Publié par Samidoun le 17/01/2026
Dans une affaire qui établit un précédent extrêmement dangereux en matière de répression judiciaire des Palestiniens et des militant·e·s pro-Palestine en Europe, le tribunal de L’Aquila, en Italie, a condamné Anan Yaeesh à 5 ans et 6 mois de prison pour « association de malfaiteurs à des fins terroristes ». Lors de la même audience, Ali Irar et Mansour Doghmosh ont été acquittés. Tous trois étaient accusés de liens avec les Groupes d’intervention rapide de Tulkarem des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, un groupe de résistance actif en Cisjordanie, en Palestine occupée.
Cette condamnation constitue une nouvelle illustration de la coopération institutionnelle des pays européens avec l’entité sioniste, de la persécution incessante de la résistance palestinienne et du mépris pour le droit légal et moral du peuple palestinien à résister et à lutter pour sa libération du colonialisme et de l’occupation.
Au moment de la lecture de la peine d’Anan Yaeesh, la salle d’audience, remplie de militant·e·s solidaires de la Palestine, était saturée de cris de « honte, honte ! ». Si l’acquittement d’Ali et de Mansour a été salué, l’iniquité flagrante de la peine infligée à Anan a mis en évidence la criminalisation de la résistance légale et légitime du peuple palestinien. Anan Yaeesh était accusé, et a fièrement revendiqué, sa participation à la résistance en Cisjordanie, territoire reconnu comme occupé par le droit international et dont la population a le droit de mener une lutte armée pour sa libération.
Les peines prononcées sont toutefois nettement inférieures aux réquisitions du parquet, qui avait requis 12 ans de prison pour Anan Yaeesh, 9 ans pour Ali Irar et 7 ans pour Mansour Doghmosh. Anan, qui a annoncé qu’il ferait appel, est détenu depuis janvier 2024. Incarcéré à la prison de Melfi, il n’a pu assister à l’audience finale que par visioconférence.
En Italie, un mouvement de solidarité de plus en plus large s’est mobilisé en soutien aux accusés, les considérant non comme de simples individus jugés, mais comme des membres à part entière de la lutte mondiale pour la libération de la Palestine. De nombreuses organisations, dont Giovani Palestinesi Italia, le Comité Free Anan, ainsi que divers partis politiques de gauche, organisations de la communauté palestinienne, collectifs étudiants et mouvements de solidarité, ont rejoint la campagne de soutien aux trois hommes.
À l’extérieur du tribunal, l’annonce du verdict a suscité une indignation encore plus grande, les soutiens manifestant avec colère contre la condamnation d’Anan. L’entité sioniste, qui avait tenté d’obtenir l’extradition d’Anan Yaeesh en 2024 avant de se voir opposer un refus, a clairement influencé la décision finale par l’intermédiaire de son ambassade. Avant l’audience, la défense avait en effet averti que des documents issus du renseignement militaire israélien étaient utilisés comme éléments de preuve. En réalité, les charges italiennes retenues contre Yaeesh n’étaient qu’une reformulation des accusations sionistes avancées pour justifier sa demande d’extradition.
À la sortie du tribunal, l’avocat de la défense, Rossi Albertini, a déclaré :
« Ce procès aurait dû établir si l’on avait affaire à du terrorisme ou à une résistance légitime à l’occupation, en appliquant le droit international humanitaire, mais cette étape a été totalement contournée. »
L’un des aspects les plus graves du procès a été l’exclusion, dès le départ, de tous les témoins de la défense, experts en droit international humanitaire et en situation d’occupation, qui auraient clairement affirmé que la résistance à l’occupation et à la colonisation étrangères est un droit fondamental. Seuls les témoins de l’accusation, principalement des agents de la DIGOS (unité spéciale de la police italienne), ont été autorisés à témoigner. Plus inquiétant encore, le tribunal a tenté d’utiliser des procès-verbaux d’interrogatoires de prisonniers palestiniens détenus dans des prisons « israéliennes ».
