Initialement publié sur June 11th le 09/06/2026.
Journée international de solidarité avec Marius Mason et tout les prisonnier·eres anarchistes en longue peine.
Solidarité sans fin
Cette année, alors qu’arrive la journée internationale de solidarité avec Marius Mason et tout les prisonnier·eres anarchistes en longue peine, nous réfléchissons sur le fait que la solidarité est par nature toujours changeante et sans fin. Notre solidarité n’est pas seulement pour celleux qui sont emprisonné·es, mais aussi pour toutes les personnes harcelées, intimidées, déportées, pourchassées, en cavale, torturées, et même tuées – pas seulement en tant qu’individu mais aussi à cause des luttes dont ielles font partie. Alors que la répression flue et reflue, les tactiques des états s’adaptent, se transforment et innovent, comme doivent le faire nos pratiques de solidarité active. Nous devons nous adapter à ce terrain en transformation et aux besoins de nos mouvements.
La solidarité ne s’arrête pas avec la fin d’un procès et l’annonce d’un verdict, quand une grève de la faim obtient satisfaction, ou même quand une personne est libérée de prison pour rejoindre sa famille et ses amis. Les conséquences de la répression d’état perdurent après les grands moments et l’attention médiatique. Quand un cycle de lutte cesse d’être une cible de l’état, un autre prendra sa place. Quand un·e compa est libéré·e de prison, un·e autre y sera kidnappé·e. Notre soutien doit continuer à ricocher par-delà nos amis et nos réseaux proches. Il doit s’étendre par-delà les frontières des états jusqu’à tout les endroits où des personnes luttent. Il doit s’élargir au-delà du moment présent, honorer les compas du passé et penser à quel héritage nous allons laisser à celleux qui vont venir après nous.
Tandis que nos tactiques et stratégies évoluent avec le temps, nous devons cueillir le moment pour pousser nos idées et pratiques, ne pas rester dans l’attente. Nous pouvons prendre des moments d’évasions, adopter des postures défensives, mais seulement si cela nous permet de revenir plus fort·es et plus intransigeant·es. Le contexte dans lequel nous nous trouvons est en perpétuelle transformation, mais notre but demeure le même. La solidarité sans fin signifie toujours agir vers la destruction de l’ordre existant.
Les enjeux restent les mêmes malgré les transformations. La menace demeure identique même si elle devient plus commune. Les peines courtes deviennent plus longues avec des charges de terrorisme. Les camps se développent à côté des prisons. La surveillance policière devient plus visible. Les meurtres deviennent des génocides. Ce n’est pas nouveau, mais un retour à la situation qui a permis la mise en place des empires coloniaux. Les réactionnaires d’extrême-droite du monde entier ont regagnés de l’influence et du pouvoir depuis un moment, bâtissant leur succès sur la peur de crises simultanées, alors que les modérés essayent de s’accrocher à un statu quo moderne en surnageant dans un courant montant et turbulent. Les crises sont réelles – comme le sont les récessions économiques et l’augmentation des pénuries, et comme le sera la violence d’état pendant que les autorités essayeront de maintenir et de centraliser leur pouvoir.
Les anarchistes ainsi que toutes celleux qui parlent et agissent sont spécifiquement ciblé·es en Iran, Russie, Biélorussie, Indonésie, Italie, Grèce, Mexique, les États-Unis, et ailleurs. Celleux qui souhaitent le maintien du statu quo se lamentent « Ils ne peuvent pas faire ça ! ». Nous savons qu’ils ont toujours pu le faire, mais parfois seulement à plus petite échelle dans le passé récent. La peur de celleux au pouvoir est en train de se réaliser, alors que nous voyons la multiplication des soulèvements autour du monde venir se fracasser comme des vagues sur une plage soumise à l’érosion. Nous voyons la vulnérabilité des autorités pendant les crises, alors que la lutte revient dans des espaces anciens comme les lieux de travail et les barricades, pendant que nous complotons de nouvelles possibilités d’attaques.
Les conséquences de l’action contre l’ordre dominant semblent s’aggraver, nous sommes alors forcé·es de reconnaître ce que nous avons toujours reconnu·es comme véridique : les demi-mesures sont des pièges. Collaborer avec la gauche et les étatistes modéré·es suivant leurs termes revient uniquement à leur donner le pouvoir de mettre en place leur propre coercition et violence descendante en cas de victoire. Nous trouvons des complices productifs quand nous agissons selon des principes anarchistes, construisant l’autonomie de chacun·e contre toute nouvelle autorité. Le pouvoir dans nos vies doit demeurer entre nos mains – sans médiation – et il semble qu’un nombre grandissant de personnes reconnaissent que les data centers et l’intelligence artificielle doivent devenir un des focus de la résistance.
