Tous les ans, des manifestations et rassemblements ont lieu devant les prisons et centres de détention du monde entier, pour faire du bruit et tirer des feux d’artifice afin de montrer sa solidarité avec toutes les personnes incarcérées et contre tout lieu d’enfermement. On tente de compiler toutes les manifestations que l’on a pu trouver à travers le monde, n’hésitez pas à nous envoyer tout retour (ou même simplement annonce) d’une manifestation ce 31 décembre 2025 !
France
Un communiqué publié sur Indymedia Nantes revendique des feux d’artifice devant des prisons et CRA d’Ile-de-France :
Ce mercredi 31 décembre, comme depuis de nombeuses années, des gens sont allé.es.s crier leur rage des taules et des CRA et leur solidarité envers les prisonnier.es.s.
Des feux d’artifices ont été tirés devant les taules de Bois d’Arcy, Fleury, Villepinte, Versailles, Fresnes et devant les Centres de Rétention Administrative (CRA) de Vincennes et du Mesnil-Amelot!
En espérant que ces petites contributions aient pu être entendues par les prisonnier.es.s et leur aient donné un peu de beaume au coeur!!
Que crève l’enfermement! Brûle toutes les taules! Liberté pour tous.tes!!
Un communiqué publié sur Rebellyon revendique des feux d’artifice devant des prisons et CRA de Lyon et alentours :
En 2026, on lâche rien ! Cette année encore des feux d’artifice ont été tirés devant certaines taules lyonnaises : le centre de semi-liberté de Jean Macé, l’EPM de Meyzieu (établissement pénitentiaire pour mineurs) et le CRA 2 de Lyon Saint-Exupéry (centre de rétention administrative).
On perpétue la tradition, mais surtout on pense aux personnes enfermées, dans les taules et dans les CRAs, on vous envoie de la force et du love. On pense à celleux qui ont encore des grosses peines à tirer, à celleux qui vont sortir bientôt, à leurs proches, à celleux qui sont isolé-es.
On pense aussi à toutes les personnes à Villefranche, à Corbas et au CRA 1 à qui on n’est pas allé faire coucou et on espère que d’autres s’en sont chargés à notre place !
On répète encore et encore que le système carcéral est par essence raciste, classiste, patriarcale, validiste, breve que c’est de la merde.
Liberté pour toustes !
Solidarité avec toutes les personnes enfermées !
Crève la taule !
Un communiqué publié sur le Numéro Zéro revendique des feux d’artifice devant la prison de la Talaudière à Saint-Etienne :
Ce 31 décembre 2025, on est allée tirer quelques feux d’artifices, passer des musiques et gueuler, en soutien aux prisonnièr.es de la Talaudière. Pour leur montrer qu’on ne les oublie pas depuis l’extérieur. Pour tenter d’égayer un peu leur réveillon, et faire du bruit contre les prisons et les matons.
On a commencé à gueuler, ça répondait aux fenêtres, ça criait, on a répondu à leur rage par des mots de solidarités et des slogans qui exprimaient la nôtre « liberté pour toustes les prisonièr.es », « liberté, freedom, hourriya », « pierre par pierre et mur par mur, détruiront toutes les prisons », « crève la taule », « acab »… Des voix fortes venant du quartier des femmes nous ont souhaité une « bonne année », on leur a souhaité en retours, mais surtout du courage, pour elleux qui commencent cette année enfermé !
Liberté pour toustes !
Que crève la taule et ce monde qui en a besoin !
Royaume-Uni
Le soir du 31 décembre, des manifestations et tirs de feux d’artifice ont eu lieu devant les prisons du Royaume-Uni où sont enfermé-es des prisonnier-es de Palestine Action, notamment celles et ceux en grève de la faim. Elles ont eu lieu à HMP Pentonville à Londres (où est emprisonné Kamran Ahmed) et où des affrontements avec les flics ont eu lieu, à HMP New Hall à Wakefield (où est emprisonnée Heba Muraisi) et où une autre manifestation a eu lieu le 29 décembre et plusieurs autres déjà dans la première semaine de janvier 2026, à HMP Peterborough à Cambridgeshire (où est emprisonnée T Hoxha), à HMP Bronzefield à Surrey (où sont emprisonné-es Qesser Zuhrah, Amu Gib et Jon Cink), à HMP Lewes (où est emprisonné Moiz des Filton 24). Une manifestation a aussi eu lieu devant l’HMP Brixton à Londres en solidarité avec tous-tes les prisonnier-es à l’intérieur, dont une banderole en solidarité avec les Filton 24. [Images sur Instagram] Un communiqué publié sur Freedom News fait le récit de la manifestation à HMP Pentonville :
L’habituel rassemblement anarchiste du nouvel an à l’extérieur de HMP Pentonville a été rejoint le 31 Décembre 2025 par une manifestation de solidarité avec les prisonnier-es actuellement en grève de la faim, organisée par Palestine Pulse et d’autres groupes locaux.
