Initialement publié sur l’instagram de Prisoners for Palestine et Free Umer Khalid. Pour les semaines précédentes de la grève de la faim, on peut relire les précédentes compilations ici puis là et puis ici et puis là et puis ici et là et ici et puis là et puis aussi ici et puis là et aussi ici.
Victoire des grévistes de la faim !
[traduction de Samidoun le 15/01/2026]
Hier soir, 3 des 4 prisonnier•es pour la Palestine en grève de la faim dans les prisons britannique ont stoppé leur grève après l’annonce de la perte d’un contrat de deux milliards de livres sterlings par Elbit Systems.
Désormais, seul un prisonnier continue la grève de la faim lancée le 2 novembre 2025, jour de la déclaration Balfour. Il s’agit de Muhammad Umer Khalid (Brize Norton 5) qui a repris sa grève de la faim le 9 janvier 2026 soit depuis 6 jours. Il avait arrêté sa première grève le 18 novembre 2025 après 14 jours de lutte après avoir développé des problèmes médicaux.
Umer a annoncé qu’il entamerait une grève de la soif, d’ici une dizaine de jours si il ne constate pas d’avancées suffisante sur les revendications collectives de la grève. La grève de la soif est extrêmement dangereuse, et synonyme de mort quasi certaine si elle dure plus de quelques jours. Il est incarcéré depuis le 3 juillet 2025.
Les trois prisonnier•es pour la Palestine ayant stoppé leur grève de la faim sont :
Heba Muraisi (Filton 24) incarcérée depuis novembre 2024, qui était en grève de la faim depuis le 3 novembre 2025 soit 73 jours ! Heba a stoppé sa grève après avoir atteint le nombre de jour après lequel Kieran Doherty est tombé en martyr dans les prisons coloniales britanniques lors de la grève de la faim des prisonniers républicains irlandais de 1981.
Kamran Ahmed (Filton 24), qui était en grève de la faim depuis le 10 novembre 2025 soit 66 jours. Il est incarcéré depuis novembre 2024. Il a stoppé sa grève après avoir atteint le nombre de jour après lequel Bobby Sands est tombé en martyr dans les prisons coloniales britanniques lors de la grève de la faim des prisonniers républicains irlandais de 1981.
Lewie Chiaramello (Brize Norton 5), qui était en grève de la faim tournante depuis le 24 novembre 2025 soit 53 jours. Il est incarcéré depuis le 3 juillet 2025.
Les 5 revendications de la grève sont :
1) Mettre fin à toute censure
2) Libération sous caution immédiate de tous•tes les prisonnier•es du mouvement de soutien à la Palestine,
3) Droit à un procès équitable,
4) Retrait de Palestine Action de la liste des organisations interdites,
5) Fermer les sites d’Elbit sur le sol britannique
Il est possible que cette grève soit relancée et continue avec la reprise du mouvement par d’autres prisonnier•es pour la Palestine. Nous devons absolument rester attentif•ves au développements outre manche et apporter une solidarité sans faille à nos camarades qui se lanceraient dans une deuxième phase de grève !
Soutien à Umer, prisonnier pour la Palestine en grève de la faim dans les prisons anglaises !
Victory for the Hunger Strikers !
Nous vous partageons ci dessous le dernier communiqué traduit en français, de Prisoners 4 Palestine, le 14/01/2026.
Après 73 jours d’une grève de la faim commencée le 2 novembre 2025, et alors que plusieurs prisonnier•es font face à une mort imminente, Heba Muraisi, Kamran Ahmed et Lewie Chiaramello ont mis fin à leurs grèves de la faim.
Cette décision intervient alors qu’il a été révélé qu’Elbit Systems UK s’était vu refuser un contrat vital de 2 milliards de livres sterling avec le ministère de la Défense britannique, une revendication clé des grévistes de la faim.