La catastrophe climatique en cours a été signalé par nos combattant·es emprisonné·es depuis des décennies alors même que de nouvelles technologies comme l’IA continuent la route écocidaire. En nous préparant aux pénuries, nous fortifions notre contre-attaque – idéalement sans nous retrancher jusqu’au point de ne pas pouvoir nous adapter. Alors que le terrain se transforme, nous devons rester en mouvement, sans attendre de nouvelles répressions. La solidarité sans fin est préventive autant qu’elle est active.
Se confronter aux vrais enjeux de nos luttes – la vie et la mort – ne doit pas nous conduire sur le chemin du pessimisme constant. À la place, cela doit nous fournir le cadeau d’apprécier chaque petite victoire et les choses banales et merveilleuses. Cela aussi, c’est un cycle de solidarité. Il y a des jours qui nous brisent le cœur. Il y a des jours qui nous remplissent tellement d’énergie que nous pourrions craindre d’imploser. Chaque compa est important·e. À chaque libération, acquittement, charges abandonnées, ou reconnaissances de culpabilité sans coopération conduisant à un emprisonnement, chaque petite victoire à travers une grève, chaque action collective ou révolte individuelle courageuse malgré tout les discours qui disent que ça n’en vaut pas la peine. Nous devons permettre à chacun·e d’amener un sourire sur nos visages, même si tant restent enfermé·es. Nous devons permettre à chaque petite victoire de prendre sa place dans le récit de nos luttes, liant le passé et l’avenir. Cette année, nous célébrons la libération de Hybachi leMar, Peppy et Casey Brezik. Marius Mason, après deux décennies dans une prison fédérale doit être relâché dans une maison de transition en mai. Les charges commencent à être abandonnées pour les accusé·es de Stop Cop City aux États-Unis. Monica Caballero au Chili peut de nouveau demander une autre libération conditionnelle. Les charges ont été abandonnées contre un camarade à Munich et 5 anarchistes de Biélorussie ont été libéré·es. La solidarité continue à travers le monde, active, intransigeante et vaste, notamment par les compas de Grèce autour de l’affaire d’Ampelokipi.
Situation des prisonnier·es
Après 17 ans d’enfermement, Marius Mason doit sortir de prison fédérale cette année, mais les dates et le déroulé exacte ne sont pas connues avec certitude. Il ira dans une maison de transition dans le Michigan. Dans sa déclaration accompagnant l’annonce : « Ce que je voulais que vous sachiez, c’est comment tout cela m’a rendu fier de faire partie d’une communauté en lutte qui se soutient mutuellement. Les personnes que j’ai rencontrées en prison étaient impressionnées de l’amour et de la solidarité qui étaient exprimés avec autant de force pour une personne à l’intérieur. Cela démontre que dans notre mouvement, malgré la séparation physique, nous avons pu rester ensemble dans nos cœurs, que la solidarité et l’amour sont des mots d’action, et que nous demeurons ensemble pour longtemps. »
Michael Kimble, qui poursuit le processus judiciaire pour obtenir un nouveau procès et espérons-le être libéré, a été récemment transféré dans un centre de semi-liberté moins sécurisé. Il peut maintenant avoir accès à un peu d’air frais. Une cagnotte de soutien pour ses frais judiciaires et pour le soutenir financièrement est toujours en cours. Sean Swain peut refaire une demande de liberté conditionnelle. Xinachtli a été transféré dans une nouvelle prison où sa situation médicale de négligence grave s’est encore accrue. Alors qu’il est incapable de marcher, on continue de lui nier le droit d’utiliser des aides à la mobilité. Malgré cela, il continue d’écrire, de créer et de résister.