Des centaines de personnes se sont rassemblées sur la Caledonian Road avec des drapeaux palestiniens et des banderoles, la manifestation étant focalisée sur la solidarité avec les prisonnier-es plutôt que de créer des perturbations. Cependant, la police a répondu avec un déploiement massif et visiblement disproportionné. Les manifestant-es ont compté au moins 21 camionnettes de police à proximité, ce qui fait à peu près 170 policiers. Nombre d’entre eux ont été déployés en uniforme et avec des matraques, signalant qu’ils étaient prêts pour la confrontation plutôt que pour faciliter le rassemblement.
Malgré la forte présence policières, les voitures qui passaient ont souvent klaxonné en soutien au rassemblement.
Les policiers ont tenté de garder les manifestant-es derrière des barrières sur une petite partie du trottoir, mais le grand nombre de manifestant-es a rendu cela impossible. Les manifestant-es se se retrouvé-es sur la route et ont lancé une marche spontanée autour du quariter de la prison, dans Wheelwright Street. Les renforts de police sont arrivés, tentant de bloquer les rues alentours, ralentissant le mouvement et empêchant la foule de se mouvoir librement.
La marche fut stoppée et renvoyée sur Caledonian Road. Les tentatives suivantes d’aller vers le sud ont été bloquées par d’autres cordons, bloquant les manifestant-es sur la chaussée. L’approche aggressive de la police a généré des tensions prévisibles, ayant pour conséquences des blessures légères et deux arrestations, les deux personnes ayant été libérées tôt dans le matin du 1er Janvier.
Après l’affrontement, les manifestant-es se sont regroupé-es et éloigné-es de la prison sous pression policière continue, traversant le centre de Londres et se dispersant à Piccadilly Circus.
Allemagne
Un communiqué publié sur Deutsch Indymedia par des Révolutionnaires et Antifascistes revendique des feux d’artifice et tags devant les prisons de Munich :
Hier, le 31 décembre 2025, nous nous sommes rendu-es à la prison de Munich-Stadelheim pour saluer nos camarades et les prisonnier-es sociaux-les à l’occasion du passage à la nouvelle année.
L’antifasciste Hanna, originaire de Nuremberg, est toujours incarcérée dans cette prison. Après que le premier verdict dans l’affaire « Budapest.Komplex » a été rendu contre elle, elle attend désormais la décision concernant son appel.
Nous l’avons saluée au mégaphone et nous nous sommes placés autour des deux prisons pour allumer des feux d’artifice. Quelques tags peuvent également être trouvés autour de la prison.
La répression contre les antifascistes, les gauchistes et les révolutionnaires se poursuit sans relâche. Le virage à droite est perceptible non seulement dans les parlements, mais aussi dans les tribunaux et dans la rue. Que ce soit en raison de la solidarité avec la Palestine, comme dans le cas des ULM 5, ou de l’antifascisme cohérent, comme dans les affaires « Budapest » et « Antifa-Ost », les peines de prison redeviennent la norme.
Notre réponse est la suivante : solidarité et résistance. Même si l’État tente de nous briser en nous enfermant, en nous isolant et en nous isolant, il n’y parviendra pas.
Paix aux chaumières, guerre aux palais – feu et flammes à toutes les prisons !
Un communiqué publié sur Deutsch Indymedia revendique des feux d’artifice devant la prison d’Aix-la-Chapelle :
Le soir du Nouvel An 2025, une petite visite a été organisée à la prison d’Aix-la-Chapelle afin de manifester notre solidarité avec les personnes qui y sont détenues.
