Initialement publié sur Rebellyon le 21/01/2026.
La situation est critique en Syrie pour le projet révolutionnaire du Rojava. Une offensive majeure est actuellement menée par Abou Mohammed al-Sharaa, ancien chef du Front al-Nosra puis de HTS et actuel chef d’Etat Syrien, contre l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES).
La situation a explosé début janvier 2026, quand l’armée syrienne a commencé à attaquer les quartiers auto-administrés Sheikh Maqsoud & Ashrafieh à Alep qui font partie de l’administration autonome. Ces attaques ont eu lieu alors que des négociations étaient en cours depuis plusieurs mois entre le chef d’Etat syrien et le chef des Forces démocratiques syriennes (FDS) Mazloum Abd, et qu’un cessez-le-feu avait était signé.
Un premier accord de principe avait été signé le 10 mars entre les FDS et le nouveau gouvernement de transition syrien, prévoyant l’intégration de l’administration autonome (AANES) dans le nouveau système politique et militaire syrien d’ici la fin de 2025. Cependant, les négociations n’ont pas abouti, notamment quant au sujet du niveau d’autonomie politique et militaire de cette intégration.
Un deuxième accord a été conclu début avril, visant à mettre fin aux affrontements autour des quartiers d’Alep. Ceux-ci ont été largement démilitarisés, les combattants des FDS se retirant et emportant avec eux leurs armes lourdes. Cependant, conformément aux conditions de l’accord, les Asayish (forces de sécurité intérieure de l’AANES) sont restées sur place.
S’il est clair que l’objectif pour al-Sharaa est de prendre le contrôle politique et militaire de l’ensemble de la Syrie. Et que cela passe par la destruction du projet politique porté au Rojava, qui représente pour lui une dangereuse alternative pour le futur de la région. Il est aussi évident que la Turquie a beaucoup de pouvoir sur le nouveau gouvernement et a fait pression pour que les négociations n’aboutissent pas.
Le 5 janvier, le gouvernement syrien s’est servi d’une potentiel attaque de drones des FDS contre un véhicule de la police militaire, attaque démentie par ceux-ci, pour lancer une offensive contre les quartiers auto-administrés de Sheikh Maqsoud & d’Ashrafieh. Les quartiers ont été pris dans des combats qui ont duré plusieurs jours entre les FDS et les forces du gouvernement de transition avant que ceux-ci ne prennent le dessus. À noter que de nombreuses allégations selon lesquelles les FDS auraient empêchés les civils de quitter les zones de combats circulent.
Le 10 janvier un cessez-le-feu est de nouveau conclu et plus de 300 combattant-es des FDS se retirent d’Alep, avant d’être rompu le 13 janvier par le gouvernement de transition dans une offensive à Deir Hafer et de Maskanah (péripherie d’Alep) contre les FDS.
Le 16 janvier, Ahmed al-Sharaa fait une déclaration reconnaissant les Kurdes, comme faisant partie du peuple syrien et le kurde comme langue nationale. Cette manœuvre du gouvernement de transition syrien fait clairement partie de sa stratégie pour forcer les Forces démocratiques syriennes (FDS) à accepter un accord qui signerait la fin complète de l’autonomie politique et militaire du Rojava pour les remplacer par les structures du nouveau pouvoir réactionnaire. Et cela sous peine d’anéantissement militaire.
Le 17 janvier, après plusieurs jours où les combats s’étaient concentré à Deir Hafer et Maskanah les FDS se retirent de la zone, après des négociations orchestrées par les Etats-Unis. Ceux-ci ont complètement abandonné leur ancien allié dans la lutte contre Daech et se contentent de pousser pour une reddition la plus rapide possible du Rojava. En effet, depuis la chute du régime Baasiste, le gouvernement de al-Sharaa est devenu le nouvel interlocuteur des USA dans la région. Leur principale préoccupation dans la région étant d’éviter que Daech puisse se réimplanter, ils semblent vouloir prioriser la « stabilité » de la région et s’assurer de la bonne gestion des prisons ou sont détenues les prisonnier-es de l’EI.
Le 18 janvier, les forces syriennes de Damas ont pris le contrôle d’Al-Tabqah et une large partie des régions au Sud-Est de Deir ez-Zor, dont les FDS se sont retirées. Les FDS ont fait sauter les deux ponts reliant Raqqa à des positions situées au sud de la ville.