Casey Goonan, un·e éducateurice communautaire dévoué·e, écrivain·e, participant·e à un infokiosque, et imprimeureuse ayant dédié·e sa vie à la lutte pour la liberté a été arrêté en juin 2024 pour des actions, dont notamment l’incendie d’un véhicule de police de l’UC Berkeley, en réponse au traitement de l’université envers les étudiants qui protestaient pour la Palestine. En septembre 2025, Casey a été condamné·e à 19 ans de prison. Casey a été placé·e en détention temporaire à FCI Mendota, dans l’attente de son placement définitif. La vie à FCI Mendota a été incertaine et difficile à gérer, car il lui a été refusé·e l’accès aux dispositifs médicaux nécessaire pour gérer son diabète, et ielle a dû vivre sans affaire personnelle, activités et avec peu de temps en dehors de la cellule. En février 2026, Casey a finalement été placé·e à FCI Allenwood dans le nord de la Pennsylvanie. Ce placement est peut-être permanent mais pour le moment, ielle a accès à de meilleurs soins, au téléphone, du temps en dehors de la cellule et à la bibliothèque. Ielle travaille sur une requête en habeas corpus avec une autre équipe juridique afin de faire appel de sa condamnation et de sa peine.
L’affaire de Prairieland est centrée sur la manifestation bruyante du 4 juillet 2025 au centre de détention Prairieland de l’ICE à Alvarado au Texas. C’est la première tentative de l’administration Trump de faire des « Antifas » une affaire terroriste. Les accusé·es ont fait face à des demandes de peines extrêmement longues de la part des procureurs qui ont mis l’accent sur la théorie d’une conspiration à travers un vaste réseau d’inculpé·es, en alléguant la préparation d’une embuscade sur des policiers, et utilise l’affaire comme une opportunité de mettre en place un précédent avec des conséquences très graves pour les protestations contre ICE et l’administration Trump. Neuf des accusé·es sont passé·es en procès : Autum, Hill, Zachary Evetts, Elizabeth Soto et Ines Soto. Les accusé·es ont dû faire face à des manœuvres déroutantes et à l’annulation du procès initial par un juge choisi par Trump. Le verdit devrait arriver au début de l’été, mais les équipes légales réfléchissent à la possibilité de faire appel. De plus, Joy « Rowan » Gibson et Rebecca Morgan ont toustes deux signés des reconnaissances de culpabilité sans coopérer et sont en attente du verdict. D’autres accusé·es ont des procès qui les attendent au niveau fédéral. Cinq des accusé·es ont choisis de coopérer avec l’État. L’attention, du soutien et la solidarité avec les accusé·es qui ont maintenu le choix de la non-coopération sera un investissement sur le temps long.
Malik Muhammad a passé·e la majeure partie de cette dernière année à l’isolement dans deux prisons différentes de l’Oregon. Malik est resté actif en partageant ses écrits, en apprenant à dessiner et en participant à des grèves de la faim et des campagnes d’appels téléphoniques pour protester contre les mauvais traitements que lui et d’autres enfermé·es subissent. Au sommet d’une campagne d’appel pour sortir Malik de l’isolement, ielle a disparu des bases de données carcérales pendant une semaine durant un transfert entre états. Malik est maintenant en prison en Caroline du Sud, un transfert qui est une vengeance en soi contre l’identité de Malik et sa rébellion.
Suite à une explosion accidentelle dans un appartement en Grèce durant Halloween 2024, une nouvelle affaire visant plusieurs anarchistes a été créée. Plusieurs personnes qui n’étaient pas présente ont été acquittées. Notamment Nikos Romanos accusé après qu’une unique empreinte digitale lui appartenant ait été retrouvée à l’extérieur d’un sac plastique. Malheureusement, Dimitra a reçu une sentence de 8 ans de prison pour avoir passé les clés de l’appartement à des visiteurices, et Marianna à reçu 19 ans simplement pour avoir été présente dans l’appartement où son partenaire, Kyriakos, s’activait sur le dispositif. Marianna a été gravement blessée dans l’explosion, et l’unité anti-terroriste (toujours agressive envers les anarchistes) a franchi de nombreuses lignes contre elle, par exemple en prenant des échantillons ADN alors qu’elle était inconsciente sur son lit d’hôpital. Une semaine de solidarité a eu lieu la semaine précédent le procès en avril, et des affrontements ont eu lieu devant le tribunal entre des soutiens et la police. Tout au long de ces événements, nous pouvons voir comment les anarchistes peuvent être « particulièrement fidèles au principe de solidarité active » et continuer à agir pour la liberté, malgré la répression.
