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[Bolivie] Récit d’un soulèvement

Posted on 04/06/2026 - 03/06/2026 by dingueries

Initialement publié sur Indymédia nantes le 01/06/2026

31/05/2026

BOLIVIE : UNE RÉVOLUTION OUVRIÈRE DU XXIe SIECLE

Pendant que ce 30 mai, les Assemblées générales d’auto-organisation comme celle de Patacamaya (photo ci-dessous) avec la participation des représentants des 77 communautés de la province Aroma, décident de leur côté comme partout dans tout le pays, de rejeter tout dialogue avec le gouvernement, d’exiger sa démission et de maintenir les blocages illimités tout en radicalisant la mobilisation avec aujourd’hui 93 barrages contre 60 il y a deux jours, de son côté la direction de la COB, la principale centrale syndicale ouvrière, se dérobe une fois de plus et repousse – sous des prétextes de sécurité – l’Assemblée générale nationale où devait être décidé aujourd’hui ou de négocier avec le gouvernement ou de continuer la lutte jusqu’à sa chute. Et pour bien tenter d’empêcher cette Assemblée, la direction de la COB ne donne aucune date pour la prochaine.

L’attitude de la direction de la COB est claire pour tout le monde.

Beaucoup de comités d’auto-organisation avaient appelé à participer à cette Assemblée pour décider de continuer la lutte afin de renverser le gouvernement, et c’était sûr qu’il seraient majoritaires entraînant la base de la COB avec eux, ce qui aurait transformé de fait cette assemblée ouverte de la COB en direction nationale autoorganisée de la lutte pour renverser le pouvoir. La direction de la COB a montré aujourd’hui qu’elle ne veut pas renverser le pouvoir et qu’elle ne veut pas pour ça que le mouvement insurrectionnel en cours appartienne à ceux qui l’animent.

Beaucoup parlent de trahison.

En même temps, ça ne surprend pas grand monde, vu que la COB avait déjà trahi la première phase du mouvement en décembre/janvier 2026 et surtout ça ne décourage pas parce que les comités d’auto-organisation ont largement averti de ce qui risquait de se passer.

Ça ne cassera pas le mouvement. Ça donnera juste envie aux comités d’auto-organisation de mettre en place par eux-mêmes cette direction démocratique nationale qui manque au mouvement et qui aurait pu se réunir aujourd’hui.

30/05/2026

BOLIVIE : LES EVENEMENTS S’ACCÉLÈRENT

APPEL AU BLOCAGE DU SIÈGE DU GOUVERNEMENT D’UN COTÉ

MOBILISATION DES TANKS DE L’ARMÉE DE L’AUTRE

Aujourd’hui 29 mai, les évènements se sont accélérés en Bolivie.

La menace du gouvernement de mettre en place l’état d’exception et de faire appel à l’armée, a eu comme effet une forte augmentation de la mobilisation. On est ainsi passé de 60 à 70 voire 150 lieux de blocage suivant les informations entre hier et aujourd’hui, l’entrée en grève des ouvriers de l’huile aujourd’hui, celle des agents hospitaliers le 2 juin qui viennent s’ajouter aux autres secteurs déjà en grève et qui pourraient être le début d’une soudaine avalanche de grèves.

Et puis les comités d’auto-organisation coordonnés de cinq provinces -apparaissant comme l’embryon d’une direction alternative aux directions syndicales – ont appelé à se mettre en état d’alerte face à la menace de l’armée et à marcher immédiatement sur le siège du gouvernement si l’armée intervenait et de toute façon à faire le siège du gouvernement dès ce 1er juin avec un appel à une grande marche du pays sur la capitale, tandis qu’il y en a déjà eu une aujourd’hui après celle d’hier (vidéo ci-dessous), que les collectifs autochtones de différentes régions ont annoncé qu’ils partaient aussitôt en direction de La Paz pour y renforcer la mobilisation, tandis que l’organisation des mères qui ont manifesté en masse ce 27 mai, ont appelé leurs enfants qui sont soldats à déserter et à rejoindre le mouvement avec leurs armes.

De leur côté, les directions syndicales qui avaient été appelées au dialogue par le gouvernement afin d’essayer de stopper le mouvement et sauver le gouvernement et qui avaient dit « pourquoi-pas », puis « on va organiser une grande réunion pour que ce soit décidé par tout le monde », ont fini par virer de bord sous la pression montante de la base qui veut la chute du pouvoir. Elles ont appelé aujourd’hui à continuer la mobilisation pour faire tomber le pouvoir, sans plus parler de ce dialogue dont personne de la base ne veut, avec toutefois une petite ouverture en direction du gouvernement quand même, en disant que la première condition d’un dialogue possible, ce serait la libération des prisonniers et la fin des poursuites et menaces contre le dirigeant de la COB (première centrale syndicale) tandis que les comités d’auto-organisation ont déclaré que la première condition d’un éventuel dialogue était la chute du gouvernement.

L’impression générale, c’est que peu à peu, les directions syndicales perdent de leur autorité en même temps que les comités d’auto-organisation en gagnent en même temps qu’ils essaient de se coordonner au niveau national.

Par ailleurs, le gouvernement a fait sortir démonstrativement aujourd’hui des tanks des casernes, pour menacer de mettre à exécution son plan d’état d’exception, ce qui n’a fait qu’augmenter la détermination des comités d’auto-organisation qui ont déclaré à El Alto aujourd’hui qu’ils n’avaient pas peur de mourir.

https://www.facebook.com/reel/4542865266038578

29/05/2026

BOLIVIE : FACE A L’INSURRECTION POPULAIRE MENAÇANTE, LE GOUVERNEMENT RECULE ET APPELLE A L’AIDE LES DIRECTIONS SYNDICALES

Ce 28 mai, la mobilisation populaire pour faire tomber le régime de Rodrigo Paz en Bolivie, continue à se renforcer avec l’entrée en lutte aujourd’hui, d’un nouveau secteur de mineurs, des employés de pharmacie, le renforcement des points de blocage qui regroupe pour chacun d’entre-eux – une soixantaine à ce jour – des milliers et de milliers de participants et qui fonctionnent comme autant de points de rencontres et d’auto-organisation des différents secteurs mobilisés, une nouvelle marche d’indigènes – les ponchos verts – qui viennent renforcer la mobilisation dans la capitale, de nouvelles manifestations de mères dans la région de Cochabamba après celles d’hier à La Paz, et puis les appels du comité de coordination du district 8 d’El Alto, qui semble peu à peu se positionner en direction nationale populaire autoorganisée alternative à la direction syndicale de la COB, qui a déclaré qu’il n’était pas question de négocier avec ce gouvernement, qu’il fallait que ce gouvernement s’en aille et pour cela qu’il fallait une grève générale totale qui s’ajoute aux blocages en cours.