Le contrat, qui aurait permis à Elbit Systems de fournir une formation à l’armée britannique pendant dix ans, a été perdu malgré tous les efforts des fonctionnaires du ministère de la Défense et de l’armée britanniques. Il a été révélé qu’ils avaient passé des arrangements avec Elbit Systems UK et sa société mère, Elbit Systems, lors de réunions secrètes et de « visites » à Jérusalem, la capitale de la Palestine, dans une tentative désespérée de renforcer leur alliance génocidaire et de les aider à remporter le contrat.
L’annulation brutale de cet accord est une victoire retentissante pour les grévistes de la faim, qui ont résisté avec leurs corps, derrière les murs et les barreaux des prisons, afin d’afficher au grand jour le rôle d’Elbit Systems, le plus grand fabricant d’armes israélien, dans la colonisation et l’occupation de la Palestine. Depuis 2012, Elbit a remporté 25 contrats publics en Grande Bretagne pour un montant total de plus de 333 millions de livres sterling ; la perte de ce contrat de 2 milliards de livres sterling marque un tournant significatif dans cette sordide « alliance stratégique ». Avec cette victoire, il n’a jamais été aussi clair que les jours d’Elbit en Grande-Bretagne sont comptés.
En plus de la satisfaction de cette revendication clé, nous souhaitons profiter de cette occasion pour célébrer les différentes victoires remportées tout au long de la grève de la faim :
1) Au cours des dernières semaines seulement, des centaines de personnes se sont portées volontaires pour agir contre le complexe militaro-industriel génocidaire, soit plus que le nombre de personnes qui ont agi avec Palestine Action au cours de sa campagne de 5 ans et lors de laquelle des usines d’armement israéliennes en Grande Bretagne ont été fermées. Elbit Systems vit sur du temps volé – nous la verrons fermer définitivement, non pas grâce au gouvernement, mais grâce au peuple.
2) Le transfert d’Heba Muraisi à la prison de Bronzefield a été accepté par la prison de New Hall, où elle est actuellement détenue en isolement, loin de sa famille et de ses amis.
3) T. Hoxha s’est vu proposer une rencontre avec le chef de la JEXU (Unité conjointe de lutte contre d’extrémisme) de sa prison, la même organisation qui se charge du traitement des prisonnier•es dit•es « terroristes ».
4) Malgré la négligence médicale cruelle et constante subie par les grévistes de la faim, comme le refus d’ambulances en cas d’urgence vitale et les traitements dégradants à l’hôpital, les responsables nationaux des soins de santé en prison nous ont rencontrés à la demande du ministère de la Justice.
5) Pendant la grève de la faim, certain•es prisonnier•es ont commencé à recevoir des colis contenant leur courrier censuré et, dans un cas, ont reçu des excuses du personnel pénitentiaire pour une lettre retardée de 6 mois. Des livres sur Gaza et le féminisme ont également été distribués après des mois d’attente.
6) Dans le but d’obtenir un procès équitable, les grévistes de la faim ont exigé la divulgation des licences d’exportation des 5 dernières années d’Elbit Systems. Après des demandes répétées, ces informations ont été divulguées à un chercheur indépendant par le ministère du Commerce pendant la grève de la faim.
Le maintien en détention des grévistes de la faim restera une tache sur la façade de la Grande-Bretagne qui se présente comme un pays « démocratique’ doté d’un véritable « État de droit ».
Ce gouvernement britannique pathétique et lâche ne peut résister à l’autoritarisme ; il utilise la peur pour dissuader les manifestations et révoltes légitimes, faisant écho à l’utilisation de la détention administrative contre le peuple palestinien.
La grève de la faim a révélé ce fait dans le pays et dans le monde entier : la Grande-Bretagne détient des prisonnier•es politiques pour le compte d’un régime génocidaire étranger. À une époque où la répression politique s’aggrave et où la propagande se répand autour d’un « cessez-le-feu » inexistant à Gaza, la grève de la faim témoigne d’une résistance continue.
