Initialement publié sur IAATA le 05/02/2026.
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Daniela Klette a été arrêtée en Allemagne en 2024, après 30 ans de cavale et est accusée d’avoir fait partie de la RAF, groupe de lutte armé allemand dans les années 80. Dans ses conditions d’emprisonnement comme dans la criminalisation de ses soutiens, on voit une volonté de l’état allemand de détruire une histoire de lutte et de marquer une rupture entre les nouvelles générations de militant.es et celles qui les ont précédés. Il y a quelques mois on partageait la traduction et la mise en page de textes pour exprimer notre soutien à Daniela et diffuser son histoire, montrer la répression que mène l’état allemand et recréer du lien entre différentes générations et différents pays. Depuis, les textes et les démonstrations en soutien se multiplient, on s’est donc dit qu’il était temps de publier une version remaniée et amplifiée de la brochure d’il y a quelques mois.
Adresse de la prison pour lui écrire : Daniela Klette JVA f. Frauen An der Probstei 10 49377 Vechta Allemagne
Contexte général
Qui est Daniela Klette ?
Daniela s’est politisée dans l’adolescence. Dans les années 70 en RFA, elle s’est engagée pour les droits des prisonnier.es, pour de meilleures conditions de détention et contre l’isolement carcéral des prisonnier.es politiques. Elle a participé en 1980 à une action de contestation contre le colloque international sur la convention européenne des droits de l’homme. La cérémonie d’ouverture de la CEDH dans l’église de Paulus à Francfort, en présence du président de la république Carstens, a été massivement perturbée par les protestations qui défendaient le regroupement des prisonnier.es politiques et combattaient la mise à l’isolement. Le tout s’est terminé avec des arrestations. Ce n’est que plus tard que l’isolement fut reconnu comme de la torture blanche par Amnesty International, et c’est aujourd’hui reconnu mondialement.
Daniela rendait à l’époque visite aux prisonnier.es de la fraction armée rouge (RAF) et entretenait des correspondances avec elleux. La volonté de se confronter dans la lutte anti-impérialiste, la guérilla urbaine et la recherche d’une trajectoire pour tenter de vaincre l’injustice, a accompagné Daniela pendant toutes ces années. Les assassinats d’Ulrike Meinhof, Holger Meins, Andreas Baader, Gudrung Enslin, Jan-Carl Raspe, Sigurd Debus, les fusillades qui tuèrent Willy Peter Stoll, Michael Knoll, Elisabeth van Dyck, Wolfgang Grams, et le tir qui blessa très gravement Günter Sonnenberg, n’étaient pas seulement pour Daniela des moments marquants qui montraient le vrai visage de l’état post-nazi allemand. Daniela menait une lutte internationaliste en soutien aux mouvements de libération anticoloniaux. Elle prenait également part à des actions contre des produits israéliens dans les supermarchés allemands durant les années 80. Elle manifestait pour la Palestine, le Salvador, et participait à beaucoup de manifestations contre l’impérialisme américain.
À cette époque, elle luttait également contre l’extension de l’aéroport de Francfort. Dans cette lutte, elle s’est engagée entre autres contre les guerres en Afrique et dans le Proche-orient, et plus précisément contre l’usage à des fins militaires de l’aéroport de Francfort par le Quartier général américain. Elle a tenté plusieurs chemins différents, participé à des occupations, a été active dans le mouvement antimilitariste et pour la paix. Elle s’est positionnée contre l’OTAN lorsque il rendait possible par ses décisions une guerre atomique en Europe de l’ouest contre l’union soviétique, avec l’installation de missiles nucléaires sur le sol européen, et qu’il voulait négocier la limitation des systèmes nucléaires à longue distance américains. Pendant cette période, les gens encouraient deux ans de prison pour avoir soutenu une grève de la faim des prisonnier.es ou pour avoir simplement tagué « ZL » (abréviation de « Zuammenlegung » qui veut dire « regroupement »). Malgré tout ça, Daniela ne s’est pas laissée intimider et a toujours prouvé avec courage et détermination que les prisonnier .es ne resteraient pas seul.es.
L’arrestation
Après 30 ans de mandat de recherche international à l’encontre de Burkhard Garweg, Ernst-Volker Staub et Daniela Klette, Daniela est arrêtée le 28 février 2024 à Berlin. Pendant 30 ans elle est restée en cavale pour échapper à son arrestation.
Aujourd’hui, Daniela Klette a 66 ans. Elle est accusée d’avoir participé à des braquages après la dissolution de la RAF en mars 1998. Dans ce contexte, la procureure de Verden l’accuse, avec Ernst-Volker Staub et Burkhart Garweg, de braquages et de tentative d’assassinat.