Les prisons ne sont pas un moyen de rendre justice. Elles servent à contrôler et à discipliner, et non à résoudre les conflits sociaux. Au lieu de s’attaquer aux causes et de créer un système qui nous soutienne tous et nous libère à long terme, les gens sont isolé-es, humilié-es et déshumanisé-es au plus haut point.
Nous luttons pour une société sans prisons, sans peines, sans isolement. Nous luttons pour une société basée sur la liberté, l’entraide et la responsabilité collective. Ce n’est pas une utopie, mais une réalité nécessaire que nous pouvons atteindre ensemble.
Solidarité avec tous-tes les prisonnier-es ! Liberté pour tous-tes !
Amour, Anarchie, Autonomie.
Un communiqué publié sur Deutsch Indymedia fait le récit d’une manifestation et de feux d’artifice devant la prison de Fribourg :
Le 31 décembre 2025, le rassemblement du Nouvel An a eu lieu devant et autour de la prison de Fribourg. Peu après 18 heures, une centaine de personnes se sont rassemblées devant la prison construite en 1878. La police était également présente en nombre.
Les policiers, casqués et à l’attitude latente d’agressivité, ont stoppé le cortège dès son départ. Interrogé par Radio Dreyeckland sur les raisons de cette intervention, un policier a déclaré que des feux d’artifice avaient été tirés illégalement depuis le rassemblement et avaient franchi le mur de la prison.
Cet arrêt temporaire n’a pas entamé l’ambiance, la foule scandant à tue-tête « Haine, haine, haine, comme jamais auparavant ». Le cortège n’a pu repartir qu’au bout d’environ 15 minutes.
Comme les années précédentes, Radio Dreyeckland a retransmis le rassemblement en direct et a documenté dans un montage d’environ 70 minutes non seulement l’ambiance combative des participants, mais aussi les discours des organisateurs de la manifestation, de l’ea Dresden, de l’ancien prisonnier Thomas, les salutations de la manifestation anti-prison de Berlin, du groupe local Rote Hilfe de Fribourg, du groupe de soutien contre la détention en vue de l’expulsion du Bade-Wurtemberg, ainsi que d’Anarchists4Palestine Fribourg. Il y a également eu une référence au groupe Court Watch, qui assiste aux procès dans les tribunaux de Fribourg et de ses environs. Un enregistrement d’environ 70 minutes peut être écouté sur le site de Radio Dreyeckland ici.
Un communiqué publié sur Tumulte fait le récit d’une manifestation devant la prison de Brême :
Avec beaucoup de feux d’artifice, de fumigènes et des cris bruyants, nous nous sommes rassemblé-es le soir du Nouvel An devant la prison de Brême Oslebshausen pour donner du courage aux prisonnier-es et briser leur isolement, au moins pour une soirée.
On dit que les gens vont en prison lorsqu’ils et elles enfreignent « nos » lois. Mais qualifier ces lois de « nôtres » relève au mieux du cynisme. Ce n’est un secret pour personne que les gouvernements élaborent des lois pour préserver la richesse et le pouvoir d’une petite élite. Comment pourrait-il en être autrement, alors que ce sont toujours les plus riches de notre société qui deviennent chefs d’État ? L’enrichissement de ces personnes est une raison suffisante pour que les gouvernements soutiennent les génocides et détruisent notre environnement. Mais il n’existe aucune loi contre ces crimes. La grande majorité des « crimes » passibles de peines d’emprisonnement sont le vol et les infractions liées à la drogue. Ces deux phénomènes sont clairement les conséquences de la pauvreté et de l’exclusion. On nous dit que ces personnes sont dangereuses et que l’emprisonnement les dissuadera et leur donnera la possibilité de se « réhabiliter ». Cette justification n’est rien d’autre qu’une mauvaise blague. Plus des deux tiers des détenu-es sont des récidivistes. Un séjour en prison ne fait que rendre plus difficile d’éviter une deuxième incarcération. Comment cela pourrait-il aider de retirer de force des personnes de leur environnement, de les isoler complètement de leurs ami-es et de leur famille ? La prison sert à nous briser. Tout espoir d’amélioration doit être éradiqué, afin que nous acceptions enfin notre place.