C’est ce même comité qui avait fait sentir le 23 mai à la direction de la centrale syndicale COB la pression d’en bas dans une de ses assemblées ouvertes, en se faisant largement applaudir en déclarant qu’il fallait que la COB appelle réellement à la grève générale plutôt qu’à des journées sans plan ni agenda, et qui avait ajouté que ceux qui négocieraient dans le dos du peuple seraient considérés comme des traitres.

C’est cette pression qui avait fait déclarer à la direction de la COB que jamais elle ne négocierait avec le gouvernement… alors que ce dernier avait annoncé que des négociations avaient commencé.

Mais aujourd’hui 28 mai, le gouvernement qui est aux abois, qui a fait rire en diminuant les salaires de ses ministres croyant que ce serait bien pris mais que les gens ont compris comme un aveu de faiblesse, qui menace de l’état d’exception mais qui n’ose pas y recourir après la réponse de la manifestation massive des mères hier 27 mai appelant leurs enfants qui servent dans l’armée à rejoindre la mobilisation populaire en cas de coup de force, bref qui menacent de la révolution, se sent de plus en plus impuissant face au mouvement toujours montant.

Aussi, aujourd’hui, en derniers recours, il a appelé à l’aide la direction de la COB et des autres directions syndicales pour ouvrir des négociations afin de faire cesser la mobilisation en échange de promesses… Et la COB, à cette heure, n’a pas dit non, tandis que l’organisation indigène Tupac Katari, plus prudente, a dit qu’elle allait d’abord demander à sa base tandis que les comités de base, eux, hurlent que la première condition de la négociation est débord la démission du gouvernement .

On en est là.

(vidéo ci-dessous, affrontements hier 27 mai à La Paz)

https://www.facebook.com/reel/918198847930067

28/05/2026

LE SOULÈVEMENT BOLIVIEN, UN LABORATOIRE DE LA LUTTE DE CLASSE ACTUELLE

Le président Rodrigo Paz est au pouvoir depuis à peine plus de six mois après avoir battu la gauche institutionnelle dans les élections et a déjà fait face à deux gros soulèvements populaires.

Entre décembre et janvier, il y a eu trois semaines de blocages et de mobilisations. Maintenant, le soulèvement des petits paysans et des peuples autochtones depuis avril a été renforcé depuis le 1er mai par une rébellion élargie à la classe ouvrière et à tous les milieux populaires, contre d’abord la hausse des prix de l’énergie et la volonté du gouvernement de prendre les terres des petits paysans pour les donner aux gros propriétaires et dorénavant depuis le 18 mais par l’objectif de faire tomber le gouvernement.

Certains secteurs sont en mobilisation continue comme les paysans, indigènes, enseignants et transporteurs, d’autres le sont de manière plus ponctuelle autour du principal syndicat, la COB, qui poussé par sa propre base, soutient la généralisation de la grève mais ne l’organise pas. Cela dit, l’ensemble s’élargit et se radicalise toutefois au fur et à mesure des évènements, de manière variée suivant les régions, mais globalement tout à la fois à partir des lieux de blocages (une soixantaine à l’heure actuelle regroupant pour chacun d’entre eux des milliers et des milliers de bloqueurs) qui servent d’autant de lieux d’assemblées générales et de comités d’auto-organisation qui cherchent à se coordonner au niveau national et, en même temps, à partir de grosses journées de mobilisations générales poussés par la base ouvrière et appelées par les confédérations syndicales pour répondre à la répression gouvernementale.

Ainsi, le 16 mai, le gouvernement a voulu briser avec une répression brutale qui a fait quatre morts. Le résultat a été l’inverse de celui attendu : le lendemain, il y a eu encore plus de barrages routiers et le lundi suivant, une énorme marche est descendue d’El Alto à La Paz avec le slogan «Dégageons Paz» (le président). Vendredi 22 mai autre grande journée de mobilisations et de blocus a suivi.

Le samedi 23 mai, le gouvernement a voulu reprendre l’initiative à nouveau par la répression en tentant de casser les blocages tout en argumentant que les gens n’en pouvaient plus des privations et en déguisant la répression par de l’humanitaire. Mais cette opération appelée « drapeaux blancs » qui a fait un nouveau mort a échoué. Les barrages se reconstruisant aussitôt les forces de police passées et résistaient ou se reconstruisaient plus déterminés que jamais, certains étaient défendus à la dynamite et avec plus de monde. Le 24 mai, on comptait près de 60 blocages à travers le pays qui bloquent totalement l’approvisionnement de la capitale en carburant et aliments.

En réponse à l’opération de répression « drapeaux blancs » du gouvernement, le lundi 25 une nouvelle journée de manifestation d’El Alto à La Paz, a eu lieu, la plus importante de ces dernières semaines, intégrant de nouveaux secteurs dans le conflit.

Et puis face à une nouvelle menace du gouvernement qui joue avec la possibilité de décréter l’état d’urgence et d’appeler l’armée, aujourd’hui 27 mai, alors que les associations d’artisans ont annoncé qu’elles rejoignaient la lutte, la réponse populaire a été une manifestation encore plus importante qui a eu lieu à l’initiative des femmes de « Bartolina sisa », l’organisation féminine de la COB, pour la « fête des mères », qui a une tonalité très différente d’ici, puisqu’elle rend hommage à la révolte des femmes qui a contribué à mettre fin au colonialisme espagnol. Et donc à la menace de faire appel à l’armée, les mères ont appelé ce 27 mai leurs fils qui servent dans les forces de répression à rejoindre la rébellion, prévenant que s’il y avait mise en place du régime d’exception, c’est ce qui se passerait, les soldats ne tireraient pas sur leurs mères, n’obéiraient pas.

Ainsi, à chaque grande journée, malgré les freins de la COB, le mouvement s’élargit et se radicalise, conciliant et avançant peu à peu, si on compare à la France, tout à la fois les blocages des Gilets Jaunes et la grève générale ouvrière, la mobilisation des paysans, des indigènes, des femme et des citoyens qui bloque et la grève générale ouvrière qui s’ajoute en paralysant toute l’économie. De plus, ces blocages et cette grève générale se font avec une tendance à la prise en main du mouvement par les comités autoorganisés de blocage ou par les bases ouvriers et syndicales, qui comme chez les transporteurs, dirigent maintenant leur lutte par-dessus la tête de leurs dirigeants syndicaux, puisqu’ils ont l’expérience de décembre/janvier, lors du premier soulèvement où la COB a fait stopper le mouvement après des promesses gouvernementales… qu’il n’a pas tenues. En ce sens, ce second mouvement contre Rodrigo Paz se fait aussi en méfiance des dirigeants de la COB.