Daniela rejette ces accusations.
“La procureure de Verden construit une histoire, selon laquelle moi, comme Volker Staub et Burkhart Garweg, toujours recherchés avec de gros moyens et une campagne médiatique diffamatoire, auraient été une bande sans scrupules. 26 ans après la dissolution de la RAF, l’État mise sur l’escalade et la dés-unification. Elle [la procureure] prétend que nous étions prêt.es à tuer pour se procurer de l’argent pour survivre clandestinement. Pour les personnes issues de l’héritage des révolutionnaires de gauche en Allemagne de l’ouest, une telle chose n’aurait jamais été envisageable. Bien au contraire : dans la lutte pour la libération, il s’agit surtout de lutter pour un monde sans cupidité, libre de toute exploitation et de toute soumission.”
Daniela Klette, Août 2024
Ainsi, la procédure pénale à Verden porté par le gouvernement de l’état fédéré de la Basse-Saxe est en réalité soumise aux intérêts politiques du procureur fédéral1. Daniela est aussi poursuivie par le procureur fédéral de Karlsruhe pour tentative de meurtre et d’autres crimes en lien avec les actions de la RAF dans les années 90. Selon la presse, il s’agirait de l’explosion de la nouvelle prison de haute sécurité à Weiterstadt et des tirs contre l’ambassade américaine à Bonn, qui n’ont fait aucun.e blessé.e. L’enquête du procureur fédéral contre Daniela est encore en cours.
La justice traite de manière séparée les deux affaires, qui dépendent dans un cas de l’État fédéré et dans l’autre de l’État.
On se retrouve face à deux procédures qui pourraient s’étaler sur des années.
Deux affaires judiciaires en cours
“[…]En février 2024, la procureure de Verden a envoyé de plus en plus de convocations pour témoigner dans l’affaire contre Daniela, Burkhard Garweg et Volker Staub. Le simple fait d’habiter à Hafenstrasse à Hambourg2 est une raison suffisante pour se faire convoquer. Il y a eu, à ce que l’on sait, deux perquisitions à Hambourg dans ce contexte.
Marquardt, la procureure de Verden, se montre particulièrement acharnée à ce sujet. Lors de l’une des perquisitions à Hambourg, durant laquelle la pression fut mise sur la personne pendant des heures pour accepter un interrogatoire en disant que la perquisition se terminerait à ce moment, Mme Marquardt s’est spécialement déplacée à Hambourg pour pouvoir être présente.
Elle voulait que certain.es des ancien.nes membres de la RAF disent à Burkhard Garweg et Volker Staub de se rendre le plus vite possible : “On ne voudrait pas avoir un deuxième Bad Kleinen.’’ (Elle fait référence à Wolfgang Grams, membre de la RAF, tué pendant son arrestation à Bad Kleinen en 1993.)
Une simple visite ou demande de visite à Daniela est suffisant, comme on l’a vu récemment, pour recevoir une convocation.
Solidarité avec Daniela”
Tiré du texte d’un groupe de soutien
Les conditions d’incarcération de Daniela
L’incarcération de Daniela a commencé par la mise à l’isolement, avec surveillance vidéo de sa cellule 24h/24, sans lumière du jour et sans possibilité d’accès à l’information. Même un stylo et du papier lui ont été refusés pendant des semaines. Il a fallu attendre l’annonce d’une manifestation, et d’une contre-manifestation de la part de la CDU (parti chrétien-démocrate) pour que les conditions de détention soient rendues publiques et soient allégées. La personne qui avait déclaré la manifestation de soutien devant la prison a perdu son travail et a reçu une interdiction de visite suite à cela, avec comme justification qu’elle risquait de préparer une évasion. Quand elle a été convoquée pour témoigner devant la procureure, elle a refusé de faire des déclarations et cela lui a valu d’être condamnée à 500 euros d’amende.
Il faut en général entre 10 à 12 semaines pour que Daniela reçoive son courrier, dans le cas où la lettre n’aurait pas été confisquée. Les demandes de parloir des quelques visiteur.euses qui ne se laissent pas intimider doivent passer par trois instances, lesquelles prennent allègrement leur temps.
La ministre de la justice de la Basse-Saxe a dit : “Les rassemblements sont gérables […] Ça semble être de vieilles connaissances qui traînent dans le milieu. On n’a pas, à ce stade, constaté de mouvements de solidarité de générations plus jeunes.“
Les intimidations visent à empêcher une solidarité plus large et à éviter un lien avec des jeunes générations en lutte.
