Compilé à partir de différentes sources sur Telegram (notamment du Front Anarchiste et d’autres chaines telegram anarchistes iraniennes), Instagram (notamment iranrevolution_ ou popular.front) et de la presse.
Depuis le 28 décembre, des grèves et manifestations ont lieu tous les jours un peu partout en Iran. Le mouvement s’est déclenché à partir de grèves des commerçants et dans les bazars, subissant l’hyperinflation et la dépréciation de la monnaie iranienne. Il a vite été rejoint par les étudiant-e-s dans les universités et par tout un pan de la population à travers le pays, des manifestations ayant été comptabilisées dans plus de 32 villes réparties dans plus de 14 provinces. Après quelques jours de manifestations, celles-ci ayant atteint le sixième jour au 2 janvier, elles ont pu commencer à gagner une composante émeutière, une généralisation des slogans contre le gouvernement et pour la chute du régime, et une intensification des affrontements avec les forces de sécurité. Sur les cinq premiers jours, au moins 119 arrestations, 8 personnes tuées et 33 blessées par la police ont pu être comptabilisées. On pourra trouver des déclarations d’anarchistes d’Iran qui donnent plus de contexte sur la situation et le mouvement ici.
Jour 2 – 29 décembre : Des grèves et manifestations ont eu lieu dans les provinces de Hamedan (à Hamedan), Téhéran (à Téhéran, Malard), Kerman (à Kerman), Hormozgan (à Qeshm), Khouzestan (à Ahvaz, Zahedan), Guilan (à Marlik), Zandjan (à Zandjan), Qazvin (à Qazvin), Alborz (à Karadj, Fardis), Ispahan (à Ispahan).
Jour 3 – 30 décembre : Des grèves et manifestations ont eu lieu dans les provinces de Téhéran (à Téhéran), Fars (à Shiraz), Ispahan (à Fouladshahr, Ispahan) Kermanshah (à Kermanshah), Azerbaïdjan occidental (à Ourmia), Khorassan-e Razavi (à Machhad), Yazd (à Yazd).
A noter notamment des jets de projectiles et affrontements contre les flics à Téhéran, forçant les flics à fuir à certains endroits.
Jour 4 – 31 décembre : Des grèves et manifestations ont eu lieu dans les provinces de Kermanshah (à Kermanshah), Hamedan (à Asadabad, Hamedan, Nahavand), Lorestan (à Kouhdasht, Khorramabad, Doroud), Fars (à Fassa), Ispahan (à Ispahan, Fouladshahr), Markazi (à Arak), Téhéran (à Téhéran), Guilan (à Rasht, Marlik), Khorassan-e Razavi (à Sabzevar), Kohguilouyeh-et-Bouyer-Ahmad (à Yassoudj), Mazandéran (à Babol), Tchaharmahal-et-Bakhtiari (à Farsan), Khouzestan.
A Asadabad, les manifestant-es ont incendié un commissariat des Bassidj [une milice paramilitaire formée de volontaires, qui fait partie du corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC)], tandis qu’à Kouhdasht, des affrontements ont eu lieu avec les flics qui ont mené à la mort d’un flic du Bassidj et de 13 autres flics blessés par jets de pierre. D’autres affrontements et caillassages de flics ont eu lieu dans les villes de Hamedan, Fassa, Fouladshahr, Farsan et du Khouzestan – avec à de nombreuses reprises des flics mis en déroute et forcés à fuir, voir poursuivis par les manifestant-es comme à Kouhdasht ou avec des incendies de leurs véhicules comme à Rasht.
Des bâtiments des institutions de l’Etat ont aussi été attaqués, avec une tentative d’incendie de la mosquée à Hamedan (où des drapeaux du régime ont été arrachés), un caillassage d’un bâtiment gouvernemental à Fassa et d’autres incendies à Fouladshahr.