Par ailleurs, la rébellion bolivienne n’est pas un épisode isolé, c’est un laboratoire où les questions qui traversent les interrogations des militants de toute la région, et plus loin, sont en cours de test.

Presque partout en Amérique du sud, les dirigeants sociaux-démocrates qui dirigeaient tous les pays il y a une dizaine d’années, ont mené des politiques anti-ouvrières qui les ont mené à perdre les élections au profit de la droite ou de l’extrême-droite. Celles-ci ont cru qu’en ayant battu la gauche institutionnelle, ils pouvaient foncer et détruite tous les acquis sociaux et démocratiques. Mais ils ont oublié que les valeurs de gauche dans la population n’ont pas été battues, elles ont juste été trahies par les directions syndicales et politiques. Aussi, face aux attaques, le peuple de gauche s’est levé et aussi bien en Bolivie, qu’au Pérou, en Argentine ou au Chili, les gouvernements de droite ou d’extrême-droite sont bloqués par la résistance populaire, qui, en Bolivie, n’est en train de prendre une toute autre dimension.

Si le mouvement actuel va jusqu’au bout, si le président Rodrigo Paz tombe, si la grève générale devient effective, si les comités de blocage parviennent à dépasser l’appareil bureaucratique syndical et politique (le gouvernement cherche à se forger une opposition convenable dans Evo Morales, qui jusqu’à présent appelle plutôt à la démobilisation, de la même façon que Lula soutient le gouvernement en appelant au « dialogue » ) et à s’articuler dans une coordination nationale pour prendre la tête du mouvement, représenter directement les aspirations populaires à faire tomber Paz et le système d’oppression et d’exploitation, alors l’effet sur Milei en Argentine, Kast au Chili et le reste des dirigeants droitiers de la région sera inévitable. Ce sera un phénomène en cascade car toute la région est explosive.

Ce qui se joue en Bolivie, c’est le sort de l’ensemble des mobilisations et des gouvernements dans la région, et la possibilité plus généralement de renverser le cours de l’histoire.

26/05/2026

TOUTE L’AMÉRIQUE DU SUD VIT AU RYTHME DU SOULÈVEMENT BOLIVIEN

Depuis la révolution de 1952 où le peuple bolivien s’est soulevé par-dessus la volonté de ses propres dirigeants politiques et syndicaux, s’emparant des armes et des ministères, a renversé le gouvernement en place, la Bolivie a inspiré bien des révoltes du continent et est restée un modèle au cœur des esprits qui luttent contre l’injustice dans toute l’Amérique du Sud.

Aujourd’hui, tout le monde se demande si ce qui se passe actuellement en Bolivie n’a pas la même dimension qu’en 1952. Si cela se réalisait, tout le monde comprend que cela aurait des implications immédiates partout en encourageant par exemple les révoltes déjà en cours en Argentine, au Chili, au Pérou ou en Equateur contre la dérive vers l’extrême-droite de beaucoup de régimes en place. Alors, dans cet espoir, déjà aujourd’hui, partout en Amérique du sud résonne le cri : « il faut faire comme en Bolivie » en même temps que des manifestations et rassemblements de soutien apparaissent dans de nombreux endroits !

En Bolivie, comme en 1952, le mouvement est en train de passer par-dessus les dirigeants de la principale centrale syndicale, la COB et par-dessus les autres direction syndicales ou politiques d’opposition, avec des assemblées populaires, des comités de blocage, des conseils de quartier et des assemblées syndicales de base, indigènes, paysannes, ouvrières, enseignantes, des salariés des transports, communautaires et de quartier qui se mettent en place partout avec des tentatives de coordination, qui pour l’instant ne sont encore que locales ou professionnelles, mais qui visent à se coordonner nationalement pour permettre au mouvement d’aller jusqu’au bout de ce qu’il porte, non seulement le renversement du gouvernement de Rodrigo Pas mais de tout le système d’oppression et d’exploitation.

Partout ces assemblées, comme celle immense d’El Alto, qui maintenant coordonne 14 districts de cette ville ouvrière de 800 000 habitants, banlieue de la Paz où les participants interpellent les dirigeants de diverses organisations et syndicats, leur reprochant de ne pas répondre aux revendications de la base, et déterminée à poursuivre le combat, lancent des menaces contre la trahison des sommets et des appels à multiplier les structures d’auto-organisation, comme hier encore avec les salariés des transports, dont le comité autoorganisé a décidé d’organiser la grève par-dessus ses dirigeants syndicaux et lancé un appel à une grève totale du secteur.

Face à des mobilisations massives et à des blocages routiers parfois de milliers de participants, toujours renaissant malgré la répression brutale, et alors que les grèves se multiplient, différents secteurs de la population s’organisent. Forte de cette force populaire organisée, la population exerce pour le moment une forte pression sur la direction de la Centrale ouvrière bolivienne (COB) et de la Fédération des conseils de quartier (FEJUVE), entre autres, les contestent lorsque ces organisations concluent des accords et tentent d’étouffer la lutte. Au sein de la base, la rébellion contre les trahisons des dirigeants est omniprésente. Mais cette méfiance organisée cherche maintenant à aller plus loin que de faire pression sur les dirigeants syndicaux et essaie de se structurer pour diriger elle-même le mouvement.

Le week-end dernier, la direction de la COB a été huée en séance plénière pour avoir proposé d’ouvrir des négociations avec la gouvernement Rodrigo Pas, aussi elle a fait marche arrière sous la pression et à … dénoncé tous ceux qui veulent négocier dans le dos du peuple… tout en étant prête à le faire à la première occasion face à un gouvernement qui entre une répression féroce quand il se sent débordé, mais sans autre efficacité que de renforcer la détermination des insurgés (aujourd’hui à Paratoni, sur la route menant de Cochabamba à l’ouest du pays, des insurgés ont attaqué à dynamite, des policiers qui tentaient de débloquer la route), et un appel au secours à la COB pour négocier, parce qu’il ne sait pas combien de temps il va tenir, n’ayant que 6 mois d’existence.

Il faut dire que peuple bolivien était descendu en masse dans la rue dans un premier soulèvement en décembre. Mais en janvier, le COB l’a trahi et avait conclu en négociant la fin du mouvement avec un pacte acceptant l’augmentation des prix du carburant (en plus d’acheter de l’essence frelatée), le point de départ de la révolte, (merci à Trump !). Les boliviens et militants de base de la COB ont retenu la leçon. Et puis, en avril, Rodrigo Paz, profitant de ce recul, tenta de s’emparer des petites exploitations paysannes – alors que c’était une victoire de la révolution bolivienne de 1952 – pour les donner au grand capital agro-alimentaire. La population, en particulier paysanne, s’est soulevé une fois de plus et a fait échouer la tentative de privatisation, par des blocages et des affrontements de rue menés principalement par des femmes et les « ponchos rouges », un mouvement de masse autochtone armé.