Parce que contrairement à d’autres affaires, Daniela se retrouve aujourd’hui, après 30 ans de cavale, isolée et sans possibilité de s’appuyer politiquement sur des mouvements actuels. Ce qui caractérise aussi la peur, de la part des appareils de répression, d’un soutien des jeunes générations qui pourraient comprendre ce procès politique comme une attaque contre l’histoire des luttes, et en ce sens comme une attaque contre elleux- mêmes. C’est pour ça que les parloirs sont filmés et ont lieu en présence du BKA3 et du LKA4 (police régionale), et c’est également le cas pour d’autre prisonniers politiques. Il y a aussi déjà eu des tentatives de garder sur place des visiteur.euses pour un interrogatoire juste après la visite. Même l’envoi du texte d’une chanson antimilitariste a été utilisé par la procureure pour criminaliser la personne en visite.
Évaluation du procès à venir
On ne sait pas quand un des deux procès contre Daniela commencera. Aujourd’hui on sait par contre qu’elle ne pourra jamais espérer avoir un procès décent. Tout comme les deux personnes encore en cavale, Burkhard Garweg et Volker Staub. L’image de Daniela que la justice essayer de diffuser, celle d’une assassine et d’une braqueuse sans scrupule, est un mensonge !
Actuellement, tout est mis en œuvre pour isoler Daniela politiquement et afficher publiquement l’image d’une détention ordinaire. Dans ce sens, toutes les mesures visent à couper Daniela de tout échange politique et ainsi de la priver de la possibilité de se défendre politiquement. On voit alors se dessiner à l’horizon deux procès spectaculaires qui se tiendront devant un nouveau décor. Ce ne sera pas à Stammheim5 parce que l’histoire de la RAF risquerait d’y revivre à nouveau. Rien d’étonnant dans le fait que la procureure de Verden essaie de trouver un bâtiment assez grand pour le procès et envisage même d’en construire un nouveau. Cette recherche d’un lieu idéal par la justice classiste a pour but de mettre en scène un procès spectaculaire qui puisse faire son compte à la résistance. Ils veulent dépolitiser et punir la lutte politique depuis 68, qui s’est inscrite dans les luttes de libération, les luttes écologistes et sociales et les grèves de la faim des prisonnier.es politiques. Animés par leur peur d’une révolte sociale, ils veulent créer, à partir de la criminalisation des luttes passées une fracture générationnelle, pour empêcher que l’étincelle s’embrase, qu’une société émancipée et libérée du patriarcat, de l’OTAN, de l’État et du capital se soulève.
Libération immédiate de Daniela !
L’histoire s’écrit dans la pratique
Le 5 septembre 1972, le commando ‘‘septembre noir“ a pris en otage l’équipe olympique israélienne à Munich pour exiger la libération de 234 prisonnier.es palestinien.nes des geôles israéliennes, et la libération d’Ulrike Meinhof et Andreas Baader. L’état allemand en a fait un massacre et a tué presque toustes les palestinien.nes et les otages.
La lutte du Mouvement du 2 juin et des Cellules révolutionnaires (RZ)6, ont dès les premières années eu une dimension internationaliste. En raison des contacts du Mouvement du 2 juin avec la résistance palestinienne, les prisonnier.es qui ont été libéré.es suite à l’enlèvement du président de la CDU7 en février 75 ont pu être accueilli.es au sud-Yemen. Les RZ ont coopéré avec le Front Populaire de Libération Palestinienne (FPLP), la deuxième fraction la plus forte au sein de l’Organisation de Libération Palestinienne (OLP). Cela a amené en 1976 au détournement controversé d’un avion d’Entebbe en Ouganda, après quoi les RZ ont scissionné. Le 2 juin 1980 le Mouvement du 2 juin s’est dissout et certain.es ont rejoint les rangs de la RAF.
La RAF se considérait comme partie prenante du front mondial de libération, et entretenait des contacts proches avec d’autres organisations de résistance de gauche en Europe de l’ouest et dans le Proche orient. La résistance palestinienne faisait partie de ces alliances, ce que la RAF exprimait à travers des écrits et des communiqués communs. Évidemment, dans les années qui suivirent, il y a eu des erreurs qui se sont ressenties dans les mouvements de contestation et de résistance. Mais cellui qui veut agir pour des changements en faveur de la lutte de classe et veut engager sa vie dans la lutte ne trouvera pas un scénario hollywoodien qui explique comment faire. C’est avec cela en tête que, malgré nombre de contradictions, le mouvement de contestation et de résistance a toujours marqué sa solidarité envers les prisonnier.es des organisations de lutte armée.