Özgür Aydin est un militant du mouvement de libération kurde. Sa famille vivait autrefois à Dersim (Nord-Kurdistan). Après un soulèvement kurde, l’armée turque y a massacré des milliers de personnes. La famille d’Özgür s’est alors enfuie à Istanbul. Le massacre et l’oppression de la culture kurde l’ont politisé et, jeune adulte, il s’est installé avec quelques amis dans les montagnes du Kurdistan pour rejoindre le PKK. Pour cette décision, l’État turc l’a torturé et l’a condamné à 5 ans de prison. Il s’est alors enfui en Allemagne. Mais là aussi, la répression pour son activisme s’est poursuivie. En 2022, il a été arrêté et placé en détention isolée. En 2023, il a été condamné à cinq ans de prison en vertu de l’article 129a/b (appartenance à une organisation terroriste/à l’étranger). Il purge actuellement sa peine à la prison d’Oslebshausen. Il y a quelques semaines, il a écrit une lettre depuis sa prison, qu’il a terminée par ces mots :
Depuis cette petite cellule, j’envoie une chaleureuse accolade à tous mes compagnons de route et à notre peuple !
Kadri Saka vit depuis plus de 34 ans à Brême, où il se sent chez lui. Il a huit enfants et milite depuis longtemps au sein du mouvement de libération kurde. Il a grandi dans la province kurde de Şirnex (Kurdistan du Nord). Il y a été marqué par la violence extrême à laquelle est soumise la population kurde du Kurdistan du Nord. Un frère de son grand-père a été décapité, son père enlevé et torturé par la police. Lors du coup d’État militaire de 1980, Kadri a été témoin de cette violence de ses propres yeux. Son frère était proche de la guérilla et a été arrêté à plusieurs reprises. Dans la vingtaine, Kadri a noué des contacts avec la guérilla, qui faisait partie du quotidien dans son village. Dans les années 90, Kadri a demandé l’asile en Allemagne avec son frère. Kadri a été arrêté en janvier 2024 à Huckelriede, et l’association kurde Birati a été perquisitionnée au même moment. Il a ensuite passé 10 mois en détention préventive à Holstenglacis (Hambourg) et, après son arrestation, Kadri a fait une grève de la faim pendant plus d’un mois. En novembre dernier, il a été condamné à 2 ans de prison sur la base des paragraphes 129a/b. Il est actuellement incarcéré à la prison d’Oslebshausen.
Nous envoyons toute notre force aux prisonnier-es de la prison d’Oslebshausen et leur exprimons notre entière solidarité !
Biji Berxwedana Zindana !
Libérez tous-tes les prisonnier-es !
À une nouvelle année de luttes !
Nous avons des alternatives ; vivantes, diverses et pleines de couleurs. C’est à nous de les rendre visibles et de leur donner vie. – Özgür Aydin
Une manifestation a aussi été organisée à la prison de Memmingen une semaine plus tôt, revendiqué dans un communiqué sur Deutsch Indymedia :
Peu avant Noël, nous avons salué avec des feux d’artifice la militante Leandra, qui est en détention provisoire depuis début septembre à la prison de Memmingen.
Elle est accusée d’avoir perpétré début septembre, avec quatre autres militant-es, une attaque contre le site d’Ulm de l’entreprise d’armement israélienne Elbit Systems, causant des dommages considérables à des équipements techniques d’une valeur d’un million d’euros.
Le groupe est responsable d’une grande partie des technologies et des armes utilisées à Gaza et profite ainsi activement du génocide.
Cette action montre avec succès comment la solidarité avec le peuple palestinien peut se concrétiser et à quel point il est important et efficace de s’attaquer aux profiteurs du génocide chez nous, en Allemagne.
Nous ne laisserons pas Leandra et les autres prisonnier-es politiques seul-es et nous sommes solidaires avec elles et eux dans leur lutte contre la répression et l’impérialisme allemand.
Liberté pour Leandra, Vi, Daniel, Zo et Walter !
Une manifestation était aussi organisée le 31 décembre devant la prison de Cologne.
Grèce
Un rassemblement annuel organisé en solidarité avec les prisonnier-es politiques s’est tenu cette année encore devant la prison de Korydallos, à Athènes. Des centaines de personnes ont accueilli la nouvelle année avec les prisonnier-es, tirant des feux d’artifice, jetant des pétards, craquant des fumigènes, et chantant des slogans. [instagram]
Deux textes publiés sur Athens Indymedia appelaient à la manifestation devant la prison de Korydallos à Athènes. [1 2]
Manifestation pour le changement d’année devant la prison de Korydallos
Les prisons et les centres de détention étaient, et demeurent, de manière de plus en plus impérieuse, le fleuron du système d’imposition du pouvoir d’État et des oligarques. Ils perpétuent le discours de la sécurité des « grands sages », qui vivent sans remettre en question les diktats du capital, face à la prétendue nécessité de « corriger » le moindre individu qui, volontairement ou non, ose défier l’autorité.