Les grévistes de la faim ont permis à ceux et celles d’entre nous qui craignaient la répression d’État d’être courageux•ses, de descendre à nouveau dans la rue et de lutter pour la justice. Le gouvernement devrait savoir qu’il ne peut pas interdire une idée. Interdire lâchement un groupe ne peut arrêter une conviction, un mouvement, un peuple. Ce n’est que le début de notre combat collectif pour notre libération commune et le chemin de notre liberté passe par la libération de la Palestine.
À la fin de sa grève de la faim, suite à la perte par Elbit du contrat de 2 milliards de livres sterling, Lewie a déclaré :
C’est définitivement un jour de fête. Un moment pour nous réjouir et accueillir notre joie de révolution et de libération… Nous faisons cela pour la palestine, parce qu’elle nous a inspirés, parce que nous avons été obligé d’agir et d’essayer de réaliser nos rêves d’une palestine libre, et d’un monde sans oppression.
Alors que nous célébrons ces victoires, nous concentrons nos efforts et notre attention sur Umer Khalid, le dernier gréviste de la faim, qui continue d’utiliser son corps comme une arme contre l’État dans sa quête de justice.
Situation des prisonnier.e.s au 20 janvier
Umer, jour 10 : Depuis la reprise de sa grève de la faim, Umer a témoigné avoir reçu des traitements plus durs, notamment la confiscation de son téléphone dès qu’une manifestation a lieu devant la prison. Il a déclaré qu’il commencerait une grève de la soif si des négociations ne sont pas entamées ce samedi 24 janvier.
Umer a ajouté de nouvelles demandes à la grève de la faim :
1) La fin de toute censure, notamment des courriers.
2) Remise en liberté conditionnelle immédiate pour tous.tes les Prisonnier.es pour la Palestine.
3) Rouvrir l’enquête sur Gaza : le gouvernement a rejeté une loi destinée à ouvrir une enquête indépendante sur l’implication du Royaume-Uni dans les opérations militaires israéliennes à Gaza, dont l’acheminement d’armes, l’utilisation d’aviation de surveillance et de bases de l’armée de l’air britannique.
4) Diffuser les vidéos de télésurveillance des drones de l’armée de l’air britannique la nuit du meurtre des travailleurs d’ONG britanniques : 3 travailleurs britanniques de l’ONG World Central Kitchen (WCK) ont été tués par une frappe israélienne à Gaza en avril 2024 (avec quatre autres personnes), faisant partie d’un convoi apportant de l’aide humanitaire à Gaza, des avions de surveillance de l’armée de l’air britannique étaient dans les environs au moment de la frappe.
5) Diffuser la liste totale des dégâts de l’action contre la base de Brize Norton : de nombreux chiffres différents et parfois incohérents entre eux ou avec la réalité sont utilisés dans les poursuites judiciaires, des documents importants entre le gouvernement et les fabricants d’arme ne sont toujours pas partagés aux personnes poursuivies.
6) Déproscrire Palestine Action.
Umer est toujours en grève de la faim et les choses vont devenir plus sérieuses si le gouvernement et les autorités pénitentiaires continuent à l’ignorer. Il a demandé à ce que l’on continue nos efforts pour bloquer les usines d’armement, les bâtiments gouvernementaux et de se mobiliser en nombre jusqu’à qu’ils répondent.
Depuis qu’il est incarcéré, Umer a reçu seulement une proportion infime de son courrier, et certaines des lettres confisquées incluent des correspondances avec son avocat, l’empêchant de préparer correctement son procès et bloquant les visites de celui-ci. On ne lui a pas laissé avoir un Coran en arabe pendant le 1er mois, et on l’a aussi empêché d’avoir accès aux prières ou de contacter un imam pour des conseils religieux. Il n’avait au début le droit qu’à 2 visites par mois, ce qui a été augmenté à 2 visites par semaine, alors que les prisonnier.e.s sont censé.e.s avoir le droit à 3 visites par semaine
Mises à jour sur les prisonniers qui se nourrissent de nouveau :
Kamran est de retour à HMP Pentonville et Heba est toujours à l’hôpital, les deux restent sous observation médicale pendant le processus de renutrition.