Avec le détournement d’un avion de la Lufthansa durant l’automne 1977, le FPLP a pris part à “l’automne allemand“, et a essayé encore une fois de libérer les prisonnier.es de Stammheim8. La tentative a échoué et les prisonnier.es de Stammheim on été assassiné.es. Suite à cela, Hans-Martin Schleyer (fonctionnaire et ministre de l’économie allemand, ex officier SS), fut exécuté par la RAF. Son cadavre fut retrouvé à Mulhouse dans le coffre d’une Audi.
C’était le début des “années de plomb“, pendant lesquelles toute résistance internationaliste fut massivement criminalisée en Allemagne. En 1982, inspirée par la lutte contre le serment de recrutement dans l’armée en 1980 à Breme, la RAF diffusa, à travers le “Papier de Mai“, l’appel à la construction “d’un front anti-impérialiste“ en Europe de l’ouest. C’était en réaction aux décisions prises par l’OTAN, qui autorisait l’installation de missiles à tête nucléaire sur le sol européen, et ouvraient la voie à la négociation de la limitation de certains systèmes nucléaires américains à longue distance. Une partie du groupe Action Directe a revendiqué des actions communes avec la RAF en Allemagne et en France, et a soutenu les grèves de la faim de leurs camarades.
Après l’initiative du politicien Kinkel qui envisageait un apaisement du conflit autrement que par des moyens répressifs, la RAF a suivi une ligne plus modérée et a renoncé aux actions portant atteinte aux personnes à partir de 1992. La RAF s’est ensuite dissoute en mars 1998. Le groupe a rappelé “les éclats du mouvement d’insurrection“, et a commémoré les camarades palestinien.nes du FPLP qui ont laissé leurs vies en automne 1977 dans la tentative de solidarité internationale visant à libérer les prisonnier.es politiques.
En Europe de l’ouest, beaucoup de personnes solidaires des luttes du peuple palestinien, surtout dans le contexte allemand et son passé des crimes nazis, se sont vues taxer dès le début d’antisémites. Pendant l’été de l’année 1988, les maisons occupées de la Hafenstrasse à Hambourg se sont montrées solidaires en écrivant sur une de leurs maisons le slogan “boycott Israël ! Leurs marchandises, leurs Kibboutz et leurs plages. Palestine – Le peuple se libérera. Révolution jusqu’à la victoire.“, risquant ainsi leur expulsion. Il a plus tard été prétendu que la RAF habitait dans la Hafenstrasse, et c’est de là que vient encore aujourd’hui la haine de la procureure de Verden et du procureur fédérale à Karlsruhe envers ce symbole de résistance.
Lettre de Daniela Klette à la conférence Rosa Luxembourg Janvier 2025
Chèr.es participante.es à la conférence Rosa Luxembourg, chèr.es camarades,
Je vous écris aujourd’hui de la prison de Vechta. J’ai été arrêtée il y a presque un an, après plusieurs décennies de vie dans l’illégalité.
Une affaire judiciaire qui durera plusieurs années est en cours pour avoir participé à des braquages à main armée.
En plus de cela, la justice prépare un autre procès, dans lequel je serais accusée d’avoir participé à des actions de guérilla urbaine contre le capitalisme et l’impérialisme.
J’avais 17 ans quand la lutte de libération vietnamienne a vaincu la guerre impérialiste menée par les USA. Cette incroyable victoire fut soutenue par une solidarité internationale – malgré le napalm et malgré les massacres contre la population vietnamienne que l’armée américaine a commis avec la complicité de l’occident, l’Allemagne en première ligne.
J’avais 16 ans quand un homme fut tué en prison, alors qu’il luttait contre la torture et l’isolement en se mettant en grève de la faim. C’était Holger Meins, qui s’était soulevé contre la situation politique de l’époque, et qui en prison a été gavé de force pour contrer sa grève de la faim et est mort de dénutrition.
Dans beaucoup de pays, c’était une période de tentative de libération et de lutte anticoloniale : par exemple les Black Panthers contre la soumission raciste et pour la révolution au sein des Etats-unis, la lutte contre l’apartheid en Afrique du sud ou la lutte du FSLN (Front sandiniste de libération nationale) au Nicaragua contre la dictature. Je commençais à comprendre ce que l’humanité avait à attendre de la part du capitalisme et de l’impérialisme. Oui je me voyais comme une partie du mouvement mondial, qui se soulevait pour la libération contre l’exploitation et la soumission, contre le capitalisme et le patriarcat et contre la guerre et le militarisme.
La justice va maintenant juger ma culpabilité au sens juridique. Pour moi ce n’est pas une question de culpabilité, mais la question de ce qui animait alors des millions de personnes et de ce qui les animent encore aujourd’hui : comment on dépasse cette situation, qui globalement amène à la guerre, à l’exil, à l’exploitation, à la soumission raciale et patriarcale, à la pauvreté et à la destruction écologique totale ?