« Il s’agit de déclarations faites sans avocat après des interrogatoires du Shin Bet, où la torture est systématique. Leur utilisation dans un procès est juridiquement et moralement inacceptable », a souligné Albertini.
Le tribunal a en outre admis le témoignage d’un représentant de l’ambassade israélienne.
« C’est extrêmement grave, a déclaré Rossi Albertini, de reconnaître l’État occupant comme source fiable alors même que la Cour internationale de justice a déclaré l’occupation illégale et ordonné le démantèlement des colonies. »
Cette affaire démontre non seulement l’alignement institutionnel du tribunal sur l’occupation sioniste, mais aussi sa volonté de laisser un État génocidaire imposer son agenda répressif à travers l’appareil judiciaire européen.
Anan Yaeesh et ses avocats ont déjà annoncé qu’ils feraient appel du verdict. À travers cette affaire, ils défendent non seulement Anan, mais aussi le droit du peuple palestinien à résister à l’occupation, un enjeu crucial au moment même où les puissances impérialistes, menées par les États-Unis et incluant l’Italie, tentent d’imposer le « désarmement » de la résistance palestinienne.
Cette affaire n’est pas isolée. L’État italien emprisonne également sept Palestiniens, Mohammad Hannoun, président de l’Associazione dei Palestinesi in Italia, Raed Dawoud, Yasser Elasaly, Raed al-Salahat, Reyad Albustanji, Khalil Abu Deiah et Adel Abu Rawwa, qu’il accuse de « financement du Hamas » pour avoir collecté des millions d’euros en soutien au peuple palestinien. Comme dans le cas d’Anan Yaeesh, les poursuites contre ces sept militants, figures de premier plan de la communauté palestinienne et du mouvement de solidarité en Italie, reposent largement sur des accusations, des désignations et des informations de renseignement « israéliennes », notamment de prétendus documents saisis par les forces génocidaires à Gaza ainsi que des interrogatoires du Shin Bet. Ahmed Salem, réfugié palestinien du Liban, est lui aussi emprisonné en Italie depuis près d’un an après avoir demandé l’asile ; au lieu de bénéficier d’une protection, il est accusé de « propagande terroriste » pour des vidéos appelant à agir contre le génocide.
L’emprisonnement d’Anan Yaeesh, tout comme la persécution des 7 militants Palestiniens et d’Ahmed Salem, s’inscrit pleinement dans la complicité continue de l’Italie dans le génocide : il s’agit d’un acte direct visant à soutenir et encourager le génocide du peuple palestinien en niant la légitimité de sa résistance, en le privant d’aide et de soutien de sa diaspora, et en tentant d’effacer la quête de protection, de droits et de retour des réfugié·es palestinien·nes.
Le réseau international de solidarité avec les prisonnier·es palestinien·nes, Samidoun, félicite Ali Irar et Mansour Doghmosh pour leur acquittement, et appelle toutes et tous, en Italie comme à l’international, à poursuivre la campagne pour la libération d’Anan Yaeesh et de l’ensemble des prisonniers palestiniens détenus dans les prisons italiennes et autres geôles impérialistes, ainsi que la libération des prisonnier·es palestinien·nes enfermé·es dans les cachots de l’occupation. Aujourd’hui, 17 janvier à 15 heures, une manifestation aura lieu à Milan, Via Palestro, en solidarité avec la Palestine et avec tous·tes les prisonnier·es palestinien·nes dans les prisons italiennes et de l’occupation.
La lutte continue jusqu’à la libération d’Anan Yaeesh et de tous·tes les prisonnier·es politiques palestinien·nes en Italie (Mohammad, Raed, Raed, Yasser, Reyad, Khalil, Adel et Ahmad), en Palestine et à travers le monde — et jusqu’à la libération de la Palestine, de la mer au Jourdain !