Lewie a arrêté sa grève de la faim intermittente et se nourrit de nouveau régulièrement.
T Hoxha se renourrit en prison et, après quelques difficultés, y arrive mieux désormais.
Jon a été transféré dans une prison rapidement après la fin de sa grève de la faim, rendant les communications plus lentes. Les nouvelles sont qu’il va bien et que la renutrition se déroule bien.
Qesser et Amu continuent leur renutrition.
Déclaration d’Umer Khalid au jour 8 (17 janvier)
Assalamu alaykum wa rahmatullahi wa barakatuh. Toute louange à Allah, qui est notre soutien et protecteur, et est éternel.
Aujourd’hui est le huitième jour de ma grève de la faim, ce qui signifie que l’Etat a encore 6 jours pour rentrer dans des négociations avant que j’arrête de boire de l’eau. La balle est dans leur camp. Mon admiration va à mes camarades prisonnier.e.s qui étaient en grève de la faim. Je peux seulement espérer arriver au même niveau de force et de courage qu’elles et eux. Alors que nous arrivons à la fin du premier procès des Filton 24, et attendons la décision sur la commission judiciaire sur la proscription de Palestine Action, nombre d’entre nous avons toujours jusqu’à un an de détention provisoire à venir.
Je veux aussi prendre le temps de parler de mes revendications. J’exige désormais la diffusion de la vidéosurveillance des avions de surveillance de la RAF (armée de l’air britannique) lors du meurtre de travailleurs britanniques d’ONG du programme mondial pour l’accès à la nourriture à Gaza, ainsi que la diffusion de toutes les preuves sur les chiffres des dégâts de l’action à la base de la RAF de Brize Norton.
Je crois au fait que le timing n’a jamais été aussi bon et que la victoire est proche, inshallah. C’est pourquoi je continue ma grève de la faim, malgré ma solidarité, mon admiration et mon soutien à mes camarades qui ont récemment interrompu la leur. Malgré les victoires que nous avons déjà obtenues, je refuse d’accepter le refus de l’Etat à négocier, ainsi que le fait que j’ai subi une augmentation de la censure de l’administration pénitentiaire à mon encontre depuis le début de ma grève de la faim le mois dernier.
Je ne peux que ressentir une rage immense envers un système qui laisse des prisonnier.e.s s’affamer et ne leur a laissé aucun autre choix entre interrompre leur grève de la faim ou mourir.
J’ai dit que je voulais défier l’Etat, et je le ferai. En particulier puisqu’ils semblent accepter de causer des blessures permanentes à nos corps.
Comme je l’ai dit, ils ont 6 jours restants pour entamer des négociations. Je fais confiance à Allah, et à vous tous.tes pour continuer à lutter. Je suis certain que ni Allah ni les gens ne m’abandonneront. Le système expose sa propre fragilité quand il juge nécessaire de confisquer mon téléphone à chaque fois qu’une manifestation a lieu devant la prison.
Il n’est pas temps de ralentir. Pas tant que la Palestine est toujours occupée, et que nos frères et soeurs restent en prison en Palestine, au Royaume-Uni et à travers le monde. Ils nous ont déjà montré qu’ils se fichent que l’on vive ou meure. Que nous faut-il de plus pour nous mettre à nous organiser et nous mobiliser de façon à faire fermer Elbit ?
Comme toujours, liberté pour la Palestine. Liberté pour tous.tes les prisonnier.es politiques. Longue vie à la Muqawamah. Et pour David Lammy, l’heure tourne.
Avec amour, Assalamu Alaykum.
Umer Khalid.