Les puissants s’arment dans la lutte pour le maintien de leurs pouvoirs par la grande guerre. La société est marquée par une paupérisation grandissante, la militarisation et une montée de la droite. Le capitalisme vire vers la catastrophe écologique : la situation de ce monde montre clairement que la question du dépassement des circonstances était légitime et est encore nécessaire aujourd’hui. À ces questions-là nous ne pourrons répondre que collectivement.
J’aimerais être avec vous et travailler à ces questions ensemble. Mais la répression et la volonté étatique de juger l’histoire de l’opposition fondamentale ne le permettent pas. Une personne qui est enfermée en tant que membre de la gauche émancipatrice et révolutionnaire ne l’est pas seulement à cause de ses actes potentiels. On est toustes en prison à cause de la volonté étatique de délégitimer la lutte révolutionnaire et afin d’effrayer et intimider les luttes à venir. Cela me concerne moi autant que Mumia Abu-Jamal et Leonard Pelletier aux Etats-Unis, les prisonnier.es anarchistes grecs – Marianna, Dimitri, Nikos, Dimitra – et tant d’autres prisonnier.es politiques dans le monde.
Dans ce sens, le procès qui s’ouvre ici contre moi est un procès contre une opposition émancipatrice, de gauche radicale et anticapitaliste.
Je serais ravie si celleux pour qui c’est possible venaient assister à mon procès, qui devrait commencer prochainement. Entre autres pour exprimer que ce n’est pas qu’un procès contre moi, mais sur un autre niveau un procès contre tous ceux qui se posent la question du dépassement du capitalisme. Je serais très contente de toute solidarité !
Je vous souhaite beaucoup de succès et aussi beaucoup de plaisir à la conférence annuelle Rosa Luxembourg ! Des salutations solidaires, combatives et chaleureuses à vous toutes et tous.
D.K.
Grèce : Message de Dimitris Chatzivasileiadis pour le procès de Daniela Klette
Agissons pour la liberté maintenant ! Tout le jeu de l’État allemand contre les camarades Daniela Klette, Ernst Volker Staub et Burkhard Garweg est une opération de guerre psychologique, ce qu’ils appellent, selon leur terminologie, des « psy ops ». Outre la tentative toujours vaine de la contre-insurrection d’isoler la lutte révolutionnaire, elle cherche dans cette traque à torturer l’histoire vivante, à l’enterrer sous le béton, afin de répandre l’idée que toute résistance est finalement anéantie, et d’instiller la terreur parmi les nouvelles générations révolutionnaires. Se soustraire aux filets de la contre-insurrection constitue une résistance importante : elle prive l’État de la possibilité d’accomplir le rituel de « l’acte final ». C’est pourquoi sa vengeance contre l’histoire rebelle, désormais manifestée sur le corps et la personne de la camarade Daniela, est omniprésente. Les fugitifs prouvent que le chemin vers la liberté est inéluctable. Malgré la capitulation de l’organisation révolutionnaire, les trois camarades luttent depuis des décennies pour l’auto-organisation de la vie prolétarienne contre les chaînes de la discipline de classe et de la civilisation bourgeoise qui tue pour l’argent. Il nous appartient désormais à toustes de transmettre l’histoire de ces camarades aux résistances actuelles. Les cœurs qui refusent de vivre en esclavage ne laissent aucun maître décider de l’acte final. Et parce que chaque « dernier mot » de l’État, politique, judiciaire, économique, scientifique, signifie l’écrasement du corps commun, nous ferons tout pour mettre fin à la captivité de Daniela Klette.
L’héritage politique le plus important du mouvement révolutionnaire allemand est l’internationalisme stratégique et organique. Burkhard, aujourd’hui encore, ne se cache pas, il chante pour le corps ensanglanté de la Palestine, du Kurdistan, du prolétariat polyethnique et de la Terre. La vieille Europe, familière de la guerre coloniale, du nationalisme et de l’impérialisme, veut faire le procès de Daniela. Que les vampires comprennent que notre peuple n’est pas fait pour leurs dents.
Dimitris Chatzivasileiadis , 20-03-2025, Prison de Domokos
Déclaration de R. (74 ans) concernant la convocation de témoins par le parquet fédéral allemand (BAW) à Bâle dans le cadre de la procédure pénale contre Daniela Klette. Août 2025
Après l’arrestation de Daniela Klette en février 2024 à Berlin, j’ai appris qu’elle était détenue à l’isolement sous surveillance vidéo 24 heures sur 24 et qu’elle n’avait ni journaux ni quoi que ce soit pour écrire. J’ai alors compris que je voulais voir comment elle allait. Je voulais qu’elle puisse continuer à exister et à vivre en tant que personne politique et qu’elle ne soit pas enfermée toute seule. Je vis moi-même avec un handicap et suis dépendant d’un appareil à oxygène, je ne me sentais donc pas capable de lui rendre visite seul. Avec une vieille amie, je lui ai rendu visite en juin 2024 à la prison de Vechta. Nous connaissions Daniela depuis longtemps et savions à quel point elle s’était déjà engagée contre de telles conditions de détention inhumaines.