À une époque où, tant sur le plan international que national, un régime étouffant d’état d’exception permanent est imposé, où l’existence d’ennemi-es intérieur-es et extérieur-es devient plus nécessaire que jamais à la survie des choix capitalistes, la répression et les prisons fonctionnent comme des outils stratégiques pour les faire appliquer. Ce choix est particulièrement évident dans la réalité grecque, où le gouvernement actuel, en recul politique et ayant pleinement adopté les diktats les plus réactionnaires du capital, joue constamment – et en parfaite synergie avec ses acolytes médiatiques – la carte de la doctrine de « l’ordre public ».
L’agenda répressif toujours plus étendu de l’État est désormais le seul « contre-argument » face à toute forme de réaction et de contestation sociale : de Tempi aux mouvements pro-palestiniens et en solidarité avec les migrant-es, en passant par les plus récentes mobilisations des agriculteurs. Dans ce contexte, et avec l’introduction du nouveau Code pénal, le système pénitentiaire devient encore plus inhumain et vindicatif, servant les velléités revanchardes de l’État. Les peines sont alourdies, tandis que les droits fondamentaux des détenu-es sont bafoués, notamment dans les cas d’actions liées à la contestation du pouvoir étatique et des choix économiques de l’oligarchie.
Parallèlement, le nouveau Code pénal prévoit l’augmentation de la population carcérale par la création d’environ 7 000 nouvelles places de détention, grâce à la construction de nouvelles prisons à travers le pays et à la rénovation des établissements existants. Le projet phare de cette stratégie est le complexe pénitentiaire d’Aspropyrgos, destiné à accueillir la prison de Korydallos, confirmant ainsi que la réponse de l’État à toute résistance sociale et de classe est l’incarcération et l’isolement accrus. Dans le même temps, les détenu-es sont privé-es de droits fondamentaux, comme le droit de sortie, tandis que le taux d’exécution des peines augmente considérablement, transformant la détention en un mécanisme d’extermination purement vengeur et non en une prétendue « réforme ». L’État met ainsi en place un système d’incarcération encore plus dur, punitif et massif, parfaitement adapté aux impératifs de la répression et de la discipline sociale.
Dans le cadre de cette doctrine et afin de renforcer la répression d’État, le gouvernement et tous ses mécanismes déploient leur acharnement contre les prisonniers politiques. Il s’en prend aux compagnons Yiannis Karatsolis et Sofoklis Toutziarakis en raison de leur identité politique. Il organise un procès qui aboutit à leur condamnation à mort (respectivement 21 ans et 3 mois et 25 ans et demi) pour sept vols, port d’arme, usage d’arme et possession d’une petite quantité d’explosifs. Il refuse la libération conditionnelle au compagnon Nikos Maziotis, membre condamné de Lutte révolutionnaire, alors même qu’il a déjà purgé plus des quatre cinquièmes de sa peine. Comme il l’écrit lui-même, « le Conseil des tribunaux pénaux de Lamia m’honore en rejetant ma demande de libération conditionnelle au motif que je n’ai pas été « corrigé » et que je n’ai pas fait preuve d' »amélioration morale ». Il réagit avec une fureur vengeresse, comme nous l’avons constaté avec la vague de répression qui s’est déclenchée par l’explosion rue Arcadie où notre compagnon armé révolutionnaire armé Kyriakos Xymitiris a perdu la vie. Dans un premier temps, la compagnonne anarchiste Marianna Manoura, blessée lors de l’explosion, est placée en détention provisoire. Puis, sans preuves suffisantes de son implication dans l’affaire, les poursuites et les détentions provisoires sont étendues à quatre autres personnes. D’abord, à des personnes de l’entourage du compagnon, comme l’anarchiste Dimitra Zarafeta et Dimitris, puis à des personnes ayant déjà eu affaire aux autorités, comme A.K. et l’anarchiste Nikos Romanos.