Finalement, avec ce nouveau mouvement paysan déterminé, poussée par sa base, le 1er mai, la COB a convoqué une assemblée nationale, où des milliers de personnes votèrent pour une grève illimitée.

C’est ainsi que la généralisation de la grève a commencé parce que

la grève illimitée est encore en construction, vu que la COB et les autres centrales syndicales acceptent le mot, mais ne font rien pour l’organiser et ne se placent pas dans la perspective de renverser le gouvernement et tout le système, même si elles en parlent, mais seulement dans la perspective de faire pression sur lui, d’obtenir des concessions sans rien changer au système. Dans les faits, la grève générale illimitée s’impose par en bas, par des blocages de routes et d’usines et de centres miniers, des prises en main paysannes de secteurs entiers, organisés par les conseils de quartier, avec la participation active des communautés autochtones, des travailleurs ruraux et urbains et des femmes et aussi par des grandes journées de mobilisation générale, comme hier 25 mai, où appellent ponctuellement les directions syndicales et qui entrainent de fait de nouveaux secteurs dans la lutte. Elle se manifeste également par des arrêts de travail, partiels, totaux, illimités ou non, variable suivant que la mobilisation populaire est très forte ou moins forte.

Pour le moment le soulèvement bolivien change la situation dans toute l’Amérique du Sud, redonne espoir aux classes populaires et aux militants et montre que dans cette période de réaction, un avenir de lutte est possible, s’il est mené par en bas.

25/05/2026

BOLIVIE : ENTRE RÉVOLUTION ET CONTRE RÉVOLUTION

Énorme manifestation en ce moment partant d’El Alto en direction du centre de La Paz en ce début de 4e semaine de grève générale pour dégager le gouvernement de la réaction et des patrons.

Hier le parlement a donné toute latitude pour proclamer l’Etat de siège, la loi martiale et envoyer l’armée, tandis qu’au prétexte de créer des corridors humanitaires pour débloquer l’approvisionnement de la capitale, les forces de police ont fait un 5e mort.

En même temps, le principal syndicat, la COB, avec qui le gouvernement avait annoncé des négociations, a au contraire appelé aujourd’hui à amplifier la lutte jusqu’à la victoire dénonçant tous ceux qui voudraient négocier en ce moment. Mais en même temps la COB n’appelle pas vraiment à une grève générale insurrectionnelle en fixant des étapes et des objectifs pour renverser le gouvernement, mais laisse plutôt la grève se généraliser d’elle-même, ne lui laissant ainsi de fait qu’un rôle de pression, ce qui peut encore laisser un espace au gouvernement pour tenter d’écraser la révolte. Celui-ci hésite encore au vu de l’échec de cette tentative le 16 mai qui a au contraire amplifié le mouvement et durci sa détermination. Mais il n’aura peut-être bientôt plus le choix avant que le mouvement d’en bas prenne la forme de l’insurrection par en bas de 1952, lorsque le mouvement de lui-même s’est saisi des armes dans les dépôts et a occupé tous les ministères.

De leurs côtés, les multiples formes d’auto-organisation notamment, les comités de blocage des routes, appellent à multiplier les structures d’auto-organisation pour prendre en main le mouvement et lui permettre à aller jusqu’au bout, renverser le gouvernement et mettre à bas le pouvoir des forces d’argent.

https://www.facebook.com/reel/3927302517405996

24/05/2026

BOLIVIE : TROISIÈME SEMAINE DE GRÈVE GÉNÉRALE POUR FAIRE TOMBER LE GOUVERNEMENT DE LA RÉACTION ET DES PATRONS

Hier, à la troisième semaine de grève générale pour dégager le gouvernement de la réaction et des grands patrons, des affrontement violents ont continué à La Paz, alors que les ouvriers et mineurs de la ville d’El Alto, banlieue populaire de La Paz sont descendus dans la capitale, utilisant parfois des bâtons de dynamite pour répondre aux gaz lacrymogènes de la police.

Dans le même temps, alors que des milices armées se forment dans l’arrière pays pour soutenir le soulèvement, et alors que la capitale manque de tout, bloquée par de nombreux barrages routiers qui empêchent l’approvisionnement, les forces de police ont tenté de dégager des barrages qui bloquent la capitale au nom un prétendu « corridor humanitaire », mais à chaque fois qu’ils en dégageaient un, il se reformait aussitôt derrière aux après leur départ, avec encore plus de participants, habitants, voisins ou militants de tous bords.

Des voix de la réaction s’élèvent pour demander au gouvernement de faire tirer à balles réelles, tandis que le dirigeant de la COB (principale centrale syndicale ouvrière) avec qui le gouvernement disait négocier, en fait se cache pour éviter l’arrestation, et a lancé un appel à continuer la lutte jusqu’à la chute du gouvernement.

23/05/2026

LA TENSION MONTE EN BOLIVIE

DES GROUPES ARMÉS NAISSENT DE LA GRÈVE GÉNÉRALE ILLIMITÉE CONTRE LA RÉACTION ET LE GRAND PATRONAT

Alors qu’après trois semaines de soulèvement, une nouvelle grosse journée de mobilisation est prévue ce 22 mai à La Paz, plusieurs groupes armés des communautés autochtones ont fait leur apparition soutenant le mouvement pour bien montrer leur détermination à faire tomber le régime de Rodrigo Paz défendant une politique de l’extrême-droite, comme celui de Qaqachaca en vido-ci-dessous mais aussi des « ponchos rouges » ou encore ceux de la Marka Pocoata et de la Fédération d’Ayllus, tandis qu’on assiste parallèlement à une montée de l’auto-organisation autour des comités de blocage des routes.

https://www.facebook.com/reel/1619249792487278

22/05/2026

LE SOULÈVEMENT POPULAIRE SE RENFORCE ET SE RADICALISE EN BOLIVIE

QUELLES LEÇONS POUR LE MONDE D’AUJOURD’HUI ?

Après trois semaines, le soulèvement du peuple bolivien pour faire tomber le régime de Rodrigo Paz continue ce 22 mai avec à sa tête, les petits paysans, les communautés indigènes, les enseignants, les transporteurs, les mineurs et de nombreux autres secteurs de la population.