Jour 5 – 1er janvier : Des grèves et manifestations ont eu lieu dans les provinces de Hamedan (à Hamedan, Nahavand, Asadabad), Lorestan (à Azna, Nourabad, Kouhdasht, Aligoudarz), Ardabil (à Ardabil), Tchaharmahal-et-Bakhtiari (à Lordegan, Farsan, Juneghan), Fars (à Marvdasht, Kavar, Shiraz), Téhéran (à Téhéran, Baharestan), Kermanshah (à Kermanshah), Ispahan (à Ispahan), Bouchehr (à Bandar Ganaveh), Khorassan-e Razavi (à Machhad), Qom (à Qom), Ilam (à Ilam, Dehloran), Alborz (à Karadj), Guilan (à Rasht), Khouzestan (à Dezfoul, Ahvaz), Hormozgan (à Bandar Abbas), Markazi (à Arak).
A Azna, les manifestant-e-s ont gagné le contrôle d’un commissariat de police, libéré des dizaines de manifestant-es qui y avaient été arrêté-es et allumé des feux, notamment en incendiant des véhicules de flics et une partie du commissariat – des armes auraient aussi été volées dans l’armurerie. A Hamedan, des manifestant-e-s ont lancé des grenades artisanales et tiré des mortiers sur l’IRGC [organisation paramilitaire menant la répression policière des manifestations], forcé à fuir les flics sous les jets de projectiles et tabassé certains qui ont pu être rattrapés, et détruit des caméras de vidéosurveillances. A Arak, les manifestant-e-s ont aussi affronté les flics, notamment en usant de cocktails molotovs, donnant de très belles images d’un flic en tenue anti-émeute qui prend feu.
Des affrontemments et caillassages de flics ont aussi eu lieu dans de nombreuses autres villes (Hamedan, Azna, Lordegan, Marvdasht, Nourabad, Qom, Kavar, Abdanan, Asadabad, Ispahan, Ilam, Dezfoul, Ahvaz, Machhad…), forçant parfois les flics à fuir (Marvdasht, Nourabad, Qom…), les attaquant parfois avec des mortiers (Asadabad, Hamedan…) ou des armes (Ahvaz), et montant des barricades souvent enlammées pour s’en défendre (Kavar, Karadj, Abdanan…).
D’autres bâtiments sont aussi pris pour cibles, comme le gouvernorant, la mosquée, la Fondation des martyrs, la mairie et des banques caillassées à Lordegan, des bâtiments du clergé caillassés et une école coranique d’instruction des mollahs incendiée à Farsan, le bureau de l’imam incendié à Juneghan ou la statue d’Ebrahim Raisi (ancien président d’Iran) renversée à Ardabil.
Jour 6 – 2 Janvier : Des grèves et manifestations ont eu lieu dans les provinces de Téhéran (à Téhéran, Chahriar, Parand), Fars (à Marvdasht, Shiraz), Lorestan (à Kouhdasht, Nourabad, Azna, Khorramabad, Doroud, Aligoudarz, Boroudjerd), Baloutchistan (à Zahedan), Ispahan (à Fouladshahr, Khomeynichahr, Ispahan), Khorassan-e Razavi (à Machhad), Qom (à Qom), Khouzestan (à Dezfoul, Ramhormoz), Kohguilouyeh-et-Bouyer-Ahmad (à Yassoudj), Alborz (à Karadj), Mazandéran (à Babol), Hamedan (à Hamedan, Malayer),Tchaharmahal-et-Bakhtiari (à Farsan, Hafshejan), Azerbaïdjan oriental (Tabriz), Ilam (à Darrehshahr, Ilam, Sarableh), Markazi (à Arak, Mahallat), Qazvin (à Qazvin), Guilan (à Roudsar), Yazd (à Yazd), Kerman (à Kerman), Bouchehr (à Borazdjan), Kermanshah (à Kermanshah, Harsin).
A Marvdasht, les manifestant-es prennent un comico, mettant en fuite les flics à l’intérieur tandis que d’autres tirent à balles réelles depuis les toit. Là comme à Kouhdasht, des affrontements ont eu lieu aux funérailles de manifestants assassinés par les flics, mettant notamment en fuite des flics qui ont tenté de voler le cadavre d’un manifestant. Une base des Bassidj a été incendiée à Machhad, des commissariats ont été attaqués à Qom et Shiraz, tandis que c’est le palais de justice / bureau du procureur qui a été incendié à Hamedan, et au moins trois banques à Sarableh. Un séminaire Khomeini [un centre d’espionnage et de répression du régime] a été incendié à Harsin, des bâtiments du clergé aussi à Farsan, et des vitrines de banque ont été éclatées à Téhéran. Des panneaux de propagande du régime ont été incendiés à Shiraz et Kerman.