Le 31 décembre, juste avant le passage à la nouvelle année, nous avons choisi de nous rassembler à nouveau devant les prisons centrales du pays pour témoigner de notre solidarité avec les personnes incarcérées. Cette année, nous avons choisi de partager le passage à la nouvelle année en prison pour crier aux détenu-es qu’ils et elles ne sont pas seul-es. Qu’il existe encore des personnes qui comprennent et ressentent l’isolement social de l’incarcération et combien il peut devenir plus insupportable pendant les fêtes de fin d’année. Des jours où l’on a l’occasion de passer du temps avec ses proches, de s’embrasser, de faire des vœux, de rire et de profiter de moments de liberté, en oubliant un instant ses problèmes. D’autres, exilé-es, oublié-es et prisonnier-es d’une dimension d’amputation sensorielle, de douleur et de désespoir, sont contraint-es de vivre le temps dans un régime d’immobilité absolue, alternant sans cesse entre cellule et cour.
Aujourd’hui, nous choisissons d’être solidaires de celles et ceux qui subissent la solitude de la prison, loin de leur vie, de leurs proches, de leurs habitudes. Nous choisissons d’être la main invisible qui leur tend la main et leur souhaite du courage en lançant des slogans pour la liberté, pour la destruction des prisons et l’abolition de l’injustice sociale qui perpétue et reproduit tous les problèmes qui mènent les gens en prison. Nous voulons aussi leur rappeler que certain-es luttent avec leurs propres moyens pour qu’un jour, un changement radical et libre puisse se lever.
Nous choisissons d’être présents car la vie des prisonnier-es compte. Car nous savons que les prisons sont une forme de torture et une lente destruction de la dignité humaine. Et car, jusqu’à leur abolition, nous serons là à chaque occasion pour réclamer le salut de chacun-e de celles et ceux qui sont porté-es disparu-es.
Nous appelons à un rassemblement le mercredi 31 décembre à 23h30 pour le changement d’année devant la prison de Korydallos (point de rassemblement : mairie de Korydallos).
Jusqu’à la démolition de la dernière prison…
LIBERTÉ POUR CEUX QUI SONT EMPRISONNE-ES
NI CRIMINELS NI POLITIQUES – FEU A TOUTES LES PRISONS
KYRIAKOS XYMITIRIS, TOUJOURS PRÉSENT
Assemblée de solidarité avec les combattant-es emprisonné-es, en fuite et persécuté-es
Un communiqué publié sur Athens Indymedia par des Anarchistes fait le récit d’une manifestation devant la prison de Larissa :
Ce n’est pas la première fois que la déception domine. En tant que sujets anarchistes, nous avons choisi de lutter pour les migrant-es, les prisonnier-es, criminel-les ou politiques, une lutte que nous menons sans compromis. Les prisonnier-es sont un élément essentiel de notre lutte globale contre l’État et le capital. Les prisons et les centres de détention ont toujours été le levier de pression du système d’imposition de l’autorité étatique. Nous vivons dans des conditions où un régime d’exception étouffant et généralisé est constamment imposé, car avec l’introduction du nouveau code pénal et pénitentiaire, la répression pénale devient encore plus vindicative, visant à durcir les peines, à la suppression d’acquis fondamentaux tels que le droit aux permissions, à l’augmentation de la population carcérale grâce à la création de 7 000 nouvelles places de détention, avec pour objectif la construction de nouveaux établissements pénitentiaires partout en Grèce. La réponse de l’État à toute forme de résistance a été, est et sera l’isolement du cercle familial/amical, l’emprisonnement et la privation de droits. Dans le même temps, des milliers de migrant-es, de Roms, de petit-es délinquant-es, de personnes appauvries par les dettes, de toxicomanes et de mineur-es sont entassé-es dans des cages et torturé-es par l’abandon. C’est notre devoir politique de nous retrouver chaque année devant les prisons, de briser le silence des cellules, l’isolement, et de changer d’année avec les détenu-es et les prisonnier-es de la guerre sociale et de classe, si et dans la mesure où nous le percevons comme une guerre dans laquelle certain-es restent – pendant un certain temps – aux mains de l’ennemi, même si nous ne partageons pas directement leur idéologie. Face aux exigences sociales du divertissement forcé au nom de la journée, nous devons choisir de nous tenir là avec force et solidarité, de nous multiplier d’année en année, d’autant plus que les chances de purger une peine dans leurs