Ce printemps au Chili, Mónica Caballero passera de nouveau devant une commission pour obtenir sa libération conditionnelle. La commission de juges de la cour d’appel a précédemment refusé sa libération, alors même qu’elle coche tout les prérequis légaux, à cause de ses positions anti-autoritaires. Cela n’est pas une surprise pour toutes celleux qui demeurent des ennemis des autorités et de leur ordre. Son complice, Francisco Solar, à rejoint le régime de détention général après 5 ans à l’isolement. Il demeure rebelle, comme le prouvent ses mots pour Sara et Alessandro, morts en mars dernier en Italie alors qu’ielles fabriquaient un engin explosif.
Les anarchistes italiens continuent de subir vagues après vagues de répression. Après une manifestation en mars 2023 en solidarité avec Alfredo Cospito durant ses incroyables 6 mois de grève de la faim, l’état italien a dirigé sa colère contre un grand nombre de manifestant·es présent·es ce jour là. L’« opération City » vise des compas de Turin qui ont cherché à saboter la tentative de l’Italie de tuer Alfredo, et de se protéger durant ses manifestations. Plus de 60 personnes ont été accusées, mettant un coup d’arrêt à leur vie. 18 compas ont été condamné·es à des peines allant de 1 an et demi à 5 ans et demi pour dégâts aggravés et conspiration pour commettre des violences. Les compas accusé·es de complicités d’actes de vandalisme, de résistance aggravé, et possession d’objets offensifs passeront normalement en procès en novembre. Alfredo demeure emprisonné sous le terrible régime du 41bis, où ses soutiens s’attendent à ce que ces conditions atroces d’emprisonnement demeurent.
En Biélorussie, les anarchistes Andrei Chapiuk, Akikhira Hajeuski-Khanada, Mikalai Dziadok, Pavel Shpetny et Aleksandr Kozlyanko ont été libéré·es ! Cela signifie habituellement être expulsé·es du territoire Biélorusse et avoir besoin de soutien pour repartir de zéro. En 2025, neuf anarchistes ont eu un allongement de leur peine – de 6 mois à 2 ans – pour « désobéissance persistante contre l’administration pénitentiaire ». Plus tôt cette année, Nikita Dranets, Aleksey Golovko, et Aleksandr Frantskevich ont aussi reçu des allongements de peine, jusqu’à un an, empêchant leur libération. À la fin février, le KBG à mis à jour la « Liste des personnes impliqués dans des activités terroristes » pour inclure les anarchistes du groupe Black Nightingales : Siarhei Zhyhaliou, Trafim Barysau, Dzmitry Zakharoshka, Aliaksandra Pulinovich, et Maryia Misiuk. Cela signifie qu’en plus des 10 à 13 ans de prison qu’ielles ont reçues pour « conspiration de sabotage contre la guerre », ielles ne peuvent plus recevoir de transfert financier – elles peuvent uniquement acheter des marchandises en utilisant l’argent déjà disponible sur leur compte, ou l’argent qu’ielles « gagnent » en travaillant dans la colonie pénitentiaire où ielles ont été transféré·es. Marya Misiuk, une ressortissante ukrainienne, a été libérée et déportée en novembre, mais a été immédiatement échangée dans un échange de prisonniers entre l’Ukraine et la Russie et renvoyée en prison en Biélorussie – elle et ses co-accusé·es étaient des adolescent.es au moment de l’arrestation. L’ABC Biélorussie continue de les soutenir ainsi que les autres, notamment à travers un évènement en Allemagne à propos des révoltes de 2020 et la répression des partisans anarchistes qui continuent leurs peines de 20 ans de prison.
En Allemagne, la répression s’intensifie, les autorités étant exaspérées de ne pas parvenir à appréhender ni à poursuivre les auteurices d’actes de sabotage contre les infrastructures. Une perquisition en mars à Infoladen et Scherer 8 à Berlin a essayée de lier des anarchistes à ces actions. De nombreux événements de soutien aux prisonnier·es ont eu lieu ici dans le passé et continueront d’avoir lieu. À Munich, l’affaire Zündlumpen continue sa trajectoire en montagne russe. Incapable de lier une troisième personne au journal anarchiste, l’état a été obligé d’abandonner la charge d’association criminel, mais les autres charges demeurent. Les deux compas anarchistes, Manuel et Nathalie, demeurent respectivement accusés d’incendie criminel et de vol. Leur dernière communication écrite remet en question les affirmations douteuses de l’état autour de preuve sur la base d’odeurs corporelles et les écoutes illégales, mais conclut : « De toute manière, nous laissons aux juristes le légalisme et préférons rester anarchiste ».