Immédiatement après la visite surveillée et filmée, nous avons été mis.es sous pression. Le BKA9 ne voulait pas nous laisser partir, nous devions faire des déclarations sur place. Pour cela, les agents du BKA ont recouru à des menaces : « Nous n’utiliserons pas la force ici » et ont ajouté qu’un médecin serait à ma disposition en cas de problème. Nous avons insisté pour partir.
Par la suite, de nombreuses personnes âgées ayant participé aux anciens combats ou ayant été en contact avec Daniela ont été convoquées par le parquet de Verden pour les braquages, et par le parquet fédéral (BAW) pour les attentats de la RAF, puis interrogées. Des perquisitions ont été menées et des pressions exercées dans le but de détruire des carrières professionnelles et d’obtenir des aveux. Pour récolter des informations, ils infligent des amendes de 500 à 1 000 euros, menacent de peines de prison pouvant aller jusqu’à six mois et nous laissent avec des frais d’avocat élevés, que nous pouvons difficilement payer seul.es. Cet acharnement se reflète également dans la recherche, par ces deux institutions, de témoins complaisant.es qui, en raison de leur situation personnelle, pourraient céder et faire des déclarations. Par exemple, elles ont même accepté de mettre en danger une personne âgée en la convoquant quelques jours avant son opération du cœur.
Dans le cadre de la procédure pénale contre Burkhard, Daniela et Volker, je vais maintenant être interrogé pendant deux jours par le BAW allemand à Bâle. En raison de ma maladie, la durée de l’interrogatoire a été limitée à deux heures. Les faits s’apparentent davantage à une complicité qu’à un interrogatoire de témoin et peuvent, si nécessaire, être transformés en accusation.
Selon la demande d’entraide judiciaire, les soupçons graves qui pèsent sur Daniela concernent tout d’abord une tentative d’attentat à l’explosif le 25 février 1990 contre le bâtiment administratif de la Deutsche Bank à Eschborn, l’attentat à main armée contre l’ambassade américaine à Bonn en 1991, ainsi que l’explosion de la prison de Weiterstadt en 1993. Burkhard Garweg et Volker Staub apparaissent également dans les deux derniers attentats. En outre, toustes trois sont soupçonné.es d’avoir perpétré un attentat à l’explosif contre le ministère fédéral à Bonn en 1990 et l’attentat contre le directeur de la Treuhandanstalt10, Dr Detlev Rohwedder11, en 1991.
Le BAW a toujours nourri une haine profonde envers les trois personnes recherchées, car elles étaient associées à la résistance organisée de la RAF, qui a su se cacher pendant toutes ces années parmi la population, échappant ainsi aux services secrets, à la justice et aux forces de police. C’est également la raison pour laquelle Daniela est jugée en tant que membre de la RAF. Afin de dissuader toute résistance au sein de la société, son combat devant les tribunaux doit aboutir à une peine d’emprisonnement à perpétuité.
Ce n’est qu’aujourd’hui que je suis interrogé sur les attentats à la bombe et les tentatives de meurtre qui remontent à 35 ans et pour lesquels je n’ai jamais été interrogé auparavant, jamais ! Les visites à Daniela servent donc à recueillir des preuves, ce qui montre qu’ils n’ont rien contre Burkhard, Daniela et Volker sans témoins complaisant.es, d’autant plus que tout le reste est déjà prescrit. Le calcul visant à dissuader d’autres personnes de rendre visite à Daniela semble fonctionner, d’autant plus que celles qui manifestent leur intérêt ne veulent pas se retrouver dans le collimateur des enquêteurs.
Le BAW joue un rôle de pionnier dans la lutte contre les soulèvements en Allemagne et veut, avec cet interrogatoire en Suisse, prouver une fois de plus sa toute-puissance apparente afin d’étouffer dans l’œuf la solidarité internationale envers Daniela, telle qu’elle s’est manifestée ici en Suisse. Le BAW n’est pas une autorité indépendante, il est subordonné au ministère de la Justice et est tenu de suivre ses instructions. Cela se manifeste également dans la criminalisation de la résistance contre le génocide en Palestine, ainsi que dans la persécution des Kurdes et de la population des régions de Donetsk et de Lougansk, qui ont été déclarées organisations terroristes par le BAW.