Depuis l’échec de la tentative de répression violente du mouvement le 16 mai faisant 4 morts, qui n’a pas intimidé la mobilisation mais au contraire a renforcé son ampleur et sa détermination, le gouvernement a changé de tactique, même si tout est mouvant et peut changer d’heure en heure. Tout en promettant quelques concessions aux paysans, enseignants, transporteurs – qui ont été refusées jusque là -, il cherche maintenant à négocier en particulier avec la direction de la COB, la principale centrale syndicale, comme il l’avait déjà fait en janvier 2026, lors de la première phase de ce soulèvement où il avait obtenu l’arrêt du mouvement par la COB en échange de promesses… qu’il n’avait évidemment pas tenues.

Ce qui fait qu’après une riposte massive le 18 mai des paysans et mineurs de la COB à la répression violente du 16 mai, faisant craindre aux autorités un scénario à la 1952 où la population s’était emparée des dépôts d’armes et des ministères provoquant la chute du régime, Rodrigo Paz a annoncé qu’il avait entamé des négociations avec la direction de la COB, qu’il levait tous les mandats d’arrêt contre elle. Du coup, alors que la COB avait annoncé qu’elle allait envahir la capitale La Paz, le 20 mai, ce jour-là il n’y avait bizarrement plus aucun des dirigeants de la COB qui avaient tous disparu des rues.

Aussi, les secteurs les plus avancés de la lutte craignant une trahison du type de celle de janvier, comme la direction du Comité des blocages à Puente Vela, ou encore la coordination des voisins d’El Alto, la ville/banlieue ouvrière de 800 000 habitants de La Paz, ont appelé à « renforcer les organisations d’en bas, par le biais de conseils, d’assemblées populaires et de comités de blocage élus par leurs propres bases, car seuls les gens organisés et mobilisés pourront défendre leurs droits et faire face aux politiques qui visent à faire payer la classe ouvrière pour la crise », dénonçant ceux qui négocient en ce moment dans leur dos.

Il y a quelque chose de semblable dans le démarrage de ce soulèvement à celui qui s’est passée en Inde en 2020/2021, qui a duré 1 an et fait vaciller le gouvernement d’extrême-droite de Modi. Dans les deux pays, il est parti d’un soulèvement de petits paysans, à la production d’auto-suffisance alimentaire et aux traditions communautaires, à qui le pouvoir a voulu prendre les terres pour les donner à la grande propriété agricole capitaliste. C’est une marche de petits paysans sur la capitale, moins soumis à l’autorité paralysante des confédération syndicales ouvrières, traversant une partie du pays, en Inde comme en Bolivie, qui a mis le feu aux poudres, agglomérant d’autres catégories sociales, transporteurs, communautés indigènes, enseignants, mineurs… ajoutant d’autres revendications contre l’inflation, la mauvaise qualité du carburant endommageant des milliers et des milliers de véhicules, les conditions de travail, l’emploi….

Ce qui est remarquable en Bolivie, c’est que le gouvernement élu il n’y a pas 6 mois, a déjà subi deux grands mouvements populaires. En fait il a cru, qu’ayant gagné largement aux élections contre l’opposition officielle d’en haut, il avait gagné aussi contre l’opposition populaire d’en bas. Il a décidé, croyant ça, d’attaquer violemment les acquis sociaux et démocratiques du peuple bolivien. Résultat, il a récolté deux vastes soulèvements populaires en 6 mois.

Du coup, une partie du grand patronat commence à prendre ses distances avec lui, craignant un embrasement généralisé.

Constat, qui ne vaut pas que pour la Bolivie, la perte générale actuelle de légitimité du système électoral représentatif, fait que les élections ne sont plus le moyen de renforcer la légitimité du pouvoir comme ce l’a été depuis 80 ans.

Avec cette perte de légitimité et en même temps l’accession actuelle au pouvoir de l’extrême-droite (en Bolivie, Rodrigo Paz de la droite centriste a gagné sa campagne contre l’extrême-droite, mais une fois élu, après avoir viré ses alibis de gauche, a fait une politique d’extrême-droite), les élections et le moment d’après élection, deviennent un moment de confrontation exacerbé entre ce pouvoir institutionnel délégitimé et la base populaire restée de gauche. Ce moment d’amplification des luttes et en même temps de délégitimation totale du système représentatif par la victoire de l’extrême-droite qui cherche la dictature, pousse à la recherche à partir d’une base populaire de gauche, d’une nouvelle forme de représentation populaire plus directe.

On constate la même chose en Argentine avec Milei, de plus en plus affaibli par les révoltes populaires qui ne cessent pas même si l’opposition en haut, politique et syndicale, elle ne cesse pas de se déconsidérer en se couchant systématiquement devant lui. C’est la même chose qui émerge aussi au Chili aujourd’hui en à peine quelques mois de gouvernement d’extrême-droite, un gouvernement qui a voulu foncer dans les contre-réformes mais qui est déjà quasi paralysé par les mobilisations. Et puis encore en Italie où Méloni n’arrive plus à mener aucune offensive devant des mobilisations ouvrières et populaires incessantes, aux USA encore où certes Trump ne cesse d’attaquer mais est en même temps paralysé dans ce qu’il fait, non pas par le Parti Démocrate – plutôt complice – , mais par de très fortes mobilisations de base, sociales, anti-racistes, féministes, démocratiques, des juges, des mairies, des associations multiples et des structures syndicales de base. La tendance est la même dans bien d’autres pays jusqu’y compris en Israël, où si la gauche n’existe plus, ayant failli plus d’une fois, la gauche populaire existe en bas dans des mobilisations populaires incessantes pour essayer de faire vivre une démocratie par en bas.

Dans ces pays, comme bien souvent, il n’y a plus de partis institutionnels de gauche avec de la légitimité, mais par contre les traditions de gauche, de lutte, sont bien ancrées et vivantes dans les bases syndicales et politiques comme parfois les traditions démocratiques dans certains secteurs institutionnels, et ces bases font vivre ces traditions démocratiques et sociales dans la lutte malgré l’absence de représentation institutionnelle.

C’est pourquoi, il ne peut plus y avoir nulle part aujourd’hui de victoire électorale sans cette mobilisation de cette base par et dans ses propres luttes populaires. C’est pourquoi aussi tout l’effort qu’on voit surgir aujourd’hui en Bolivie dans cette opposition de base, vise à aller plus loin, à pallier à ce manque de représentativité politique, à structurer une nouvelle forme de pouvoir, celui de l’auto-organisation populaire. Une tendance mondiale.

