Initialement publié sur Contre Attaque le 13/06/2026
Cette nuit entre 3h et 4h du matin, des militantes et militants se sont introduit·es sur le site de l’entreprise haute-savoyarde Nicomatic puis se sont fait·es violemment interpeller par la police. Il y a deux semaines, une action de sensibilisation avait déjà été menée contre cette même entreprise sur le site Nicomatic de Saint-Cergues, pour dénoncer les agissements du sous-traitant.
Cette action avait été menée dans le cadre de la coalition d’organisations « Guerre à la Guerre » et plus particulièrement dans le cadre de la campagne « Guerre à Thalès » débutée en janvier 2026, pour interpeller les salarié·es de l’armement.
Bien moins visibles mais tout aussi coupables, il existe en France, de nombreuses entreprises qui travaillent main dans la main avec le fabricant d’armes Thalès. La société Nicomatic en fait partie. Elle s’inscrit dans une galaxie d’entreprises (AR-Electronics, Exxelia, Radiall, Lynred NIT, etc.) qui se rendent complices de la guerre en fournissant des composants, même les plus insignifiants, indispensables pour tuer.
De Thalès on connaît le nom. Mais qui soupçonnerait cette petite entreprise “familiale” installée au pied des montagnes ? Et pourtant, Nicomatic est une multinationale française fabricante de composants de matériel électronique vendus dans le monde entier. Électroménager, industrie, aérospatial… c’est surtout dans le secteur de l’armement que Nicomatic puise ses profits. En 2025, son chiffre d’affaires s’élevait à 150 millions d’euros…Un joli butin généré grâce à la mort de millions de civils.
Yermak-McFaul (groupe d’expert·es indépendant·es travaillant sur la mise en œuvre de sanctions contre la Russie et la Biélorussie en réponse à l’invasion russe de l’Ukraine), après avoir analysé près de 3000 composants retrouvés sur des armes russes (missiles, drones, véhicules blindés, tanks, hélicoptères…), confirme avoir retrouvé à l’intérieur des connecteurs Nicomatic.
En 2024, une enquête RTL révèle que Nicomatic a continué de vendre des composants critiques à Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Une affaire qui rapporte puisqu’elle a permis à l’entreprise haute-savoyarde de doubler son chiffre d’affaires entre 2022 et 2024… Dans un cynisme absolu, le complexe militaro-industriel français, y compris de petites entreprises comme Nicomatic, arme tous les belligérants.
L’action organisée la nuit dernière s’est donc soldée par des arrestations. Un témoin de la scène raconte : « Il y a eu des violences policières, certains ont été plutôt épargnés mais une des personnes à quand même pris un coup de genou alors qu’elle était déjà menottée ».
Sous tension, on imagine qu’en plus d’un contexte de répression disproportionnée lié à l’imminence du sommet du G7 et à une récente action la visant, Nicomatic a renforcé sa sécurité.
Guerre à thales : une action pour interpeller les salarié·es du sous-traitant Nicomatic [sur Guerre à la Guerre]
Dans la nuit du 31 mai au 1er juin, des activistes antimilitaristes se sont introduit·es sur un site de Nicomatic, sous-traitant de Thales, pour une action de communication visant à mettre en lumière auprès des salarié·es les activités de leur entreprise liées à l’armement.
Communiqué de presse
Une coalition contre la guerre
Nous, Guerre à la guerre, sommes une coalition d’organisations qui s’est formée autour de la nécessité de construire un antimilitarisme populaire capable à la fois de lutter pour faire cesser les massacres impérialistes partout dans le monde, et de résister à la militarisation de nos existences ici, en France.
En janvier 2026, nous avons lancé une campagne d’action au long cours contre le fabricant d’armes français Thales et ses sous-traitants.
Pourquoi dénoncer l’entreprise Nicomatic ?
Si la société ciblée est Nicomatic, notamment située à Bons-en-Chablais et à Saint-Cergues, c’est parce qu’en tant que sous-traitante de Thales, elle s’inscrit dans une galaxie d’entreprises (AR Electronics, Exxelia, Radiall, Lynred NIT, etc.) qui se rendent complices de la guerre en fournissant des composants, même les plus insignifiants, indispensables pour la faire. Indispensables pour tuer.
De Thales ou Safran on connaît le nom. Mais qui soupçonnerait cette petite entreprise “familiale” installée au pied des montagnes ? Et pourtant, Nicomatic c’est une multinationale française fabriquante de composants de matériel électronique vendus dans le monde entier. Electroménager, industrie, aérospatial… c’est surtout dans le secteur de l’armement que Nicomatic puise ses profits. En 2025, son chiffre d’affaires s’élevait à 150 millions d’euros…Un joli butin généré grâce à la mort de millions de civils.
