard étincelant pour que la fatigue s’allège et que la peur s’estompe. Et si, un jour, nous sommes découragé·e·s, il suffit d’un regard sur son sourire sincère pour nous rappeler que tout n’est pas fini.
Avec Kyriakos à nos côtés, c’est à nous, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des murs, de renverser le cours du procès, tant avant qu’au cours de celui-ci. De mettre un frein à l’injustice devenue loi, à la partialité devenue habitude. Nous devons considérer la justice comme un champ de bataille et le procès comme affrontement politique. Puisque le terrain est déjà miné, c’est un combat inégal, dans lequel il n’y a toutefois pas de compromis possible. Soit on abandonne, soit on se bat jusqu’au bout. Et ce que je peux affirmer avec certitude, c’est que moi-même, et certainement Kyriakos, choisirions la deuxième option. Notre cause est juste, nous vaincrons.
KYRIAKOS XYMITIRIS PRÉSENT
HONNEUR À LA COMPAGNONNE ANARCHISTE SARA ARDIZZONE ET AU COMPAGNON ANARCHISTE ALESSANDRO MERCOGLIANO
ÉTAT ET CAPITAL LES SEULS TERRORISTES
Marianna Manoura
Prison pour femmes, Korydallos, 28 mars 2026
¹NDLT : La loi grecque prévoit 18 mois de détention provisoire pour des accusé⸱e⸱s d’actes criminels