enfers deviennent de plus en plus nombreuses pour une partie sans cesse croissante des opprimé-es et des combattant-es de la base sociale. Ils doivent nous trouver uni-es comme un poing. L’image du nouvel an devant la prison de Larissa cette année était, pour le moins, décourageante en termes de participation, mais l’humeur et les voix des détenu-es restaient fortes. La tendance à la consommation et au shopping, qui s’est intensifiée ces dernières années, ne peut avoir qu’un effet négatif ce jour-là, car elle favorise le discours de l’État sur l’abandon des prisonnier-es à leur sort. Le changement d’année à l’extérieur des prisons est un puissant baromètre. Pour toutes ces raisons, chaque 31 décembre, nous choisissons de nous tenir devant les cellules, non par habitude ou par pittoresque, mais bien plus pour crier haut et fort que les détenu-es ne sont pas seul-es, que nous sommes là – pour les sifflets, les signaux, les draps brûlés – afin de briser, ne serait-ce qu’un instant, la solitude barbare des cellules. Parce que leurs prisons sont une extermination qui mène à une mort lente, nous choisissons d’être là pour la dignité humaine. Il est évident que chaque compagnon-ne fait ce qu’il peut pour aider à améliorer les conditions générales de détention, en combattant l’État lui-même sous tous ses aspects, mais il convient simplement de souligner qu’on observe un relâchement du lien qui unit celles et ceux qui sont à l’intérieur et celles et ceux qui sont à l’extérieur, un lien qui devrait être indestructible. Cela ne se constate pas seulement depuis aujourd’hui, mais aussi à travers la participation réduite aux rassemblements devant les tribunaux, aux rassemblements de solidarité avec les militant-es poursuivi-es, ainsi qu’aux manifestations politiques où il y a communication avec les compagnon-nes emprisonné-es. Et ce sont là des questions qui nous concernent et nous pèsent tous et toutes. Jusqu’à la destruction de toutes les prisons.
QUE LA NOUVELLE ANNÉE SOIT RICHE EN ACTIONS, 10-100-1000 ÉVASIONS
VOUS DES GRILLES ET NOUS DES RUES ENSEMBLE, NOUS RENVERSERONS L’ÉTAT ET LES LOIS
NI CRIMINELS, NI POLITIQUES
GEORGIA K.* TOUJOURS PRÉSENTE
Anarchistes
* Une anarchiste décédée en décembre dernier.
Des manifestations étaient aussi appelées devant la prison de Stavraki à Ioannina, la prison d’Agyia à Chania, la prison pour mineur-es à Volos.
Pays-Bas
Un communiqué publié sur Indymedia NL revendique la manifestation devant le centre de détention de Rotterdam :
CONTRE CE SYSTEME, SES FRONTIERES ET SES PRISONS.
Nous sommes aujourd’hui ici en solidarité avec les personnes détenues dans ce centre de dépotation. Nous avons décidé de passer le nouvel an à cet endroit car les centre de déportation sur un exemple parfait de la violence endémique et pourtant normalisée qui caractérise le système dans lequel on vit.
Un système qui a besoin de se débarasser de tous les corps qu’il ne peut pas exploser, et détruit la vie sur laquelle il ne peut pas faire de profits. Un système qui laisse certaines personnes célébrer le changement d’année comme ils et elles le souhaitent, alors que d’autres sont forcées de pourrir derrière des barreaux.
Ici, l’injustice délibérée qui prive des personnes de leur liberté est commise sans même un procès : un traitement inimaginable pour les citoyen-nes d’un « Etat de droit », une norme pour celles et ceux qui en sont exclu-es. Comme si ce n’était pas assez, en 2026, le gouvernement néerlandais prévoit de criminaliser tout séjour illégal.
Avec cette manifestation solidaire, nous voulons montrer que nous n’avons pas oublié ces personnes, et que nous n’accepterons jamais ce système et ses violences.
Pour les personnes qui sont ciblées par le régime des frontières néerlandais ou qui veulent aider, contactez des collectifs locaux tels que Meldpunt Vreemdelingendetentie et BuurToren Rotterdam pour diverses formes de solidarité et de soutien.