DERNIÈRES NOUVELLES DE CE 22 MAI

Alors que le nombre de blocages s’étend dans le pays, la COB (Central Obrera Boliviana), le syndicat paysan/ouvrier de la CSUTCB, l’association CONAMAQ (Conseil national des Ayllus et Markas du Qullasuyu qui est l’organisation bolivienne qui chapeaute l’ensemble des peuples autochtones des markas et des ayllus du Qullasuyu) , 14 districts d’El Alto, les Fédérations des 20 provinces du Département de La Paz, les chauffeurs interprovinciaux, FEJUVE et le mouvement révolutionnaire La Túpac Katari et Bartolinas (syndicat des mères paysannes autochtones) ont décidé de marcher sur La Paz ce 22 mai. A ceux-ci s’ajoute le Comité civique de Huanuni qui a annoncé son entrée dans le blocus des routes, où l’Union mixte des travailleurs miniers de Huanuni (SMTMH) occupe une place centrale.

20/05/2026

BOLIVIE : LA GRÈVE GÉNÉRALE ILLIMITÉE POUR FAIRE TOMBER LE GOUVERNEMENT GÉNÈRE UNE AUTO-ORGANISATION DE BASE POUR LA SUITE A LA CHUTE DU POUVOIR

Malgré la répression et les tentatives de division du mouvement en cédant un peu le mouvement ne cesse de croître.

Le mouvement de grève générale dure maintenant depuis plus de 15 jours. Après les tentatives du gouvernement de le réprimer par la violence autour du 16 mai, qui a fait quatre morts, mais surtout élargi et radicalisé encore plus la lutte, avec notamment l’arrivée conjointe à La Paz de la marche paysanne et la descente sur la capitale, de foules d’ouvriers de la banlieue ouvrière de 800 000 habitants d’El Alto, le pouvoir de R. Paz a changé de tactique (bien que plusieurs secteurs politiques bourgeois appellent à l’intervention de l’armée et souhaitent décréter l’état de siège) et tente d’une part de diviser le front des luttes et d’autre part de lui donner une direction qui lui convient mieux, celle de l’ancien président Evo Morales, en le criminalisant, même si celui-ci dit qu’il n’a rien à voir dans ce soulèvement et tente plutôt de calmer les choses.

Pour tenter de diviser, le pouvoir a promis aux transporteurs de les indemniser pour les dommages causés aux moteurs de leurs véhicules par le gasoil frelaté et aux paysans d’abroger la loi 1.720 qui a dévasté la petite propriété agraire (mais prépare une autre loi similaire). Le ministère du Travail a conclu un « accord » avec la Confédération des enseignants – secteur professionnel où la lutte est la plus avancée et la plus organisée- par lequel il a accordé une prime annuelle de 2.400 pesos boliviens et des promesses de « participation » de ses dirigeants dans la préparation d’une nouvelle loi éducative en échange de la levée des mobilisations et des grèves. Mais le principal syndicat enseignant l’Union Urbaine des Maîtres n’a pas approuvé cet accord et une importante assemblée de l’Union Rurale l’a rejeté avec fermeté. Il s’agit en effet d’une « augmentation » ridicule de moins de 2% par rapport à l’augmentation de 20% que les enseignants – et tous les salariés – revendiquent.

En fait, ces tentatives de division ont plutôt l’effet pour le moment de renforcer la lutte en montrant par ces concessions que le gouvernement est faible et recule.

Alors, pour le moment, le bâton et la carotte ont échoué.

Et le mouvement s’amplifie toujours, se radicalise et surtout construit ses propres organes d’auto-organisation.

Le long d’El Alto, de Senkata, de Ventilla, de Puente Vela, de Puente Bolivie et de différents points de blocage se développent, de multiples assemblées, réunions et des espaces de discussion et décision sur des bases de quartier, d’écoles, d’usines, de communautés paysannes comme autant d’organes populaires pour se battre jusqu’à la victoire, casser le plan d’austérité, virer le gouvernement et organiser l’après effondrement du pouvoir..

Dans un compte rendu du Daily Left de la ville de Cochabamba, il est rapporté que « les blocages sont maintenus en plusieurs points à Huayllani, San Isidro, Aguirre, Colomi. D’autre part, aujourd’hui les OTB (Organisations de base territoriales) de Quillacollo ont décidé de se joindre aux blocages pour éviter que la province de Cercado continue de faire marcher les transports, avec donc plusieurs points de blocus et d’auto-organisation au sein même de cette province de 240 000 habitants avec Cochabamba comme capitale. Il est également important de noter que l’ancienne route vers Santa Cruz est bloquée par des collectifs de blocage dans plusieurs sections les plus grandes de Tiraque, y compris des tronçons interprovinciaux comme à Vacas. »

Il est apparu des centaines de points de blocage, qui servent comme autant de points d’auto-organisation, comme on a pu le vivre en France avec les Gilets Jaunes, mais aussi des mobilisations qui sont de plus en plus courageuses et radicalisées, qui cherchent, de manière croissante, à unifier et à coordonner leurs actions de lutte.

Il y a des centaines de formes d’auto-organisations sorties des blocages, mais aussi celles appelées par des directions syndicales de base ou des associations de quartier, qui nourrissent les points de blocus, s’y retrouvent et y discutent de la façon de se défendre, et de quoi construire après la possible chute du gouvernement Paz.

Tous, ils ne se reconnaissent pas dans leurs directions nationales syndicales ou politiques tièdes – qui les ont trompé dans un mouvement semblable en décembre 2025/janvier 2026 où elles avaient appelé à rentrer chez soi après que le gouvernement avait fait la promesse de répondre à toute les revendications mais n’avait pas tenu ses promesses – et du coup construisent de nouveaux instruments de lutte à travers les comités de blocus, qui cherchent à se coordonner avec toutes sortes d’autres comités de mobilisation de base qui contribuent à émerger un peu partout.

Symptôme important de cette évolution, dans la ville/banlieue ouvrière d’El Alto sur les hauts de La Paz, qui a souvent joué un rôle central dans les mobilisations ouvrières en Bolivie, commence encore très embryonnairement, mais aussi à son tour, à émerger ce type d’auto-organisation.

Depuis 1952, les mobilisations ouvrières et populaires en Bolivie ont joué un rôle central d’entraînement dans tous les pays d’Amérique latine. Et les mobilisations actuelles en Bolivie ont déjà des échos en Argentine et au Chili, renforçant les mobilisations dans ces pays.

Aussi, craignant cela, le gouvernement de Milei – avec le soutien de Trump -a envoyé deux avions Hercules avec une prétendue « aide humanitaire » pour briser le blocus que les gens mobilisés avec la grève générale sur La Paz ont mené. Et Milei a dirigé une déclaration « humanitaire » et « démocratique », signée par huit pays (Argentine, Chili, Costa Rica, Équateur, Guatemala, Panama, Paraguay et Pérou), en soutien au gouvernement de la faim et au répresseur de Rodrigo Paz.