Dans la soirée, un nouveau cessez-le-feu est conclu et les FDS se retirent de Raqqa et de Deir ez-Zor. Al-Sharaa annonce que les accords comprennent aussi la prise en charge par Damas des prisonniers de l’état islamique et l’intégration des forces kurdes dans les institutions militaires syriennes sans confirmation de Mazlum Abdi, le chef des FDS.
Le 19 janvier, les combats continuent malgré le pseudo-cessez-le-feu, le front atteint Kobanê et les forces syriennes tentent de prendre le contrôle de la prison d’Aqtan à Raqqa et d’Al Shaddadi dans l’est.
Le 20 janvier, les troupes du gouvernement de transition syrien encerclent la périphérie de Kobane, dernier bastion contrôlé par les FDS au Nord du Rojava, la province de Hassaké et ses campagnes sont aussi encerclées à l’Est. Une nouvelle annonce de cessez-le-feu de 4 jours est annoncée, censé permettre à Jolani de « négocier » avec les FDS des modalités de « l’intégration » des zones à majorité kurdes encore sous le contrôle de l’administration autonome.
La percée ultrarapide des troupes de Damas qui ont réussi à conquérir la plupart des zones de l’AANES en quelques jours n’est pas sans poser des questions. De nombreux groupes armés à majorité arabe faisant partie des FDS semblent s’être retournés et avoir rejoint al-Sharaa. Sans qu’il ne soit ici question de donner des leçons à qui que ce soit, il semble normal de se poser la question des circonstances qui ont fait que le projet de confédéralisme démocratique n’a pas réussi à créer des alliances solides avec d’autres secteurs de la société syrienne qui, à un moment donné, ont aussi pu porter des perspectives révolutionnaires. Le Rojava est aujourd’hui plongé dans un relatif isolement. On imagine cependant bien la difficulté de devoir nouer des alliances de circonstances et des compromis pour survivre au milieu d’une guerre civile qui dure depuis des années.
Il est certain que la perspective d’une potentiel défaite des forces révolutionnaires du Rojava serait une catastrophe terrible pour les luttes émancipatrices dans la région et dans le monde. Cela constituerait un terrible recul pour le droit des femmes et des minorités ethniques et éloignerait toujours plus la perspective révolutionnaire que peut porter le confédéralisme démocratique comme projet politique dans la région.
Solidarité internationnaliste !
Appel à action de la campagne Riseup 4 Rojava
La révolution du Rojava est menacée dans son existence même !
Des gangs djihadistes se sont rassemblés au nom du régime de Jolani sous la direction de la Turquie. L’offensive contre le nord et l’est de la Syrie a commencé dans le but de détruire l’unité des peuples, Kurdes, Arabes, Alaouites, Arméniens. Alors qu’ils veulent imposer la capitulation à la révolution des femmes, la résistance de Sheikh Maqsoud a prouvé qu’il n’y aura pas de reddition !
Au Rojava, la mobilisation générale a été déclarée et tout le monde est prêt à résister et à donner de la force à l’esprit de la révolution.
En tant qu’internationalistes, nous appelons également à la mobilisation en Europe et dans le monde entier :
À toustes celleux qui luttent pour la liberté, levez-vous maintenant pour défendre la révolution par tous les moyens possibles. La révolution qui s’est soulevée contre le régime d’Assad, qui a renversé le califat de Daech et qui est devenue une lueur d’espoir, peut à nouveau triompher de cette même mentalité. La force révolutionnaire ne vient pas d’une puissance extérieure, mais de l’union du peuple, de nous toustes. Nous appelons tout le monde à se rassembler autour des forces d’autodéfense. Nous nous levons en proclamant : « La résistance, c’est la vie ! »
Agissez contre les responsables de cette guerre !
Bloquez, perturbez, occupez !
Longue vie à la révolution du Rojava !
Jin, Jiyan, Azadî !
Pour rester informé : Telegram : https://t.me/riseup4rojava_FR
X (twitter) : @RiseUp4RojavaFR
Instagram : reseau_serhildan
De premières actions à l’international…
Des manifestations ont eu lieu un peu partout en Europe ces derniers jours. Plus particulièrement, le soir du 20 janvier, l’ambassade de la Turquie à Berlin, en Allemagne, a été attaquée : des manifestant-es ont tiré des feux d’artifice sur et devant l’ambassade et peint des messages devant celle-ci, puis ont échappé à la police. [partizan_greece]