Dans le même temps, les crimes contre l’humanité sont traités avec des pincettes par le BAW.
Ainsi, la Cour fédérale de justice a confirmé en 2024 le jugement rendu contre l’ancienne secrétaire du camp de concentration Irmgard Furchner, décédée à l’âge de 99 ans, pour complicité de meurtre dans plus de 10 505 cas. Elle avait été condamnée en 2022 à deux ans de prison avec sursis par un tribunal pour mineurs, car elle était âgée de 18 à 21 ans à l’époque.
Elle a passé cinq jours en détention provisoire. Depuis son bureau, elle avait une vue sur le camp, voyait la place d’appel centrale et la chambre à gaz et sentait l’odeur du crématorium. Les commandes de Zyklon B passaient sur son bureau. En tant que secrétaire du camp de concentration, elle aurait pu démissionner à tout moment et n’a montré aucun remords jusqu’à la fin ! Pour les raisons exposées ci-dessus, je répondrai à toutes les déclarations exigées par la présente déclaration et répondrai à chaque question en toute sincérité par mon silence !
Bâle, le 16 août 2025 R.
Allemagne : Depuis la clandestinité, Burkhard Garweg appelle à la solidarité autour du procès de Daniela Klette Janvier 2026
Lors de la 31ᵉ Conférence internationale Rosa-Luxemburg, un message de Burkhard Garweg, ancien militant de la Fraction Armée Rouge (RAF) vivant dans la clandestinité, a été lu. Il dénonce la répression de l’État allemand et appelle à la solidarité avec Daniela Klette ; en voici un extrait :
Nous, persécuté.es comme militant.es du passé, ainsi que nos camarades antifascistes recherché.es, sommes aujourd’hui contraint.es à la clandestinité par la répression d’un État de plus en plus autoritaire. En Allemagne, l’illégalité est aujourd’hui une position défensive nécessaire. Pendant 30 ans, malgré de nombreuses épreuves, nous avons vécu une vie empreinte de solidarité, au-delà de l’isolement et de l’exploitation inhérents au capitalisme. Aujourd’hui, cela nous est reproché. Néanmoins, nous pourrions imaginer autre chose que de nous frayer un chemin à travers les broussailles parfois épineuses de l’illégalité et, de toute façon, de la prison. C’était ainsi et c’est encore ainsi. C’est l’appareil répressif qui nous contraint à l’illégalité et qui en porte l’entière responsabilité. Devons-nous nous soumettre à un État dont la police et le parquet nous menacent ouvertement d’exécution par les forces spéciales dès notre arrestation ? Un État dont le police et le parquet mentent tellement que même les plus réfractaires croient au récit officiel de notre brutalité.
Leur but ? Dénoncer l’histoire de la résistance. Ils cherchent à nous isoler du reste du monde, à nous enfermer à jamais dans leurs prisons. Je ne peux que vous dire : ne croyez pas un mot de ce qu’ils disent. Face à la réalité de la répression et du terrorisme d’État, nous avons naturellement le droit à l’illégalité. […] L’État est déterminé à juger l’histoire de la résistance, même des décennies plus tard. Cela se traduit par un comportement policier et judiciaire agressif et répressif, dont la cible principale est aujourd’hui Daniela. La tentative de l’État de l’emprisonner pendant de nombreuses années nous affecte toustes, militant.es de gauche issu.es de divers mouvements. L’emprisonnement et les condamnations qui pèsent sur elle sont injustes. Le premier procès touche à sa fin : soutenez Daniela ! Surveillez de près la Justice, suivez les procès par tous les moyens possibles. Faites preuve de solidarité. Sensibilisez l’opinion publique. Unissons-nous et trouvons des formes de lutte. La volonté de juger l’histoire de la résistance avec les procès contre Daniela, et la tentative d’utiliser la répression, en temps de crise, pour dissuader l’escalade de la violence comme moyen d’action, exigent notre solidarité et la protection qui ne peut être obtenue que par l’attention et la sensibilisation de l’opinion publique. Seule la liberté de Daniela Klette est justifiée. Toustes les camarades emprisonné.es, où qu’iels soient dans le monde, méritent la liberté, et le système carcéral tout entier mérite d’être anéanti. […]
Le texte peut être lu en entier en allemand sur https://www.jungewelt.de/artikel/515408.gru%C3%9Fwort-von-burkhard-garweg-zur-rosa-luxemburg-konferenz.html
Athènes
Entre le 18 et le 20 mars, attaque d’une banque Volkswagen et de deux magasins Lidl en solidarité avec la prisonnière Daniela Klette. ‘’Lambros Fountas – Kyriakos Xymitiris, toujours présents.’’
