Publié le 07/04/2026 sur Nantes Indymedia, le 30 mars 2026 sur Athens Indymedia.
Il a finalement fallu 512 jours pour que les autorités compétentes décident qu’il était temps de juger notre affaire, l’affaire d’Ampelokipoi. À peine un souffle avant l’expiration du délai de 18 mois¹. Non pas parce que l’instruction était réellement interminable, ni parce que de nouveaux éléments apparaissaient sans cesse entre-temps. Dès le tout début, les faits étaient à peu près les mêmes. Le choix de fixer la date du procès à la dernière minute n’était toutefois ni fortuit ni procédural. Il s’agissait d’un choix purement politique, d’une manœuvre délibérée visant à faire passer la procédure en urgence et à obtenir, avec autant de rapidité, la décision souhaitée. Néanmoins, dans ce dernier texte que je rédige avant le procès, je ne m’attarderai pas en détail sur les pratiques et les manœuvres auxquelles recourent les autorités judiciaires à notre encontre. Celles-ci sont déjà connues de quiconque souhaite s’en informer. Mon objectif est de replacer les choses dans leur juste perspective, contre la version fabriquée de toutes pièces que la brigade antiterroriste a d’abord tenté d’imposer, puis l’instruction et les procureurs. C’est pourquoi je veux et je dois parler de ce qui s’est déjà passé et de ce qui va suivre.
Dans deux jours, je comparaîtrai devant ce tribunal, car il y a un an et demi, j’ai prêté les clés d’un appartement à mes ami⸱e⸱s et compagnon⸱nes, Kyriakos et Marianna, afin qu’iels puissent accueillir des connaissances.
Je me retrouverai devant ce tribunal, accusée de terrorisme, avec des chefs d’accusation d’appartenance et de participation à une organisation inconnue, à la structure inconnue, aux rôles inconnus, à la durée inconnue, ainsi que de fabrication, acquisition et détention de matières explosives et d’armes. Un acte d’accusation rédigé en une nuit, s’appuyant sur des éléments inconsistants, qui, deux mois avant le procès, a commencé à s’effondrer avec le retrait des accusations relatives à cette explosion et à ces dégradations.
Ou, pour être plus précis, les seuls « éléments » sur lesquels s’est appuyée l’antiterroriste pour monter ce dossier d’accusation étaient la criminalisation d’actes quotidiens, la criminalisation des convictions politiques et la criminalisation des relations amicales et entre compagnon⸱nes.
Rien de plus, rien de moins.
Ainsi, notre affaire n’a pas seulement un passé qui remonte déjà à un an et demi, mais aussi un avenir. Un avenir indissociable de la lutte.
C’est pourquoi, dans deux jours, je me présenterai devant ce tribunal pour mener mon propre combat, en défendant mon identité anarchiste, la lutte révolutionnaire radicale, mes relations avec mes ami⸱e⸱s et mes compagnon⸱nes, et surtout la mémoire de mon compagnon, Kyriakos Xymitiris.
Je me présenterai devant ce tribunal pour me battre jusqu’au bout pour ma liberté — une liberté que je ne leur céderai pas, pas même un jour de plus que les 512 qu’ils m’ont déjà enlevés. Et si l’on accorde une couverture institutionnelle à l’antiterroriste pour qu’elle puisse fabriquer des accusations de cette manière, alors la responsabilité de ma éventuelle condamnation pour une accusation que je nie incombera à la composition actuelle de la cour.
Cela concerne également toutes celles et tous ceux qui ressentent que derrière les barreaux, il n’y a pas seulement des prisonnier·e·s, mais aussi une partie d’elleux-mêmes ; celles et ceux qui restent présent⸱e⸱s sur tous les fronts de la lutte radicale. Car c’est aussi à elles et eux qu’il revient d’ériger un rempart, de ne pas laisser l’injustice devenir loi.
Malgré tout, dans deux jours, je me retrouverai devant ce tribunal, qui revêt une importance bien plus grande que celle des accusations et des qualifications juridiques. Car au cœur de cette procédure, il y a aussi une perte. Il y a la mémoire de notre ami et compagnon, Kyriakos Xymitiris, une mémoire qui ne tient dans aucun dossier judiciaire. C’est précisément pour cette raison que ce tribunal a une importance qui dépasse les limites d’un procès ordinaire. C’est pourquoi les enjeux de cette procédure sont plus importants qu’il n’y paraît. Car dans ces salles, je ne défendrai pas seulement ma propre personne, mais Kyriakos lui-même. Je parlerai de mon ami et compagnon selon mes propres termes, non pas avec le langage du pouvoir, ni à travers les filtres du dossier judiciaire, mais à travers la vie qu’il a menée, les combats qu’il a livrés et ce qu’il a choisi de défendre tout au long de sa vie, en y consacrant toute son existence. Son absence est en même temps une présence profonde et intense ; car il existe des gens comme Kyriakos qui, même lorsqu’ils ne sont plus là, continuent d’éclairer le chemin et de montrer, par leur vie même, pourquoi vaut la peine de se tenir debout.
Ainsi, mon ami et compagnon Kyriakos Xymitiris sera là, dans cette boule dans ma gorge, dans la force que je trouve pour ne pas céder, dans le besoin de garder vivants tout ce que nous avons partagé et tout ce qu’il a défendu. Il sera avec moi, à mes côtés, comme une main sur mon épaule, comme un souffle qui me rappelle que rien n’est fini et que la lutte continue.
KYRIAKOS XYMITIRIS PRÉSENT
HONNEUR POUR TOUJOURS À LA COMPAGNONNE ANARCHISTE SARA ARDIZZONE ET AU COMPAGNON ANARCHISTE ALESSANDRO MERCOGLIANO
Dimitra Zarafeta
Prison pour femmes, Korydallos, 30 mars 2026
¹NDLT : La loi grecque prévoit 18 mois de détention provisoire pour des accusé⸱e⸱s d’actes criminels