Mais, ce faisant, tous les peuples d’Amérique du sud suivant de près et appuyant ces mobilisations boliviennes, Milei va peut-être étendre un peu plus rapidement la mobilisation bolivienne au reste de l’Amérique du sud et de l’Amérique centrale, et peut-être aussi à la mobilisation des latinos des USA, issus de ces pays, déjà pas mal mobilisés contre Trump et qui regardent ce qui se passe en Bolivie.

19/05/2026

BOLIVIE : LA GRÈVE GÉNÉRALE ILLIMITÉE CONTINUE POUR FAIRE TOMBER LE GOUVERNEMENT REACTIONNAIRE DES GRANDS PATRONS

Cela fait déjà 15 jours qu’a commencé la grève générale illimitée et le blocage des routes par les ouvriers, paysans et peuples autochtones pour faire tomber le gouvernement réactionnaire de Rodrigo Paz au service des grands patrons.

Ces derniers jours autour du 16 mai, le gouvernement a essayé pour tenter de casser le mouvement, une vague de répression violente qui a fait plusieurs morts, avec l’aide militaire semble-t-il de l’Argentine de Milei. Mais cette violence a fait au contraire grandir la colère et la mobilisation avec une marche massive appelée lundi 18 mai allant de la ville d’El Alto, banlieue ouvrière de 800 000 habitants, de La Paz, jusqu’au centre de la capitale où se trouve le centre du pouvoir politique, exigeant la démission du président. Celui-ci, Rodrigo Paz par peur de cette mobilisation, a renoncé ce 19 mai – pour le moment, car la situation évolue vite – a cette répression violente mais a lancé un mandat d’arrêt contre le dirigeant du syndicat ouvrier COB.

Vidéo ci-dessous de la marche du 18 mai d’El Alto sur La Paz qui donne une idée de l’ampleur de la mobilisation

https://www.facebook.com/reel/1888813665138208

18/05/2026

BOLIVIE : GRÈVE GÉNÉRALE ILLIMITÉE ET BARRAGES ROUTIERS JUSQU’À LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DE LA RÉACTION ET DES PATRONS

Depuis début mai, c’est une explosion de luttes tous azimuts en Bolivie avec de multiples appels à la grève générale d’ouvriers, de paysans, d’enseignants, d’associations de quartier, de peuples autochtones qui sont descendus dans la rue pour protester contre les coupes budgétaires dans la santé et l’éducation, contre les expropriations et pour réclamer des augmentations de salaire indexées sur l’inflation.

Mais ce qui a commencé comme un rejet de la loi 1720 (« vol des terres paysannes au profit des grands capitalistes») et de la crise de la hausse du carburant, est devenu aujourd’hui une mobilisation nationale avec des exigences économiques, territoriales et politiques à caractère insurrectionnel.

Avec la violente répression militaire et policière brutale du gouvernement le 16 mai qui a fait quatre morts, de nombreux blessés et entraînés une centaine d’arrestation, la lutte a encore changé de niveau.

Les marches et les blocages de tous les secteurs professionnels dans tout le pays se sont multipliés avec une marche de 28 jours des Communautés autochtones jusqu’à La Paz, plus de 70 points de blocage actuellement dans tout le pays et à El Alto, la banlieue ouvrière de La Paz, l’unité entre ouvriers, paysans et voisins qui a fait reculer la répression policière et militaire. Et puis surtout de toutes ces mobilisation résonne maintenant le cri commun : « À bas Paz !» ( nom du président de droite actuel), et à juste titre.

En six mois, le gouvernement Paz et les patrons ont dévoilé leur véritable plan : déposséder les paysans et les indigènes de leurs terres, piller les ressources naturelles, couper dans les budgets publics, privatiser les entreprises publiques, endetter le pays, tout en baissant les impôts des grandes entreprises.

Peu à peu, s’est ainsi installé de fait un mouvement de grève générale illimitée pour faire tomber le gouvernement. La pression de la base est telle qu’elle contraint les syndicats comme la COB à s’associer et à exiger la chute du gouvernement par la grève générale.

Toute la difficulté, contre les manœuvres politiciennes qui ne vont pas manquer, est aujourd’hui pas seulement de virer Paz pour le remplacer par un de ses semblables, mais d’arriver à un véritable gouvernement des travailleurs et des communautés, que pose la mobilisation des travailleurs dans la situation, en s’appuyant sur les multiples formes d’auto-organisation qui ont surgi, en en faisant surgir d’autres en amplifiant encore la grève générale illimitée et en coordonnant toutes ces formes d’auto-organisation, pour construire une démocratie fondée sur le pouvoir des travailleurs dans la gestion des usines, des mines, de l’agroalimentaire et des banques et du pays avec des terres soient gérées collectivement par les communautés autochtones et paysannes et les grandes entreprises nationalisées sous contrôle ouvrier et populaire.

 

10/05/2026

BOLIVIE : GRÈVE GÉNÉRALE ILLIMITÉE POUR FAIRE TOMBER LE GOUVERNEMENT DE DROITE

En Bolivie, les syndicats de mineurs et de paysans appuyés par les peuples autochtones ont entamé une grève illimitée et exigent la démission du président Rodrigo Paz. Ils protestent contre une nouvelle loi qui porte atteinte aux droits fonciers des paysans et des populations autochtones.

Après avoir marché pendant plus de vingt jours depuis les tropiques jusqu’aux terres glacées de haute altitude, souvent chaussés de simples sandales en plastique, des travailleurs agricoles avec de nombreuses femmes et des représentants des peuples autochtones sont arrivés cette semaine à La Paz, la capitale, pour défendre leurs territoires. Lundi, elles ont été accueillies par le syndicat des mineurs, la Fédération syndicale des travailleurs mineurs de Bolivie (FSTMB), et des représentantes des hauts plateaux de la Confédération syndicale unique des travailleurs paysans de Bolivie (CSUTCB), lors d’un rassemblement de solidarité enthousiaste. Les manifestantes viennent des territoires amazoniens du nord, de Beni et de Pando, et protestent contre la nouvelle loi 1720, qui transformera les droits fonciers en Bolivie et pourrait sonner le glas du modèle plurinational de répartition des terres garantissant les propriétés foncières des populations autochtones et paysannes.