En 2025, l’ABC Moscou a réussi à évacuer plusieurs anarchistes qui risquaient des procès pénaux en Russie. Ielles ont aussi continué·es à collecter de l’argent pour les frais judiciaires de Ruslan Sidiki alors qu’il attend le verdict à propos de son appel contre sa sentence à 29 ans de prison pour ses actions anti-militaristes. Ruslan a été privé d’accès à de la lecture et l’état refuse d’enquêter sur la torture qu’il a subie lors de son arrestation. Il a subis une peine record pour l’utilisation d’un drone explosif contre un aérodrome militaire et pour avoir fait dérailler un train de fret en 2023. L’état russe a allongé la détention de Nikita Uvarov en ouvrant une nouvelle affaire contre lui durant son dernier mois en colonie pénitentiaire. Il avait presque complété sa peine de prison de 5 ans pour avoir collé des affiches de soutien à des prisonnier·eres, discuté de faire sauter une bâtiment du FSB dans Minecraft (littéralement), et s’être amusé avec des pétards avec ses amis. Il a été initialement condamné alors qu’il avait juste 14 ans. L’ABC Moscou a été criminalisé et donc une nouvelle organisation appelée Fire of freedom a été crée pour opérer légalement dans le pays. Ielles ont récemment commencé une collecte de fonds pour l’anarchiste et ancien prisonnier politique durant 20 ans Ilya Romanavo, qui a besoin d’aide médicale à temps plein.
Après d’incroyables émeutes anti-gouvernementales en Indonésie en 2025, des dizaines d’affaires ont été montées contre les anarchistes. Selon certains prisonnier·es anarchistes, « 703 prisonnier·eres politiques – même si nous refusons cette étiquette – sont concerné·es par des affaires judiciaires ou en détention » en mars 2026. Parmi les environ 70 anarchistes poursuivis se trouvent Albi, Pem, Herdi, Adit, Naufal, et Dena dont les procès commencent en avril de cette année. Rizky « Riky » Ardiansyah et Muhammad « Kipli » Rafli Andriansyah, sont parmi les premiers a avoir été arrêté après le soulèvement, et risquent des condamnations graves sur des bases plus politiques que factuel. Dans au moins un cas, Alfarisi bin Rikosen (un des 32 anarchistes détenus à Surabaya) est mort à cause des tortures de la police. De telles brutalités sont répandues et ciblent tout les prisonnier·eres. La plupart des anarchistes risquent des peines de 5 ans pour émeute, incendie et destruction de biens – mais une poignée risquent plus de 20 ans pour des accusations d’actions plus violentes et pour de supposés rôles de meunereuses. Un de ces compas, Adit, fait partie du réseau de 40 personnes fabriqué de toute pièce par l’état : « Chaos Star Network » – et l’état a réussi à accumuler de nombreuses preuves utilisables au tribunal contre lui. Il était déjà sous surveillance, possiblement depuis l’affaire contre lui en 2024 où avec Opal, Pem, Herdi et une personne devenue informateurice de police, ielles étaient accusés d’avoir fait sauter un poste de police en soutien avec Alfredo Cospito, Nikos Romanos et tout les prisonnier·eres anarchistes.
Après 5 ans de prison au Mexique, et plusieurs années de bataille judiciaire (ainsi qu’un exil qui dure depuis 4 ans), l’anarchiste Mazatec Miguel Peralta a fait tomber les charges de meurtre le visant suite à sa participation 10 ans plus tôt à la défense du fleuve Xangá Ndá Ge. Cette résolution de février 2026 pourrait participer à alléger le fardeau judiciaire qui pèse sur la communauté Eloxochitlán de Flores Magón où plus de 50 mandats d’arrêt ont été placé contre la résistance indigène aux entreprises extractivistes et autres incursions du capitalisme et de l’état. Au moment où nous écrivons, nous attendons l’acquittement complet pour Miguel. L’anarchiste Arturo Lugo a été arrêté à Guadalajara le 8 janvier 2026, probablement comme vengeance suite à sa participation à des manifestations à l’école FES Acatlán (UNAM), où il s’est élevé contre le harcèlement sexuel institutionnalisé en 2020. À Mexico l’année dernière, les autorités pénitentiaires n’ont pas fournis d’aide rapide ou adéquate aux troubles gastro-intestinaux chroniques de Jorge « Yorch » Esquivel. Il est mort à l’hôpital le 9 décembre 2025.