Pays-Basque : Attaque contre une entreprise allemande en soutien à Daniela Klette
Lundi 25 août, des pierres ont été jetées sur la devanture de la filiale d’assurance allemande Allianz à Altsasu-Alsasua, en signe de solidarité avec la révolutionnaire allemande Daniela Klette. Cette action a été revendiquée par un texte publié sur Indymedia : ‘’Les mots sont importants, certes. Mais lorsqu’ils restent de simples mots, ils ne servent à rien, ce ne sont que des mots creux. Ces mots perdent leur sens. Lorsque nous disons être solidaires et réclamer la libération des prisonnier.es, ou lorsque nous exigeons la liberté du peuple palestinien, nous devons être cohérent.es.’’
Le texte de revendication peut être lu en entier en castillan sur https://barcelona.indymedia.org/newswire/display/537099
Liberté pour Daniela Klette !
[trouvé sur https://iaata.info/Liberte-pour-Daniela-Klette-8313.html]
Ce vendredi 16 janvier, on s’est retrouvé.es devant une filiale d‘assurance Allianz de Toulouse, pour pointer du doigt les agissements de ce mastodonte allemand de l’Assurance et de la Finance et pour montrer notre soutien à Daniela Klette, emprisonnée en Allemagne depuis février 2024 et accusée d’avoir participé à la RAF (Fraction Armée Rouge).
Arrêtée à Berlin en février 2024, Daniela Klette est accusée d’avoir participé à la RAF (Fraction Armée Rouge), groupe de lutte armée allemand dans la période de 1970 à 1990. Après 30 ans de cavale, son arrestation ouvre en réalité une instruction contre tout un mouvement antimilitariste et anti-impérialiste qui impliqua, dans les années 80, toute une génération en Allemagne et partout en Europe. Ce mouvement contre l’hégémonie capitaliste, et les stratégies de gouvernance qui en découlent, résonna à cette époque dans le monde entier.
Son premier procès a débuté le 25 mars 2025, à l’initiative du parquet fédéral de Verden. II porte sur une dizaine de braquages qui auraient été commis pendant ses trente années de clandestinité. Parallèlement, le procureur général constitue un second dossier d’accusation concernant des actions menées dans les années 1990. Les soupçons qui pèsent sur Daniela concernent tout d’abord une tentative d’attentat à l’explosif le 25 février 1990 contre le bâtiment administratif de la Deutsche Bank à Eschborn, l’attentat à main armée contre l’ambassade américaine à Bonnen 1991, ainsi que l’explosion de la prison de Weiterstadt en 1993, un attentat à l’explosif contre le ministère fédéral à Bonn en 1990 et l’attentat contre le directeur de la Treuhandanstalt, organisme chargé de la privatisation des entreprises de l’ex-RDA, Dr Detlev Rohwedder, en 1991.
À travers ses conditions d’emprisonnement et la criminalisation de ses soutiens, se manifeste la volonté de l’État allemand d’effacer une histoire de lutte et de rompre le lien entre les nouvelles générations de militants et celles qui les ont précédées.
Dans un système qui cherche à nous réduire à de simples consommateurs et à une force de travail, tout en nous empêchant de nous définir comme acteurs du champ politique, la résistance s’impose. Les autorités tentent d’imposer à Daniela un isolement politique en interdisant les visites, en dissuadant par des intimidations (convocations au commissariat, perquisitions chez des proches) celles et ceux qui souhaiteraient lui apporter leur soutien.
Cette tentative vise à empêcher Daniela d’être partie prenante des échanges politiques et cherche à faire d’elle le symbole d’une défaite sociopolitique tant espérée par l’État. Pourtant, les révoltes et les résistances sociales n’ont jamais cessé, et ce, à l’échelle mondiale. Les luttes actuelles s’inscrivent dans la continuité de celles d’hier et inspireront celles de demain.
Ce vendredi 16 janvier, on s’est retrouvé.es devant une filiale d’assurance Allianz, pour pointer du doigt les agissements de ce mastodonte allemand de l’Assurance et de la Finance. Allianz est à ce jour le plus grand investisseur dans les obligations (prêts à intérêt régulier) de l’État d’Israël. qui servent en grande partie à financer le réarmement israélien.
La filiale Allianz est ciblée dans le monde entier en soutien à la résistance et la population palestinienne et contre le génocide en cours. Aujourd’hui nous venons ici aussi pour apporter notre solidarité à Daniela Klette en créant un lien entre son engagement débuté dans les années 70 et nos résistances actuelles contre l’avalanche meurtrière des capitalistes de tous bords.
Pour assurer cette continuité dans la lutte, de la rue à la prison, créons les conditions d’une solidarité réelle, ici et ailleurs !