Déclaration du Front Anarchiste en soutien aux grèves populaires en Iran.
Publié par le Front Anarchiste le 29/12/2025.
La dévaluation continue de la monnaie officielle en Iran n’est pas seulement une crise économique ; c’est le signe de l’effondrement d’un ordre politico-économique qui a érodé et déstabilisé la vie sociale au profit de l’accumulation de pouvoir et de rentes. Le déclin de la valeur de l’argent a directement conduit au transfert organisé de la pauvreté, de l’insécurité et de l’instabilité aux classes moyennes et défavorisées, transformant le quotidien en une question de survie.
La grève du bazaar et son intersection avec l’action collective d’autres groupes sociaux est une réponse rationnelle et nécessaire à cette situation. Les marchand-e-s, les travailleur-euse-s, les étudiant-e-s, les professeur-e-s, les infirmier-e-s, les retraité-e-s, et les pompiers convergent tous-te-s, d’une façon différente mais vers un point similaire : la dépossession du contrôle sur sa vie, son travail et son avenir. Puisque cette crise n’est pas seulement individuelle ou sectorielle, mais bien structurelle, la réponse à y apporter ne peut donc pas être fragmentée ni séparée.
Le Front Anarchiste estime que seules la solidarité horizontale, l’aide mutuelle, l’auto-organisation, l’autogestion, et l’action décentralisée peuvent permettre de lutter contre ce cycle épuisant. Les manifestations dans la rue et les grèves ne sont pas le chaos, mais plutôt un effort de retrouver sa voix, sa diginité humain, et le droit à une auto-détermination collective, et une forme de résistance sociale contre l’ordre imposée de l’Etat capitaliste rentier-mafieux au pouvoir, qui n’a aucun moyen ou réelle réponse à apporter pour résoudre cette crise de subsistance.
Nous soutenons la solidarité entre les luttes et la présence empathique de tous les groupes sociaux, et nous soulignons que le vrai pouvoir de la société ne réside pas dans l’Etat et ses institutions affiliées, mais dans des réseaux d’aide mutuel, de confiance mutuelle, et d’action collective.
Ce chemin est la voie vers la reconstruction d’un « nous » contre un ordre qui veut une société fragmentée et impuissant.
FEMME – VIE – LIBERTE
Front Anarchiste
Nous traversons des jours de manifestations intenses, motivées par la pauvreté et la hausse des prix ; la solidarité des guildes, étudiant-e-s, et des gens dans son ensemble est sans pareille. Des manifestations et grèves spontanées sont en cours, sans chefs ni structures hiérarchiques, et indiquent la croissance de l’auto-organisation collective et des intérêts communs.
En même temps, l’appareil de propagande du gouvernement essaie d’éteindre les flammes des grèves et des manifestations et d’unir de nouveau le peuple contre un ennemi étranger, en faisant monter le conflit avec Israël et en intensifiant les pressions psychologiques liées à la guerre,
Des nouvelles se répandent sur les préparations d’Israël pour relancer une guerre, et même les systèmes de défense aériens et les avions de chasse de l’Iran sont en état d’alerte. Nous estimons qu’à l’heure actuelle toute attaque étrangère serait préjudiciable au mouvement et ne servirait qu’à créer la division avec l’union volontaire du peuple, qu’elle soit initiée par Israël ou par la République Islamique.
Il est nécessaire de confronter ces hérauts du déspotisme et de ne pas laisser s’éteindre les flammes qui ont été allumées par la colère populaire contre le gouvernement.
Soulèvement dans la rue, pour la liberté, pour la vie.
Publié par Revolt of the Shadow sur Telegram.
Les rues respirent aujourd’hui. Non pas de calme, mais d’une colère accumulée qui ne peut plus rester enfermée dans les maisons. Les rassemblements spontanés ont commencé dans les marchés, où les commerçants ont baissé leurs rideaux et sont descendus dans la rue, mais cela s’est rapidement transformé en un large mouvement populaire : des jeunes, des travailleurs, des femmes et des hommes écrasés depuis des années par la pression de l’inflation écrasante, du chômage et de la pauvreté. Ce n’est pas seulement une protestation contre le prix du pain et de la monnaie ; c’est un rejet complet d’un système qui a transformé la vie en marchandise et la liberté en chaînes idéologiques et policières.
La répression est brutale (gaz lacrymogène, matraques, tirs directs) mais chaque fois que les forces répressives attaquent, la résistance grandit. Les gens ne reculent pas ; ils forment des chaînes humaines, se défendent mutuellement et reprennent la rue. Cela montre que la machine de répression, aussi puissante soit-elle, ne peut briser la volonté collective quand cette volonté est enracinée dans la vie quotidienne et le rejet total de la domination.