Le génocide contre les palestinien·nes, les atrocités contre les habitant·es du Soudan, les guerres en Ukraine, Iran et Birmanie et les affrontement en Syrie et au Rojava continuent. Les millions qui fuient les violences et les persécutions viennent peupler les camps de réfugié·es comme les diasporas et se mélanger aux révolutionnaires de l’autre côté des frontières. Il y a une augmentation non pas seulement des arrestations et des emprisonnements, mais aussi des exécutions étatiques. L’Iran a déjà condamné à mort des douzaines de personnes suite aux révoltes du début d’année. Parmi les centaines de prisonnier·eres en Iran se trouvent les anarchistes Soheil Arabi et Afshin Heyratian. Israël se prépare à possiblement exécuter plusieurs centaines de palestinien·nes supplémentaires grâce à une nouvelle loi. En tant qu’anarchistes, parce que nous nous opposons constamment à l’état et aux autres oppresseurs, nous faisons toujours face à une répression constante. Nous devons prendre en compte comment cette répression évolue, pas seulement lors des virages à droite et lors de l’effondrement des empires, mais aussi en temps de guerre totale, à l’intérieur, et même au-delà des délimitations des états impliqués. Les « droits », et ce que nous pouvons attendre des comportements de la police et des procès sont de moins en moins certain. Les états d’exception deviennent la norme. Les anarchistes et les anti-autoritaires internationalistes doivent trouver comment s’adapter à ces conditions changeantes, résister aux discours des conflits inter-étatiques et être pro-actifs pour se défendre les unes les autres tout en offrant des manières de vivre radicalement différentes.
L’utilisation par l’État d’accusation de conspiration contre des mouvements, des idées, des valeurs et des associations va sûrement continuer d’être de plus en plus courante. Si ils ne peuvent pas arrêter des auteurices individuel·les, ils vont essayer de tous nous faire souffrir. Si certains éléments font que cette situation est nouvelle, les méthodes sont une régurgitation de choses qui ont déjà eu lieu, une répétition de ce qui a toujours été. Cette approche vise à instiller la paranoïa et la peur en nous ; cela vise à créer la terreur pour nous briser. À nous inquiéter pour nos relations et voir celleux autour de nous seulement comme un risque potentiel à notre sécurité et confort. C’est en nous engageant à refuser cette peur et à choisir plutôt à prendre soin de nous, de nos relations, de nos réseaux d’anti-répression et de nos capacités d’actions sous toutes ces formes que nous pouvons croître afin d’être véritablement puissant·e, audacieuse et nous diriger vers la liberté, et cela malgré les transformations des lois, des alliances, des prisons et de l’ordre dirigeant.
Les choses en ce monde se modifient et se défont. Chaque moment de révolte, quand tout semble devenir possible, est inévitablement suivi par des accalmies, des épuisements, la répression, et la menace d’une routine étouffante. L’expérimentation et la prise de différents types de risque sont nécessaires, comme l’est la balance constante entre vivre au présent et considérer nos vies et les luttes à long terme. Où dans ta vie devrais-tu expérimenter quelque chose de neuf ? Apprends à tenter ta chance sur quelque chose d’intangible, ou engage toi sur quelque chose avec un effet mesurable ? Comment celleux en prison peuvent être mieux inclus dans ce qui arrive dans ta vie ? Quelles sont les manières d’élargir la fissure dans la façade impénétrable que celleux au pouvoir essaye d’imposer ? Comment peux-tu gérer la répression dans ta vie et aider celleux autour de toi à cultiver des idées et pratiques qui vous renforcent pour tenir tête à l’état ? Comment ces pratiques peuvent être inventés, se multiplier et ruisseler au-delà de nos mondes ?
Notre pratique de solidarité n’est pas seulement une obligation, mais la reconnaissance qu’une solidarité en expansion continue et sans fin fait partie du chemin de toustes vers une liberté complète. Parce que nous savons que nous sommes plus connecté·es, plus fort·es, et finalement plus capable quand c’est toujours une part de ce qui nous guide. Nous savons qu’il n’y a pas de limites fixées ni de fin, et que la nécessité de la solidarité perdura. Nous savons que la splendeur se trouve dans l’approfondissement de nos mouvements et de nous-mêmes.