Nicomatic, profiteurs de guerre
Yermak-McFaul (groupe d’experts indépendant.es travaillant sur la mise en oeuvre de sanctions contre la Russie et Biélorussie en réponse à l’invasion russe de l’Ukraine), après avoir analysé près de 3000 composants retrouvés sur des armes russes (missiles, drones, véhicules blindés, tanks, hélicoptères…), confirme avoir retrouvé à l’intérieur des connecteurs Nicomatic.
En 2024, une enquête RTL révèle que Nicomatic a continué de vendre des composants critiques à Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Une affaire qui rapporte puisqu’elle a permis à l’entreprise haute-savoyarde de doubler son chiffre d’affaires entre 2022 et 2024…
Si l’entreprise se défend en jouant la carte du manque de vigilance quant au choix de ses clients, d’après Olena Bilousova, experte au groupe Yermak-McFaul, “Nicomatic ne fait pas du commerce directement avec la Russie mais de manière indirecte, c’est-à-dire que certaines de ses filiales et distributeurs à l’étranger s’en chargent”. Le comble de la mauvaise foi quand on sait l’argent qu’ils se sont fait avec.
En France, vendre des composants critiques à l’armée de Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine est passible d’au moins 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amendes. A quand un jugement? A quand une condamnation?
Une vidéo pour interpeller
C’est pourquoi, dans la nuit du 31 mai au 1er juin, une douzaine d’activistes antimilitaristes se sont introduit·es sur le site de Nicomatic à Saint-Cergues (74), pour une simple action de communication (stickers, flyers, tags) visant à mettre en lumière les activités liées à l’armement de leur entreprise.
Cette action aborde le sujet avec un angle plutôt original pour dénoncer les agissements du sous-traitant : celle d’interpeller ses employé·es.
Stickers et flyers laissés sur place contiennent un QR code qui renvoie vers une vidéo leur étant adressée. Inspiré du manuel de sabotage en entreprise de la CIA, on y entend une invitation à ralentir voire saboter les activités de leur entreprise, et prendre du recul sur les heures de leurs vies dédiées à soutenir une industrie qui ne sauve pas, mais tue.
À la fin de la vidéo, une question leur est posée : « La Guerre commence ici. Avec… ou sans vous ? »
Le témoignage d’Abeline
Abeline*, témoigne : « Il y a quelques mois, j’ai postulé et ai été recrutée pour travailler dans une entreprise de conseil internationale. Mon objectif, en tant que conseillère en gestion des Ressources Humaines, c’est d’accompagner des projets « humains » qui ont du sens, de faciliter les échanges et la réorganisation de certaines entités.
Malheureusement, au fur et à mesure, j’ai découvert une partie cachée de l’iceberg : l’entreprise dans laquelle j’évolue collabore, et je ne choisis pas ce mot au hasard, avec des entreprises qui, comme Nicomatic, sont parties prenantes de la guerre. Si on met ça en d’autres mots : je suis donc payée à aider des entreprises qui se font de l’argent en participant à tuer d’autres êtres vivants. Ça a été dur pour moi de me l’avouer. Etant Savoyarde, la réalité économique de la région me rattrape et je n’ai pour l’instant pas d’alternative économique viable à cet emploi. Alors ma réponse, c’est que j’interpelle autour de moi. Lorsque j’ai entendu parler de cette initiative de Guerre à la guerre, j’avais besoin de faire ma part pour soigner cette dissonance cognitive que je porte au quotidien. Aujourd’hui, sans me considérer comme « activiste », j’arrive à en parler autour de moi et plusieurs collègues se retrouvent dans mon discours. Ensemble, on nourrit l’idée qu’à force d’en parler en interne, on sera assez nombreuses et nombreux pour jouer le rapport de force et interpeller nos directions. »
Refuser la guerre
Depuis le début du génocide à Gaza, des mouvements de contestation de tous horizons se sont formés et ont pris de l’ampleur, révélant qu’une bonne partie de la population ne pouvait plus accepter la complicité active de la France dans les atrocités qui se déroulent en Palestine et partout dans le monde.
Nous appelons les salarié·es des entreprises de l’écosytème de Thales à rejoindre ces initiatives pour refuser la marche vers la guerre dans laquelle on nous entraîne et à lutter contre un système qui va à l’encontre de leurs valeurs.