C’est un moment historique. La crise économique n’était que l’étincelle ; le feu principal vient de la contradiction intrinsèque d’un système qui gère à la fois un capitalisme sauvage, transforme la religion en outil de contrôle et pille les ressources. Les gens ne rient plus des promesses de réforme ; ils veulent construire eux-mêmes la vie : sans État central, sans hiérarchie, sans que personne décide pour eux d’en haut. Ce soulèvement peut être la base d’une société libre où la production et la distribution sont basées sur les besoins collectifs, non sur le profit et le pouvoir.
Mais ce n’est pas facile. Le système utilisera tous ses outils pour détourner, diviser ou réprimer le mouvement. La seule voie vers la victoire est d’étendre cette structure horizontale : conseils locaux, solidarité directe, rejet de toute direction qui voudrait recentraliser le pouvoir. Aujourd’hui, les rues appartiennent au peuple ; demain, elles peuvent appartenir à une vie vraiment libre, si nous maintenons cette énergie et avançons de manière plus radicale.
Ce n’est pas une fin, mais le début d’une longue lutte contre toutes les formes de domination.
Zanyar
Hiver 1404
Au-delà de la réforme : la destruction de l’autorité (Fissure dans le mur de l’autorité)
Publié par Revolt of the Shadow sur Telegram.
Dans les rues des villes, là où le gaz lacrymogène se mêle à l’odeur de la poudre et où le bruit des vitres brisées s’entrelace avec des cris de colère, quelque chose se passe qui dépasse une simple protestation. Cette vague déferlante ne s’oppose pas seulement à un régime particulier, mais au principe même de tout régime qui cherche à dominer nos vies. Les gens, sans attendre d’ordre venu d’en haut, ont pris les rues eux-mêmes, décident eux-mêmes où s’arrêter, où reculer, où allumer le feu. C’est à ce moment précis que le pouvoir d’en bas, le vrai pouvoir, se manifeste.
L’État (quel qu’il soit) repose toujours sur un grand mensonge : que sans lui, sans les chaînes des lois, de la police et des prisons, nous sombrerions dans l’anarchie. Mais ces manifestations montrent que le vrai chaos est l’ordre imposé par l’État ; un ordre qui organise la pauvreté, institutionnalise la discrimination et transforme la vie en une marchandise échangeable.
Quand les gens, sans leader central, sans parti avant-gardiste, et sans programme dicté d’en haut, se retrouvent, s’entraident, partagent la nourriture, soignent les blessés et abattent ensemble les murs, c’est précisément à ce moment-là que nous comprenons que la société peut s’organiser sans domination.
Cette révolte, si elle tombe dans le piège de la réforme, si elle cherche un meilleur gouvernement, une constitution plus démocratique ou un leader plus populaire, retombe dans le même vieux cycle : le pouvoir se recentre, la hiérarchie se reproduit, et l’oppression ne fait que changer de visage. Les expériences historiques l’ont prouvé maintes fois ; des révolutions commencées avec l’espoir d’un État ouvrier ou d’une vraie république se sont terminées par une nouvelle dictature. La véritable voie de la libération n’est pas de remplacer une autorité par une autre, mais la destruction complète de la structure de l’autorité.
Au cœur de ces jours, les graines d’un autre monde sont semées : des assemblées locales qui décident par elles-mêmes, des groupes de voisinage qui répondent directement aux besoins, des réseaux d’entraide qui ne laissent personne de côté. Ce ne sont pas seulement des outils de survie en période de répression ; ce sont les formes primitives d’une société libre. Si nous préservons ces formes, si nous ne laissons pas les partis, les leaders et les États les avaler et les transformer en institutions officielles, alors nous pourrons avancer vers un monde où personne ne domine un autre.
Cette lutte n’est pas encore terminée. La répression s’intensifiera, les promesses mensongères de réforme se multiplieront, et la tentation du pouvoir sera toujours là, tapie. Mais chaque fois que quelqu’un se tient dans la rue, chaque fois que quelqu’un pense et agit par lui-même au lieu d’obéir, une véritable fissure s’ouvre dans le mur de l’autorité. Nous devons agrandir ces fissures, non pas dans l’espoir d’une victoire finale, mais en vivant dès maintenant, ici et maintenant, d’une manière qui esquisse le monde à venir : sans maître, sans serviteur, sans État.
Zanyar
11/10/1404