De nombreux affrontements et caillassages de flics ont encore eu lieu (à Kouhdasht, Marvdasht, Nourabad, Téhéran, Tabriz, Darrehshahr, au Khouzestan, Khorramabad, Hafshejan, Ilam, Aligoudarz, Hamedan, Ispahan, Kermanshah), les mettant parfois en fuite (Darrehshahr) voir jusqu’à les poursuivre (Khorramabad, Ispahan), où des barricades souvent enflammées ont aussi été érigées pour se défendre (à Nourabad, Téhéran, Tabriz, Dezfoul, Khorramabad, Hafshevan, Roudsar, Aligoudarz, Qom). Des véhicules de flics ont aussi été incendiés à Téhéran (où des véhicules de militaires ont aussi été incendiés), Qom, Sadeghieh ou Zahedan entre autres, tandis qu’à Ilam des manifestant-e-s ont utilisé des mortiers voire des armes à feu pour attaquer les flics et qu’à Kermanshah un engin explosif a été lancé sur un véhicule de flic et ceux autour.
Bilan du Front Anarchiste sur les manifestations du 2 janvier
Initialement publié sur leur chaine Telegram.
Aujourd’hui, vendredi 12 Dey 1404 / 2 janvier 2026 / 12 Jadi 1404
Karadj et Gohardasht : le boulevard Restaakhiz et les rues se sont remplies, la foule a augmenté de minute en minute, ils et elles ont brûlé le drapeau du régime, même les personnes âgées ont scandé « Mort à la dictature ».
Shiraz et Marvdasht : les mercenaires ont tiré des balles de guerre directement. Trois combattants (Vahid Mokhtari, Shirvani et Erfan Bozorgi) ont été tués, mais Marvdasht est resté sous la fumée et le feu. Les jeunes ont attaqué le poste de police de Maaliabad, des gaz lacrymogènes ont été utilisés mais ils n’ont pas reculé.
Machhad et Tabriz : la circulation à Machhad est devenue un champ de bataille, la base du Bassidj a pris feu, les arrestations ont été transférées au lycée Saadi. Tabriz (Shahnaz et alentours) a connu de violents affrontements, les forces ont fui.
Qom : le régime a tiré de rue en rue, un combattant a été tué, une voiture des forces répressives a pris feu, ils ont fait tourner le turban d’un mollah, symbole d’humiliation du régime.
Hamedan, Kermanshah, Ilam : Hamedan a passé la nuit la plus dangereuse mais les gens sont restés. Kermanshah a subi des tirs directs, Ilam un bruit continu de balles, des rapports font état d’armes prises par le peuple et d’affrontements avec des Kalachnikov.
Chaharmahal et Bakhtiari (Shahrekord, Farsan, Hafshejan, Lordegan, Sureshjan) : les rues se sont remplies, un slogan unanime : « Mort à Khamenei, mort au régime des exécutions ». Des combats au corps à corps, les télécommunications de Farsan ont été coupées.
Yazd, Qazvin, Arak, Bandar Abbas, Bushehr (Borazjan), Babol, Anzali, Aligoudarz, Khorramabad, Azna, Ramhormoz, Bahmai, Shahriar et des dizaines d’autres villes : rassemblements dispersés mais continus, les motos des forces spéciales sont tombées aux mains du peuple, gaz lacrymogènes mais la résistance continue.
Le régime a coupé ou ralenti Internet pour isoler les gens, mais les appels en ligne ont fonctionné et les rues se sont remplies. Même lors de l’anniversaire de Soleimani à Kerman, chaque bannière installée a été incendiée.
La rue, l’endroit où la vie a trouvé son sens. La joie au milieu de la tristesse, le courage face à la peur et l’explosion de colère refoulée qui éclaire nos jours.
L’insurrection joyeuse a crié si fort que personne n’a pu faire semblant de ne pas entendre. Les flammes du feu s’étendent, un feu qui s’est allumé lui-même ne s’éteint pas si facilement.