Pour un monde sans frontières ni prisons !
Un communiqué publié sur Indymedia NL revendique la manifestation devant le centre de détention de Zaandam :
Au même moment que la manifestation du nouvel an au centre de déportation de Rotterdam, il y a eu une manifestation au centre de détention de Zaandam.
Cette action était en solidarité avec les personnes qui ont été privées de leur liberté par l’Etat que nous haïssons tous-tes. Le soi-disant Etat constitutionnel, dont le but est de maintenir les vies confortables et destructives du monde de riches majoritairement blancs au nom de la justice, a laissé ses victimes êtres choisies par des flics pourris, et elles sont maintenant enfermées derrière ces barreaux. Pour que les gens se sentent un peu moins seul-es, nous avons tiré des feux d’artifice et nous leur avons fait signe dans la transition de 2025 à 2026.
Bien sûr, la prison enferme aussi les personnes plus sinistres qui tuent, violent, etc pour des raisons égoïstes. Mais n’oublions pas que ces personnes sont la conséquence de ce monde sinistre qui est perpétué par ce même Etat de droit. De nombreuses personnes qui ont commis les actes les plus horribles sont libres de se mouvoir sous ce même Etat de droit.
Espagne
Des manifestations étaient aussi appelées devant deux prisons de Barcelone.
Canada
Une manifestation a eu lieu à la prison de Laval, en périphérie de Montréal. La manifestation, désormais organisée chaque année, est partie derrière des banderoles sur lesquelles on peut lire « pour un monde sans patrons, NI FLICS NI PRISONS » et « NI PRISONS NI FRONTIERES », tirant de nombreux feux d’artifice et tapant dans des casseroles pour faire du bruit en solidarité avec les prisonnier-es à l’intérieur, qui ont réagi en criant aux fenêtres. De nombreux tags ont aussi été laissés à proximité de la prison et sur ces murs, alors que des flics en tenue anti-émeute ont accompagné la manifestation durant toute sa durée. [instagram : 1 2 3]

E
Etats-Unis
Une manifestation bruyante annuelle a eu lieu devant le Metropolitan Detention Center à Brooklyn, New York City. Les manifestant-es ont ainsi fait du bruit devant la prison, notamment à l’aide de casseroles. La manifestation était cette année notamment appelée par le comité de soutien à Tarek Bazrouk, un manifestant palestinien incarcéré dans cette même prison pour des affrontements avec des contre-manifestants pro-israéliens à des manifestations pro-palestiniennes. La prison détient aussi de nombreuses personnes kidnappées par l’ICE. [twitter]
Une manifestation bruyante a eu lieu devant la prison de Durham, en Caroline du Nord. Les manifestant-es ont projeté des textes sur la façade, tiré des feux d’artifice et fait du bruit à l’aide de casseroles ou de klaxons. [instagram : 1 2]
Une manifestation bruyante a eu lieu devant la prison d’Asheville en Caroline du Nord. Une fanfare a notamment joué devant la prison. [instagram]
Une manifestation bruyante a eu lieu devant le Centre de Détention de Wyatt à Central Falls, Rhode Island. Les manifestant-es ont fait du bruit à l’aide de casseroles et de sifflets, et crié des slogans au mégaphone, notamment contre l’utilisation par ICE du centre de détention. [instagram]
Une manifestation bruyante a eu lieu devant une prison de Miami, en Floride. L’Anarchist Black Cross de Floride du Sud écrit sur instagram :
Au Nouvel An, nous nous sommes rassemblé-es en solidarité avec tous-tes les prisonnier-es politiques, prisonnier-es de guerre, et toutes les personnes incarcérées enfermées dans des cages par ce système violent. Nous avons fait du bruit pour leur rappeler qu’ils et elles ne sont pas oublié-es, sont aimé-es, et que la lutte continue au-delà des murs. La nuit était remplie d’amour, de rage, de joie, et de soin collectif. Nous croyons en un monde sans prisons, sans cages, sans syst-mes construits sur la punition et la disparition. L’abolition n’est pas un rêve mais une nécessité. Nous serons de retour chaque année. Nous continuerons à venir. Nous n’arrêterons pas jusqu’à ce que chaque cage soit vide. Solidarité pour toujours.
Une manifestation était aussi appelée devant la prison de Dekalb County en Géorgie.