Lors d’une réunion publique à La Paz cette semaine, Oscar Cardozo, représentant des manifestants et dirigeant syndical paysan, a déclaré : « Notre vie est collective, non individuelle. La terre doit être respectée ; elle n’est pas à vendre. »

Parallèlement, le mécontentement social s’intensifie en Bolivie. Des blocages routiers paralysent le pays, les mouvements sociaux protestant contre la loi 1720. Les transports entrent en grève illimitée à partir du 6 mai. La Centrale ouvrière bolivienne (COB) et la CSUTCB ont décrété cette semaine une grève illimitée jusqu’à la démission du président Rodrigo Paz. Mercredi, des représentants de dix organisations faîtières du pays ont signé un « Accord d’unité et de loyauté » interinstitutionnel affirmant leur volonté de renverser le gouvernement.

Dès le début de son mandat, Paz a privilégié l’alliance avec l’agro-industrie, négligeant les populations qui avaient soutenu son ascension à la présidence. Dans cette optique de capitulation, le gouvernement a adopté la loi 1720.

La loi 1720 s’inscrit dans une tendance de longue date en Bolivie à l’aggravation des inégalités foncières au profit de l’agro-industrie à grande échelle. Censée bénéficier aux petits exploitants agricoles en leur permettant de transformer leurs petites exploitations en entreprises de « taille moyenne » et ainsi d’obtenir des prêts hypothécaires, la loi 1720 crée en réalité un précédent qui ouvre la voie à l’empiètement des intérêts des entreprises sur les territoires et les communautés. Cette loi souligne l’aggravation des inégalités foncières en Bolivie, qui poussent les communautés autochtones au bord du gouffre. De nombreux grands propriétaires terriens de l’est du pays ont reçu d’importants titres de propriété foncière en guise de faveurs politiques, à l’instar de l’oligarque Branko Marinković, qui s’est vu attribuer trente-trois mille hectares de terres sous la dictature éphémère de Jeanine Áñez en 2020. Marinković, sénateur du département de Santa Cruz, est l’un des instigateurs de la loi. Les petites exploitations agricoles de subsistance sont le fondement de la vie des populations autochtones et paysannes en Bolivie rurale. Elles nourrissent les communautés locales et cultivent la terre de manière plus respectueuse de l’environnement que l’agriculture à grande échelle, qui recourt massivement aux pesticides et à la monoculture. De plus, comme l’a souligné le leader paysan Oscar Cardozo, les petites exploitations sont intimement liées à la vision du cosmos et au mode de vie des populations autochtones, où le monde naturel et les cycles agricoles occupent une place prépondérante.

Les mouvements indigènes se mobilisent également, car ils craignent que la prochaine étape ne soit la dissolution des Tierras Comunitarias de Origen (TCO), terres collectives indigènes, qui sont détenues collectivement et ne peuvent être individualisées. Ils s’inquiètent de la remise en cause de l’ensemble du cadre plurinational de la gestion foncière bolivienne. En 1953, dans le cadre de la Révolution nationale bolivienne menée par les paysans et les ouvriers, le gouvernement révolutionnaire a mis en œuvre une réforme agraire qui a dissous les haciendas des hauts plateaux, où prédominaient des relations sociales quasi féodales, et redistribué les terres aux paysans autochtones. Cependant, au cours de la fin du XXe siècle, les inégalités foncières dans l’est du pays se sont intensifiées, les grands propriétaires terriens accumulant de vastes propriétés sous les dictatures des années 1960 et 1970. En 2006, sous Evo Morales, une autre réforme agraire majeure a été adoptée, visant à redistribuer les terres des grands propriétaires aux paysans autochtones, afin de stimuler une utilisation « productive » des terres par les petits exploitants et de leur accorder des titres de propriété légaux. La priorité de l’État plurinational était donc de transférer le pouvoir des oligarques vers les populations autochtones.

La marche de cette semaine était un spectacle inhabituel en Bolivie, car elle représente une impressionnante démonstration de force des mouvements sociaux des plaines et de l’Amazonie. Historiquement, les hauts plateaux boliviens ont été le berceau des mouvements de résistance paysanne les plus visibles, avec une longue histoire de mobilisation des mineurs et des paysans et des mouvements sociaux très organisés.

Cependant, en 1990, la célèbre Marche pour le Territoire et la Dignité, organisée par les groupes indigènes des plaines, a propulsé les peuples autochtones d’Amazonie sur le devant de la scène et contraint le gouvernement à introduire de nouvelles réformes agraires.

Ces dernières années, les mouvements sociaux boliviens ont été paralysés par de violents conflits internes, un processus qui a débuté à la fin du Mouvement vers le socialisme (MAS), lorsque des dynamiques de cooptation et de clientélisme se sont installées. Des mouvements comme la CSUTCB sont de facto divisés en deux camps opposés, notamment entre les factions fidèles à l’ancien président Evo Morales et celles fidèles à l’ancien président Luis Arce. L’organisation indigène des hauts plateaux, le Conseil national des Ayllus et Markas de Qullasuyu (CONAMAQ), était remarquablement absente du rassemblement cette semaine, signe d’une désarticulation persistante des mouvements sociaux après la chute du MAS.

La CSUTCB a toujours été un bastion de la résistance, notamment contre la dictature de Jeanine Áñez en 2020. En janvier dernier, elle s’est alliée à la Centrale des travailleurs boliviens (COB), dominée par le syndicat des mineurs, la FTMSB, pour protester contre le décret néolibéral 5503. Ce décret aurait supprimé la subvention sur les carburants qui maintient artificiellement les prix de l’essence à un niveau bas ; il aurait également instauré un large éventail de mesures, comme autoriser la banque centrale à approuver des programmes financiers potentiellement risqués et mettre en place une procédure accélérée d’approbation des projets extractifs par des entreprises étrangères, sans autorisation législative. L’impressionnante mobilisation, qui a contraint le gouvernement à céder, a amené beaucoup à se demander si les mouvements sociaux n’entraient pas dans une nouvelle phase de réajustement et de restructuration après le MAS. Cette récente mobilisation des mouvements indigènes et paysans des plaines suggère en outre l’émergence de nouvelles formes de résistance.

Pour ne rien arranger aux difficultés du président Paz, la Bolivie est en proie à une crise du diesel qui perdure. Les syndicats des transports ont multiplié les blocages et les grèves en raison de la mauvaise qualité du diesel, qui endommage les véhicules. Le gouvernement n’a pas réussi à garantir l’approvisionnement en diesel, notamment à cause de l’absence de réserves de change, ce qui renchérit les importations.

La CSUTCB et la COB réclament la démission de Paz. Les manifestants amazoniens ont défilé pour la vie, la dignité et la protection juridique de leurs territoires ancestraux. En unissant leurs forces à celles d’autres mouvements sociaux influents, il semble que les forces progressistes en Bolivie soient une fois de plus en mesure de contraindre la droite à reculer.

(Extraits traduits de Jacobin)

Posted in solidarité internationaleTagged auto-organisation, bolivie, grève, lutte autochtone

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